CONCLUSION
Nous voici arrivés à la fin d'un travail qui a pris des dimensions un peu plus étendues que nous ne F avions pensé. Cependant la question est tellement vaste , est liée si intimement h toutes les questions politiques et sociales, car F indus trie c'est la société même dans sa manifestation matérielle, que nous ne sa vous pas si uo us ifa vous pas passé trop légèrement sur bien des poiuls. Nous espérons cependant avoir tait apprécier comment les institutions actuelles devaient se développer, pour donner à F industrie française tout l'éclat, toute la prospérité qu'on peut souhaiter.
Nous sommes donc en mesure de répondre au cri des classes laborieuses, qui, après de longues souffrances, se trouvant maîtresses du pouvoir après une victoire inouïe, ont résumé toutes leurs aspirations dans une seule formule : Y Organisation du Travail*
Qu'entend aient-elles par ees paroles?
Le Communisme? nul n’oserai t le soutenir aujourd’hui : 1 expérience a été trop positive, trop complète pour que le moindre doute puisse exister à cet égard. On se rappellera longtemps sans doute l'admirable spectacle qtfa donné à cet égard le travailleur parisien. Maître de la ville, siégeant nu Luxembourg par ses délégués, ayant placé à sa tête les hommes qui lui avaient promis le remède à tous ses maux, prêt à obéir à leurs ordres , à briser toutes les résistances qui ne pensaient même pas à se produire, qu'â-l-il fait? JI a attendu patiemment le mot d'ordre, il a prêtél'oreille aux prédications de M. L. Blanc 7 revêtu alors d'un rôle éminent qu il eût pu remplir si utilement pour le pays! Tant qu il a entendu faire la critique du temps qui venait de finir, décrire les souffrances qu’il venait d’endurer ? il a applaudi franchement. Lorsque, exalté par tous ces préparatils, il est enfin arrivé à entendre formuler le remède à tous ces maux, et que M. L. Blanc, dans un fort beau langage, au nom delà fraternité, est venu lui indiquer comme seul remède possible l’égalité des salaires comme conduisant à la réalisation d un système où chacun produirait suivant scs forces et consommerait suivant scs besoins, c’est-àdire au communisme pur, le travailleur a baissé la tête tristement Sou admirable bon sens lui a fait sentir qu’on lui prêchait je ne sais quel retour à la barbarie; et cependant l’idée du communisme chez lui qui>vait tant souffert pouvait être excusable, car c’est la forme naturelle de la protestation de celui qui souffre contre l’organisation sociale. Dès ce moment Us est effacé de la scène, il a cessé les démonstrations publiques qu’il répétait chaque jour et a attendu avec courage que la reprise des affaires lui rouvrît la porte de batelier. Jamais ne sortira de notre mémoire le spectacle auquel
flous avons assisté le ib avril, jour de cette grande démonstration delà garde nationale, qui a manifesté clairement la volonté de toute la nation de maintenir Tordre dans h liberté.
Nous avons rencontré sur les boulevards une compagnie de garde nationale vraiment admirable. 400 hommes au moins, tous en blouse, porlant légèrement un fusil dont ils paraissaient prêts à faire un vigoureux usage, criaient d'une seule voix bien puissante : d bas les Communistes ! En apparence le cri pouvait paraître bizarre* car a juger par le costume, ceux qui le proféraient ne devaient pas gagner beaucoup plus que leur nourriture de chaque jour, et avec une sécurité moindre que celle que leur promettait le communisme, Pour comprendre cependant, il suffisait de regarder ces têtes intelligentes et litres: pas un deux peut-être ne possédait la moindre chose; pas un sûrement n'eût voulu faire abandon, même h un prix élevé, de sa richesse future, n'eût voulu abdiquer pour un plût de lentilles ! C'est qu’ils se sentaient mille fois trop intelligents pour vouloir aliéner la fortune et le succès qu'ils avaient la confiance de pouvoir acquérir à force d'activité, de travail et souvent de génie.
Sans doute tous n'arriveront pas, hélas 1 parce qu'il n'y a rien de parfait dans ce bas monde, et que le succès ne peut jamais être garanti; mais ils se sentaient des soldats de ces corps d'élite, tels que la vieille garde, qui ne pouvaient pas tous obtenir la croix d'honneur sur le champ de bataille, mais l'espéraient parce qu'ils s’en sentaient tous dignes*
Mais puisque le peuple, dans son bon sens, rejetait le communisme, celte utopie de la misère, que signifiait donc ce cri après la victoire. Organisation du travail?
U faut le dire, ces mots n'étaient qu’un emprunt fait à des publicistes qui croyaient avoir trouvé une recette pour les maux que ressentaient les classes laborieuses ; mais cellesci s’inquiétaient peu de la nature du remède, pourvu qu’il fût souverain. Ce qu'elles voulaient , c'était f amélioration du sort de f ouvrier, C abolition de la misère du travailleur qui ne trouve pas d'ouvrage. C'était encore une fois la devise des Lyonnais: Vivre en travaillant. Qu'un gouvernement tende à atteindre ce but, qu’on le voie diriger vers lui ses efforts intelligents, et nous lui garantissons la sympathie et F appui dévoué des travailleurs, que ce système s'appelle on ne s'appelle pas l'organisation du travail.
Ce désir ardent se comprend facilement quand on a vécu avec les ouvriers pendant une période de crise industrielle semblable à celle que nous venons de traverser. Lorsque les travaux venant à diminuer, l'ouvrier se trouve sans ouvrage, est obligé de parcourir inutilement tous les ateliers sans pouvoir y travailler, et qu'il lui faut rentrer chez lui dire à sa femme et à ses enfants qu’il ne rapporte même pas l'espoir de pouvoir manger le lendemain, certes il endure alors une de ces affreuses misères auxquelles la société doit porter remède. Une taxe du travail pourra coûter fort cher; mais îl ne faut pas que sur la terre de France, un ouvrier laborieux puisse mourir de faim.
Remarquons que ce n’est que dans les limiles de l'esprit de charité qu'une semblable taxe peut être établie; car son montant prélevé sur les travailleurs actifs, vient priver ceux-ci du fruit de leurs travaux. Ce n'est donc pas tout à fait ce que les socialistes entendent par le droit au travail. Non, à notre avis, l'individu n'a nul droit d'exiger de la société quand celle-ci est juste et équitable pour
DEM0UKÀT1E INDUSTIUELLE.
tous, des sacrifices prolongés pour défrayer convenablement un travail dont elle n'a que faire* avec l'impôt quelle prélève sur d'au 1res travailleurs. Oui, la société doit s occuper du sort de chacun de ses membres, l'empêcher d’éprouver la misère; mais s’il ne rentre pas après un certain temps dans les cadres ordinaires, la société a le droit d'exiger remploi qui lui est le plus avantageux de son activité. Si on avait agi ainsi, l'Algérie serait peuplée aujourd’hui à Vaide de l’argent qui a servi à soutenir la misère eu France.
Il faut avoir le courage de proclamer la limite du devoirde la société avant le droit de l'individu. Tâchons d’éviter autrement que pour l'accomplissement de grandes œuvres, l'importation de la taxe des pauvres d'Angleterre en France ; en tous cas c’est un palliatif, ce n'est pas un remède. Il ny en a qu'un, c'est d’assurer la prospérité de l’industrie sur des bases inébranlables , de manière que la production toujours croissante rencon tre une consommation également croissante par l'élévation perpétuelle du niveau général de la richesse de tous.
C’est là le but de cet écrit, qui présente, si l’on veut, un système d'organisation du travail dans la liberté.
Rappelons sommairement les principes que nous avons établis, les résultats auxquels nous sommes arrivés par l’étude de ce qui existe, et non par des jeux d’esprit, des fictions auxquelles on n’a que trop de tendance à s'abandonner aujourd’hui.
En considérant d’abord la grande industrie de noire pays, celle qui h elle seule occupe deux fois plus de bras que toutes les autres industries ensemble, nous avons été frappé de ce phénomène bien remarquable; c’est que du sein de la classe agricole nulle réclamation n'a été formulée contre la
constitution économique de cette industrie. C'est quelle s’en tient à celle qu'a produite la révolution de 89, qu'elle se trouve satisfaite par la division de la propriété, par le morcellement de la terre. Passant ensuite en revue les autres industries productives de la France, qui semblent devoir, a priori, posséder toutes la même constitution économique que l’agriculture dans un même pays, car elles résultent clairement des mœurs d’un peuple, des lois civiles et des lois de succession (partage égal entre les enfants en France, droits d’aînesse en Angleterre), nous avons constaté ce fait curieux : c’est que les fabrications qui i’ontlagloirede l'industrie française, qui luttent avec avantage contre celle de l’étranger et donnent lieu à un commerce d’exportation important, s’exploitent sous forme démocratique, c'est-à-dire que la propriété industrielle y est divisée en un nombre très-grand de possesseurs des instruments de travail, que l’exploitation s’y fait en petits ateliers. Celles au contraire qui s’exploitent en grandes manufactures, sous une forme évidemment empruntée à l’Angleterre, s’acclimatent difficilement en France; et ce n’est qu’à l’aide de la protection des douanes qu’on est parvenu, grâce aussi aux efforts d’habiles ingénieurs, de courageux fabricants, à donner quelque prospérité a cesgrundes /ècfe/’tes, prospérité qui n a pu cependant, dans le plus grand nombre de cas, permettre à leurs produits de dépasser les frontières de la France, dont le marché leur était réservé par la protection douanière, et d’aller lutter avec l’industrie anglaise sur les marchés étrangers. Nous avons dû conclure avec raison que cette forme d’organisation industrielle n’était pas celle qui convenait aux mœurs, au caractère de notre nation, et que les encouragements de l'État ne devaient pas
DEMOCRATIE JlNDUSTLUELLË,
être exclusivement réservés, comme ils Tout été jusqif ici, à la constitution de ces grandes propriétés industrielles, de ces grands monopoles inabordables pour la presque totalité de la nation, et don l ies progrès sont fatalement accompagnés de ceux de la misère des agglomérations nombreuses d'ouvriers auxquels f abord de la propriété est interdit, comme le prouve l'expérience à Reims, à Mulhouse, à Saint-Quentin, comme à Leeds et à Manchester,
Nous en sommes ainsi arrivé à étudier ces monopoles dont la concentration* avant la Révolution de Février, tendait h grandir, et à constituer au profit d’un petit nombre ce qu on appelait la féodalité financière. Amené ainsi à traiter des monopoles ou du privilège, de la concurrence ou de la liberté, nous avons établi ;
Que le monopole illimité,c’étaitpour les classes déshéritées, le servage ette misère.
Que la concurrence illimitée était souvent aussi cause de misère en permettant, par la lutte de tous, le monopole réel du plus fort, du plus riche. Elle est alors une guerre où celui qui a le plus d écus, détruit celui qui en a le moins, où la victoire est encore du côté des gros bataillons. En dehors donc des industries locales, des industries ou l'habileté, le goùL du travailleur est la cause prédominante de succès, la concurrence illimitée conduit encore au monopole. On en peut citer mille exemples : les messageries* les grands magasins de nouveautés à Paris, la librairie libre de la Belgique, etc.
Que de même que les progrès de la centralisation en créant tes armées modernes, ont produit une force infiniment supérieure à celle des troupes des seigneurs féodaux, de meme 1 intervention de FEiat, de l'association de tous
DEMOCRATIE lWDUSTiUELLÊi
dans la production industrielle pour concentrer les efforts communs au profil de tous, peut produire des résultats infiniment supérieurs à ceux de F indu strie féodale, et queFapanage dû tous ne peut être abandonné à quelques-uns sans un droit personnel de ceux-ci*
Qu’enfin la liberté de chacun étant un droit, que la société ne peut confisquer, le produit de cette liberté était une propriété, un juste monopole incontestable ; qu’une société était d’autant plus parfaite que l’on y respectait mieux Faxiome : Chacun est propriétaire et resjxmsablede ses œuvres , que le citoyen trouvait plus de facilités pour pouvoir développer son être et créer des richesses qui produisaient le bien-être et l’indépendance d’une famille tout en accroissant les richesses sociales. De la sorte la concurrence ne se trouvant limitée que par les nouveaux progrès dans toutes les directions, ces monopoles offrent le moyen de régulariser laconcurreuce tout en étant une source perpétuelle et sans cesse renaissante de progrès infinis.
De ces principes qui nous semblent k l'abri de toute discussion, résultent naturellement les applications que nous en avons déduites, la voie dans laquelle nous souhaitons voir se développer l’industrie française,
Plus de monopoles conférés par la législature pour l'exploitation d’industries d’uri intérêt tout à fait général; à FEtatseul, à l'association de tous, les voies de transport, les routes, les grandes ligues de chemins de fer, où le transport doit, dans le plus grand intérêt de tous, être abaissé au plus bas prix possible* L’association de tous les citoyens doit satisfaire directement ces grands intérêts sans délégation aucune, sans créer au profit de quelquesuns des monopoles, source de beaucoup d’autres nul-
lement justifiés et inattaquables malgré tous tes efforts rte la capacité et de l’énergie individuelles.
A l’Etat, avec ou sans impôt, suivant les besoins du trésor, les grands services de distribution, sur toute ta surface du territoire, des substances dont le bon marché importe à tons et ne peut résulter que d’une vaste et unique centralisation : Régie des postes, du tabac, du sel, etc.
Intervention de I Etal dans ('exploitation des mines pour fournir à 1 industrie du pays les matières premières <1 bon marché et fonder ainsi sa prospérité, sa supériorité relativement à celle des autres nations sur une base inébranlable; en faisant cependant avec soin la part de l’activité individuelle, en réservant à l’individu toute la rémunération due à sa production, tout le fruit du travail.
Intervention des municipalités, des communes, associations de second ordre relativement è celle de la nation entière, mais encore souvent bien puissanles pour prendre à leur charge partie du fardeau, du gros capital nécessaire à l’établissement des manufactures à l’anglaise ; les dépenses étant dirigées pour constituer par l'ensemble de la fabrication de la commune entière, un tout bien plus important qu’une de ces fabriquée, eu même temps que la division du travail poussée beaucoup plus loin, croissant avec la division de lapropriélé industrielle et secondée par l’énergie qui résulte de celle-ci chez le travailleur, rendrait ce mode d’organisation supérieur ù tout autre, même au point de vue du bon marché de la production.
Intervention de l’État et des municipalités dans le commerce, pour réagir contre l’agiotage et l’accaparement des matières premières , affranchir le véritable producteur de richesse de fa pression exagérée qu’exerce souvent sur lui
le marchand. Généralisation du système d'entrepôts et de warrants, du système de marchés publics et prêts sur consignation. Enfin, marques d'origine obligatoires toutes les fois que cela est possible, pour établir une communication directe entre le producteur et le consommateur.
L'organisation industrielle ainsi débarrassée des monopoles qui existent à sa tête, puisqu’aulîeu d'être exploités au profit de quelques-uns, ils le seraient au profit de tons, reste toute l'industrie proprement dite, toute celle qui crée les produits par le travail, qui transforme à l'infini les matières premières.
La liberté étant la règle absolue, sans exception aucune, l'influence des concessions privilégiées, de la concentration des machinés dans d'immenses ateliers, des grands capitaux dans le commerce, se trouvant singulièrement diminuée, l'individu tendra a se précipiter avec grande énergie dans une voie où les concurrents portent des armes pareilles aux siennes.
De cette concurrence universelle résulteraient par les doubles emplois, la lutte destructive, du capital dans le plus grand nombre de cas le monopole absolu du plus riche et du plus audacieux, si aucune limite n était fixée. Une seule limite est juste : la propriété pour chacun de ses œuvres, du produit de son intelligence comme de ses bras, ce qui n'csl que de l'équité de ta part de la société qui reconnaît le service qui lui est rendu, par la propriété de rue Livre duc au génie, au mérite en tous genres. Ce sont la les monopoles justes, sensés, apportant h la concurrence les limites résultant de droits sacrés, évitant la déperdition des forces au grand profit de la richesse générale, et faisant jouir de partie de ces avantages l'auteur du progrès de la
richesse sociale. Non seulement dans ce cas le mot admirable de Franklin serait toujours parfaitement vrai : L'homme qui enseigne aux ouvriers qu'ils peuvent changer leur sort autrement qu'avec beaucoup de travail et d'économie est un empoisonneur » ; mais encore la richesse suivrait immédiatement 1 œuvre dugénicet de la capacité, qui* dans une yole déblayée d’obstacles insurmontables, deviendraient les seuls moyens d’arriver immédiatement en tête.
Nous avons conclu de ceci la nécessité d augmenter les privilèges, les droits de la propriété littéraire et artistique, deshrevetsd invention, des marques de fabrique, etc. : en un mot, d'agrandir la propriété industrielle,propriété tou te personnelle, due entièrement a u travail et à la capacité ; de la débarrasser de mille obstacles qui enipêchent dans la pratique les plus méritants d obtenir de la société la reconnaissance et la protection de leurs droits. Ou l'absence de toule liberté, dans 1 atelier de M. L. Blanc ou le monopole du plus riche, ou le monopole du plus capable, de celui qui rend un service réel à la société, qui accroît la richesse nationale : voilà les trois termes, entre lesquels il faut nécessairement choisir, et nous ne croyons pas qu’on puisse hésiter longtemps.
Mais si le travail et la capacité se trouvent les seuls moyens de fortune, le devoir du pouvoir social doit être de fournir à tout citoyen le moyen de développer sa capacité, le moyen de produire par son travail.
Le premier but sera obtenu par le développement de 1 instruction primaire déjà solidement fondée en France, la fondation de nombreuses écoles professionnelles analogies à celle dont Lyon nous fournit le modèle, le complément donné il l'instruction supérieure, dans les Facultés et au Consa.
nà
servatoire des arts et métiers, remplissant la fonction de rapprocher des applications industrielles, les résultats des sciences les plus élevées.
Le moyen de mettre toujours le travailleur en position de toujours produire, réside dans les institutions decrédit. Tandis que l'État exercerait une surveillance assidue sur les établissements chargés d'assurer la circulation du pays, à l'aide de signes ayant toute la valeur que mérite la garantie de l'association générale d'une grande nation, des associalions privées ayant l'ardeur, rénergie d'entreprise qui ne saurait se concilier avec la prudence de l'État même, créeraient de nombreuses banques de crédit, cause perpétuelle de production et de consommation en même temps. Avec toutes celles de ces mutualités qui, par le nombre et la solidité des contractants, l’importance des réserves, etc M seraient parvenues à donner à leurs valeurs de circulation tout crédit, l'État, la caisse centrale, échangerait ces valeurs contre les billets partout reçus, rendant en quelque sorte universels à la limite, les billets des banques qui jusque-lè n'avaient cours que dans un certain cercle d'associés.
S'il est vrai, comme on n'en saurait douter, qu’une révolution politique se traduit toujours en une révolution sociale, dans une société industrielle c'est dans la manière dont le crédit se donne que La transformation doit être sensible. C'est dans îe crédit que l’association peut s'établir sur une grande échelle, que l'aide puissante de l'association de tous peut s'introduire au nom de la fraternité sans confisquer la liberté, l'individualité, C'esl par le prêt du capital aux classes laborieuses que peut se réaliser le droit au travail, car celui-ci ne peut exister que par la disposition du capital. Or dans le système que nous avons indiqué ne
sent-on pas un progrès immense? À l'aide d'une prime de mutualité, tout citoyen capable, jouissant d T un crédit personnel, dont l'énergie, la moralité, l'esprit d'invention, etc,, auront pu être appréciés, trouvera toujours une association pour l'adopter, une véritable commandite pour féconder ses travaux. Toujours producteur, toujours consommateur par cela même, le travailleur laissera bien loin derrière lui les idées d'aumône, de secours, de commandite de l'État ; il ne devra rien qu'à lui même*
Que Tou cherche à se figurer pour un instant cette société, et qu'on y suive le sort de l'ouvrier.
Enfant, il est instruit à l’école primaire, puis à l'école secondaire ou bien entre en apprentissage ; mais le soir va à l'école professionnelle. Sûrement devenu avec cette assistance un ouvrier habile, il trouve, vu la prospérité générale des affaires, un salaire élevé, qui lui permet delaire quelques économies, qui placées à la caisse d'épargne s'accroissent de l'intérêt qu'elles rapportent.
Bientôt, soit seul* soit avec quelques camarades, avec lesquels il s'associe, ayant toute connaissance de leur habileté et de leur moralité, il s'établit et est reçu dans une mutualité qui leur offre le crédit que mérite leur capacité. Grâce à l’aide qu'ils rencontrent, à leur énergie, ils produisent, et dans des conditions aussi avantageuses que quiconque, plus avantageuses même bien souvent. Le succès sera dohc fréquemment la récompense des efforts de notre ouvrier, il le sera sûrement si, par l'invention d'un outil, d'un système de fabrication, d'un dessin, etc., dont ü aura déposé la description chez le magistrat, il est assuré de jouir du fruit de sa combinaison.
La fortune ou au moins le bien-être parait donc assuré
h tout travailleur intelligent et courageux. Sans cloute il se trouvera encore des individus paresseux, incapables ou vicieux, que l'ambition, la plus vivace des passions, ne saisira pas» et qui verront sans faire de gronda efforts leurs camarades s’élever de tous côtés autour d'eux. Feul-on empêcher une société de compter des êtres incomplets dans son sein? ce sont des mineurs qui resteront toujours en bas, parce que là est leur place ; mais qui n’en profiteront pas moins de la richesse générale par laugmen talion des salaires qu’ils obtiendront pour leur travail.
Comme on le voit facilement, nous en arrivons à faire venir l'association au secours de l'individu isolé. Mais, dans remploi del‘association, préconisée aujourd'hui par beaucoup de personnes comme principal remède à tous les maux, on doit distinguer deux choses très-différentes au fond, bien qu'on les comprenne sous une même dénomination générale ; à savoir ;
i ü L'association ne possédant qu'une propriété indivise, système de tous les socialistes, qui donnent à cette propriété commune à tous divers noms suivant les écoles, ateliers nationaux, phalanstères, propriété nationale, etc.
2° L'association de propriétaires qui réunissent leurs ressources pour avoir les avantages de la grande propriété en vue d'un but spécial et sans rien aliéner de leur droit entier de propriété.
Est-il besoin d'insister pour faire comprendre comment le bien qu'on peut espérer réaliser dans le premier système, se réalisera également dans le second; mais avec cette immense différence que celui-ci respectera la liberté?
C'est par l’association que la propriété peut se diviser
sans f'iiire naître les inconvénients qui pourraient résulter d'un morcellement indéfini.
Ainsi, dans certaines provinces de la France, chaque pay» san propriétaire d'une si petite étendue de terre qu’il ne peut posséder ni charrue, ni bœufs, ni, par suite, d’engrais.
Aussi dans plusieurs communes s'est-il fait des associa-
liops |roür acheter une charrue commun ale en^uelqne sorte,
et des bœufs que chaque associé nourrit une certaine partie de l’année,
L autorité départementale interviendrait pour déterminer la tonne de ces associations et les aider, constituer tin syndicat, etc., que uous y applaudirions fort. Car c’est un moyen de rendre plus probable h petite propriété, c’està-dire celle de la masse de la nation.
Ce que nous disons ici de la propriété agricole s'applique, nous 1 avons déjà souvent montré, à la propriété industrielle. Ce n’est pas plus parce qu’il existe des machines, ou un instrument de production qu'on appelle la terre, que 1 on voit des populations livrées h la misère, an paupérisme; c’est parce qu’il y a appropriation de ces machines, de ces terres, concentration entre un petit nombre de mains de leur propriété, et des produits qu’elles servent à créer. C’est donc encore une fois la division de cette propriété qui est le but désirable, et c’est l’association qui peut permettre à cette division d’être poussée très-loin, sans qu ilen résulte un moyen de production désavantageux relativement îi ceux que peut combiner l’agglomération. C’est dans ce dernier fait que se trouve la cause principale des succès de l’industrie anglaise, et c’est l’espoir d’indiquer la voie dans laquelle notre démocratie industrielle (la seule forme possible d’organisation de l'industrie dans une répu-
m DEMOCRATIE INDUSTRIELLE*
blique démocratique) pourrait lutter avec avantage contre les lords du fer et du coton comme disent les Anglais, qui nous a constamment préoccupé dans cet essai.
Mais si T association libre est éminemment désirable, l'association forcée qui sacrifie la liberté de tous doit être énergiquement repoussée. Or la forme de l'association qui seule n’engage d’aucune manière la liberté de chacun, c’est la mutualité , c'est là la nouvelle base sur laquelle doit reposer le crédit. C'est alors que Ton verra nos banques de crédit trouver avantage à ouvrir des crédits de caisse aux petits producteurs comme le font les banques d’Ecosse, sous la garantie de cautions* C’est ce qu’a bien senti un grand publiciste, M. Lamennais, dans le passage suivant, où seulement le mot association devrait être remplacé par celui de mutualité*
& Quiconque, dit-il, peut offrir une hypothèque, un gage réel, trouve aisément un capital correspondant à la valeur du gage, au moyen de îa transaction nommée prêt. Pourquoi le travailleur qui ne possède rien ne peut-il emprunter le capital qui achèverait de t'affranchir? Parce qu'il iVa d’autre gagf: à offrir que son travail futur dépourvu de valeur vénale, et ii n’a point de valeur vénale, parce qu'il n'est pas encore, et qu’il peut n'ètre jamais, à raison de la maladie et de la mort possible. Car, du reste, un travail certain est un gage réel et le meilleur peut-être. Pour que le travail futur devienne un gage réel, il faut donc qu'il devienne certain, et il le devient par l’association. La solidarité de ses membres élimine les causes d’incertitude qui, en altérant la valeur du gage éloignent le prêt* »
Nous ne savons si nous nous faisons illusion ; mais il nous semble qu’avec une organisation de l’industrie sem-
blable à celle que mous venons d'esquisser, une société chez laquelle les idées d'égalité sont si profondément gravées, les connaissances si répandues, que dans la nôtre, doit arriver à un développement industriel inouï, et la France devenir un atelier immense fécondé par le travail* Aujourd'hui cependant tout est arrêté : le commerce tout entier liquide ses opérations passées et n'en l'ail plus de nouvelles ; les marchandises restent dans les magasins des commercants, ou n'en sortent que pour aller remplir les espèces de monts-de-piété qu'on vient de leur ouvrir. Le travail diminue partout et s'arrêtera quand les avances auront disparu, comme une machine à vapeur qu'on n'alimente plus de combustible.
Cependant rien de plus pressant que d'éviter cet arrêt. — Ou l'idéal que nous avons représenté, ou une situation affreuse, car la consommation détruit chaque jour les richesses accumulées et la nation avance à grands pas dans la misère ; encore quelque temps et l'édifice industriel dû. à cinquante ans d'ellbrts persévérants va s'écrouler et disparaître, comme si le sol de la France était incapable de le porter.
Que faut-il pour éviter à notre industrie cette nouvelle révocation de 1 édit de Nantes, que faut-il pour faire sortir la France industrielle de sa torpeur actuelle et l'amener à un degré de prospérité et de richesse dont nous n'avons nulle idée, dans cette ère nouvelle qui sera le règne du travail ? Une seule chose, ou au moins une chose par-dessus tout, avant toutes.
Cette chose, c'est la reconnaissance formelle du droit le plus sacré de tous, reconnaissance non d'une assemblée seulement, mais de la nation tout entière dans des journées comme celle du 16 avril ; du droit de chacun à récolter le
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irait de son travail, de jouir de la propriété de ce qu'il
créé, moyen unique de faire renaître le travail, source de toute richesse.
Quand pour tous se seront dissipés les nuages qui ont pu obscurcir un moment une notion si évidente que personne n’a osé l’attaquer franchement, si plusieurs ont cherché à l’ébranler par voie détournée; quand la certitude du respect de la propriété régnera dans les esprits maigre même une certaine agitation publique, le commerce et l’industrie reprendront leur cours, et à l’aide d une organisation plus juste que n’était l’ancienne, forçant avec une tout autre énergie 1» production et ia consommation, amenant les instruments de travail sous la main de tous ceux qui possèdent activité et talent, fera naître une prospérité sans exemple jusqu’à ce jour.
Du courage donc chez tous les bons citoyens pour ne laisser contester à quiconque la propriété de son travail; du courage chez tous ceux qui ne veulent la ruine de personne, mais au contraire l’enrichissement de tous Du courage surtout chez les dépositaires du pouvoir, qu'lis sachent bien qu’il n’y a qu’un remède à tous les maux qu’engendre le manque de confiance, ce remède c’est de faire renaître la confiance, de rassurer la propriété par leur energie, leur sagesse, leur dévouement, leur franche opposition à de funestes doctrines. Malheur à ceux qui contre un gouvernement prenant sa hase dans le suffrage universel de la nation oseraient faire appel à la violence et à ia terreur, pour faire triompher de malheureuses théories, et changer un magnifique avenir en une certitude de misère et de déchirements ! Puisse retomber suc leurs têtes le sang qu’ils feront couler 1