‹ De la démocratie industrielleChapitre 9 sur 31 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

Qhjlca de guùL — Arlfl dTinltalEou*

La teinture et l' impression sur étoffes, qui se rapportent également à la série précédente et à celle-ci, constituent une des plus belles et plus vitales industries de k France : bon goût des dessins les plus variés, richesse d’invention de procédés pour l'extraction, la préparation des substances tinctoriales, des mordants, de nouvelles couleurs, de procédés de gravures, de multiplication de ces gravures, telles sont les bases puissantes de sa prospérité, Exploitée dans un nombre très-considérable d’ateliers à Rouen, à Paris, à Mulhouse, ateliers dont le développement quelquefois considérable est dû bien plus è des succès de fabrication quk des placements de gros capitaux antérieurement accumulés, cette industrie est une de celles qui sont appelées au plus grand avenir et dont le présent est le plus beau, La fortune y est la récompense de tout coloriste, tout dessinateur, tout ouvrier intelligent qui suit trouver une couleur, combiner un dessin, inventer une machine, aussi y règne-t-H une émulation admirable.

PapierspeifiiSi —Cette industrie est toute française, iitvcn-

fée pnr un fabricant français, elle est exploitée avec une supé r i or il é iiieo n testée par ses successe urs. V or g an i sa t î on 1 1 e celle fabrique est très-remarquable. Concentrée au faubourg Saint-Antoine à Paris, divisée en une quantité considérable de petites fabriques au-dessus desquelles ne s'élève qu’un petit nombre d'établissements un peu importants, qui ue peuvent soutenir la lutte qu’avec les plus grands efforts, cette fabrication n'en crée pas moins avec une fécondité extraordinaire des produits d’un goût parlait, et la variété de la production est telle que la planche à la main n'a pu trouver de rivale dans les cylindres et in veinions diverses partant de gravures plus coûteuses et dont les frais ne sauraient se retrouver la plupart du temps, car un nouveau genre de dessin a bientôt fait abandonner celui de la veille* IWmjmphwJa grmure Y ont en France un développement important. Le produit est ici trop près de Part pour que îa concentration du travail puisse avoir lieu dans de grands ateliers. La plupart des imprimeurs lithographes sont des écrivains ayant pu par leur talent faire quelques épargnes qui leur permettent de s’établir.

Les heureuses dispositions pour les arts de la forme qui existent en France chez tant de personnes, dispositions bien importantes h cultiver, car elles font la base la plus solide de notre richesse industrielle, nous assurent dans ces industries une place de premier ordre*

L'imprimerie n'est pas libre en France, el le ne peut s'exploiter qu’a l’aide de brevets dont le nombre est limité. Cette restriction sans laquelle, comme T expérience Y a indiqué, le nombre des établissements serait très-grand, est surtout lâcheuse, en ce que le prix des brevets augmente beaucoup les difficultés que rencontre l’ouvrier intelligent à s’établir, h

passer dam la classe des maîtres* CeL inconvénient n'est pas racheté par la prospérité des etablissemen ts existants qui malgré leur nombre limité, ne s en l’ont pas moins une concurrence très-active* Us ne profitent même pas d’un privilège que la prospérité d’une classe de citoyens pourrait seule excuser, car en admettant la nécessité de surveiller la presse, c’est à une administration active à y parvenir quel que soit le nombre des établissements*

La bijouterie ^ f orfèvrerie, le plaqué, les bronzes, etc*, constituent, des industries dans lesquelles l’esprit d’invention, le bon goût de notre nation a trouvé à s'appliquer avec un grand succès*

La bijouterie et surtout la fausse bijouterie, qui a pris des développements considérables dans ces dernières années, donne beu à une division du travail infinie. Dans le grand nombre de genres de bijoux différents, le moindre détail de fabrication donne beu h une industrie* Parcourez les rues Saint-Denis et Saint-Mari in à Paris, siège principal de celte fabrication, sur chaque porte vous verrez fadresse d’un estampeur, d'un graveur, d’un émailleur; l un lubrique les anneaux, l'autre les boucles, Vautre les chaînes, etc., et au milieu de cette variété de fabrication, tout ouvrier intelligent qui a de Y habileté, qui par quelque heureuse invention ou quelque tour de main nouveau, peut fabriquer quelque article avec quelque supériorité, s'établit et bientôt peut h l’aide de son travail parvenir à Vaisance*

l\ est impossible de se figurer quelle énorme dépense d'intelligence se fait dans une industrie organisée de la sorte; aussi notre bijouterie est-elle un objet d’exportation assez important malgré les droits de douane qui lui rendent difficiles les abords des pays où elle trouverait ses

débouchés les plus avantageux ; car nulle part elle ne rencontre de rivaux apportant des objets aussi brillants, d'aussi bon goût et à un prix aussi bas que ceux établis par nos ouvriers*

Le plaqué était fabriqué sur une grande échelle par les Anglais au moment oii on a importé en France celte industrie* Aucune autj’e peut-être 11 e montre mieux la tendance des deux peuples à organiser leurs industries sur des bases différentes.

La plupart des objets qui se fabriquent en plaqué, peuvent être obtenus par deux procédés différents. L'un repose sur l'emploi d'estampes d'acier dans lesquelles îe métal est façonné h l'aide du balancier, c'est le système employé par les Anglais pour fabriquer économiquement, mais à l'aide d'un matériel coûteux et de puissantes machines; l'autre consiste à retreindre le métal sur le tour et à obtenir les formes voulues presque uniquement n \ aide de l'habileté de l'ouvrier et avec un matériel trèsrestreint* G est le système adopté en France, eü) faut bien rju il y ait quelque chose de vital dans une semblable division de travail pour que malgré l'infériorité sensible du procédé, nous luttions avec ies Anglais sur les marchés étrangers. La seule opération qui exige l'intervention de machines puissantes est celle du laminage du plaqué ; aussi se fait-elle habituellement à Paris dans des établissements spéciaux qui font ce travail à façon pour le compte des fabricants de plaqué, le travail étant ainsi passé des grands établissements à un travail morcelé par la création d'un laminoir banal ; exemple bien curieux d'une solution souvent applicable, sur laquelle nous aurons à revenir.

Articles ih Paris. — Nous comprenons sous ce mot la

4i DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE,

série d’articles qui porte peut-être le cachet le plus caractéristique de la tendance naturelle de notre industrie. On sait combien l’exportation qui se fait de ces articles est importante et de combien d’articles elle se compose; articles de peu de valeur intrinsèque, mais dont le bon goût fait le prix. On distingue principalement, lesmodes, la ganterie, les chaussures de dames, la tabletterie, l <f ébénisterie t l'horlogerie, les parapluies, le cartonnage, etc*, etc. De tous ces articles pas un n’est le produit de machines puissantes, pas un n’est produit dans de grands ateliers. Ce sont des ouvriers en chambre, de petits fabricants qui se partagent la création de ces articles pour lesquels notre supériorité est incontestable et devant lesquels les puissants moyens de production de la manufacture anglaise baissent pavillon.

Dei Industrie# Inférieures de la France.

luttant contre ues ï su» dotât ïons importantes ou protégées par

des PROHtÜÏTIONS.

Les industries dont nous allons parler donnant lieu à des importations gênées par des droits de douane, ou ne s’exerçantqu à l'abri de prohibitions, sont pour lanationla source de sacrifices qui équivalent à de véritables impôts. Nous laissons aux partisans du libre échange le développement de cette thèse, dont ils ont h notre avis poussé trop loin les conséquences ; mais il nous paraît impossible en tout cas pour tout homme de bonne foi d’admettre que les sacrifices qu'entraîne un pareil état de choses doivent être permanents. Ce n’est pas un pays comme la France qui doit

DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE* î :j

se proposer pour idéal de vivre comme la Chine, derrière une muraille qui le sépare de tous les autres peuples, et cependant il faudra bien avec tes progrès que font tous les peuples dans la carrière industrielle nous décider à ne rien exporter si nous ne voulons rien importer, car il est impossible que notre industrie ne produise pas plus chèrement que l 1 industrie étrangère, sî nous nous contraignons à payer toujours à un prix plus élevé qu'elle certains produits essentiels qui forment la base des diverses fabrications. Mais la question commerciale s'étant pas ce qui nous occupe principalement ici, nous ne nous étendrons pas sur ce sujet, voulant seulement établir que les industries que nous appelons inférieures n'ont pas l'importance des industries supérieures, Cela est bien évident pour les partisans de la liberté du commerce, mais nous paraît devoir être admis même par les ennemis de cette théorie pour toutes les industries que des conditions spéciales, des obstacles matériels par exemple, condamnent à être toujours dans un état d'infériorité dans notre pays* C'est ainsi par exemple qu'on a renoncéà protéger par des droits élevés la conteuse extraction du salpêtre national obtenu par le lessivage des plairas depuis que le nitrate de soude trouvé en immenses couches au Chili a permis d'obtenir ce produit à un prix modéré*

Passons donc en revue nos industries que les états de douanes nous signalent comme inférieures a celles d'autres pays et cherchons à indiquer la voie dans laquelle il faudrait s'avancer courageusement pour voir se terminer le plus tôt les sacrifices que le pays s'impose pour leur protection.

îJKMnciUTirc ïNrvnsTUTELtÆ.

Mines ei Métallurgie*

En tète des industries qui donnent lieu à des importations considérables, ou qui ne se développent qu à F abri de droits de douane élevés, on doit placer l'extraction des substances minérales et la préparation des métaux. Il faut bien en convenir, F infériorité de notre nation est flagrante sous le rapport de ces industries. Certes il est impossible que nous arrivions à certains développements que peuvent seuls obtenir les pays favorisés de mines plus riches et plus abondantes que les nôtres, mais obtenons-nous tous les résultats que peuvent permettre d'espérer les richesses naturelles que renferme notre sol? Là est toute la question* Or, à l'exception de l'industrie du ter, qui est très-considérable, nous ne pouvons compter que deux ou trois usines un peu importantes pour l'extraction du plomb* Ce n'est pas là la limite de ce que nous pouvons faire en métallurgie.

On a souvent répété que les Français n'étaient pas propres à ce genre de travail et qu'ils n'y trouvaient pas l'emploi de leurs qualités. Cela est évidemment une mauvaise plaisanterie. Est-ce que nos ingénieurs des mines ne sont pas aussi instruits et aussi actifs que les meilleurs métallurgistes de l'Europe ? est-ce que nos ouvriers perdent leur intelligence en descendant dans les mines?

Il faut pourtant quil y ait une cause à cette infériorité reconnue; ne résiderait-elle pas dans F organisation de notre industrie métallurgique? Quel est l’esprit de la législation qui régit les concessions des mines?

Dans celle circonstance comme dans tant d'autres, on s’esl demandé comment était organisée l'industrie anglaise, et l'on s’est empressé de l'imiter. Frappés de l'importance îles établissements métallurgiques de l’Angleterre, des immenses travaux auxquels les ressources de compagnies puissantes pouvaient seules suffire, les rédacteurs des lois qui régissent les mines, ont proscrit les petites concessions, ie travail sur petite échelle; de telle sorte qu’il arrive chaque jour que l’inventeur d'une mine, voit, lors de la concession, celle-ci accordée à une compagnie voisine par le conseil d’Ètat, préoccupé de donner à la loi sa véritable interprétation en créant à tout prix de grandes concessions pour de puissantes compagnies.

Le résultat d’un pareil système n'a pas été ce nous semble fort heureux, et pouvait-il en être autrement, au milieu d’une société organisée comme la société Française. N’aurail-il pas fallu que celle-ci se transformât en quelque sorte pour agir comme le font les Anglais? N’y avait-il pas pour développer en France l’industrie métallurgique, d'autre moyen plus approprié ït 1 organisation de notre société industrielle et qui eût donné des résultats bien meilleurs? C est ce que nous allons voir en passant en revue jios principales industries de ce genre.

Extraction de la houille.

La plupart des exploitations de houille créées sous l’eift- P^edes lois existantes, protégées pardesdroitsde douanes, fournissant une matière première réclamée par toutes les industries, se sont élevées presque de suite à des propor-

DÉMOCRATIE 1NDIISTRÎÉCLF-.

lïans énorme#, Anzin est le type le pins brillant de ces beaux établissements, et sa prospérité prouve surabondamment l’importance des bénéfices nets que peut rapporter à une riche compagnie, celte exploitation à l'anglaise d'abondantes richesses minérales.

A une époque plus reculée, le bassin houiller de Saint- Étienne et celui de Rive-de-Gier donnaient lieu à des extractions considérables, mais dans ces exploitations, la propriété des mines était partagée entre un nombre trèsgrand de producteurs. Le travail avait donc lieu sous une forme mieux appropriée à notre organisation industrielle que celle des grandes compagnies.

La multiplicité des extractions dans un même bassin n'est cependant pas sans inconvénients graves quand les intérêts des exploitants sont entièrement différents. Une semblable organisation ne peut évidemment subsister qu avec un syndical, fortement organisé sous la surveillance du pouvoir central qui force à l'exécution des travaux d’ensemble nécessaires à la prospérité de tout le bassin et surveille f exécution des règlements faits en vue de l'intérêt général G 1 est pour n’avoir pas su résoudre les difficultés d'exécution d'une semblable organisation que le gouvernement n'a osé s’opposer à T Association des mines de la Loire qui est venue réunir dans une même main la (rès-majeure partie des mines du bassin de Saint-Étienne, offrant à chaque propriétaire un produit netsupérieur à celui précédemment obtenu, par l'espoir non-seulement de l'économie d'une exploitation moins coûteuse, mais surtout en vue de la facilité de dominer les cours que peut espérer un seul vendeur, c’est-à-dîre en réalisant, d’importants bénéfices par l’exploitation du consommateur, plutôt que par une

DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE. i7

augmentation de richesse sociale. Triste résultat des idées d agiotage et de monopole dues à la fièvre qu’a donnée récemment au pays l’émission d'une multitude d’actions de chemins de 1er.

ludu&irle dut fer.

L'industrie du ter est bien ancienne en France et a toujours donne dlm portants produits. L’abondance des minerais riches, la grande étendue des forêts dont les forges sont le principal débouché, ont multiplié considérablement les usines à fer, et permis à cette industrie de fournir tous les produits dont le commerce a besoin. Les forges catalanes des Pyrénées, les fourneaux et forges de l'Isère alimentées par le charbon des forêts des Alpes, ont fourni de tout temps des aciers et des fers aciérés ; la Franche-Comté a donné les dis de fer ; les usines des Vosges, la clouterie et des fers de qualité ; le Berry, les fers de roche, etc* Cette industrie, divisée en établissements très-nombreux, placés près de chaque affouage, paraissait h l'abri de toute trarisformatiou radicale, tant que le charbon de bois a été seul employé pour la préparation du fer. Mais les Anglais dont le sol si abondamment fourni de houille est pauvre en forêts, ayant résolu le problème de l'extraction du fer de ses minerais à 1 aide de îa houille et ayant fait de cet admirable progrès U base fondamentale de leur prospérité industrielle, la forge à i' anglaise dut aussi être Introduite en France avec ses tacuités de production presque illimitées, ses machines puissantes, scs méthodes accélérées de travail. Bans ce cas

48 démocratie industrielle,

encore la forme donnée par F esprit français à celte industrie

a du céder devant celle adoptée par l'Angleterre.

C’est en vain qu'à l'abri de droits de douane fort élevés (protection qui a surtout profité aux propriétaires de forêts, dont le revenu est en grande partie payé par les consommateurs de fer) les forges au bois ont continué à exister et sont même aujourd’hui, grâce aux développements des chemins de fer qui ont fait monter le prix du fer, dans un état momentané de prospérité. Bientôt sans doute une crise terrible aura lieu pour les établissements qui ne sont pas protégés par la qualité supérieure de leurs produits et le bas prix tout particulier des approvisionnements. Comme près de la mine, la bouille coûte toujours un prix bien inférieur à celui du bois; la concurrence des forges d t'anglaise* montées pour la fabrication des raîis sur une grande échelle sera fatale à bien des usines, trop éloignées des mines de houille pour avoir pu se transformer; et les droits de douane seront impuissants pour protéger nos anciennes usines.

La transformation de l 1 industrie du fer et sa concentration dans d'immenses ateliers situés près des mines, produisant des quantités presque illimitées de fer, tels que sont déjà le CreusQl, Decazeville, Hayange est un fait hors do doute aujourd'hui. La concentration d'une production aussi capitale que celle du fer en un petîtnombre d’établissements immenses donne à ceux-ci une importance énorme qui en fait presque des ateliers sociaux, c'est-à-dire chargés d’un grand intérêt de la société et pouvant agir puissamment en bien ou en mal sur le bien-être de celle-ci. Nous revenons plus loin sur ces considérations.

ÜÉMUCJUTJE INDUSTRIELLE.

ËJlratiion duptoniD.

Le plomb li'est guère plus exploité en France sur une grande échelle qu'il Poullauen en Bretagne, et à Pont-Gihaud en Auvergne. Les anciennes usines de Sainte-Marieaux-Mines dans les Vosges, d'Allemont dans les Alpes, plusieurs dans les Pyrénées, ne sont plus exploitées aujourd’hui, et la production de la France est réduite au quart à peine de sa consommation. La cause principale d’un semblable état est dans le prix peu élevé des plombs qui nous viennent d Espagne et du Missouri, et qui provenant de minerais qui se trouvent en amas souvent considérables, en sont extraits à un prix bien inférieur à celui que coûte en France l’exploi talion de minerais en liions. Aussi, malgré un droit de douanes de 10 p. 100 qui grève le plomb à l’entrée au détriment du consommateur, il ne se trouve guère de producteurs pour en proiiter.

11 semblerait d après cela que dans toute l’Europe la majeure partie des minerais de plomb en liions doit être abandonnée comme en France et que la production de ce métal est rcservée seulement aux pays plus favorisés par la nature. Eh bien ! il n’en est rien ; allez en Angleterre, en Allemagne, parcourez le Hartz par exemple, ce pays de mines si célèbre, vous verrez des populations entières occupées à poursuivre des liions souvent plus pauvres que ceux qui restent en France sans exploitation et dont la valeur demeure enfouie dans notre sol sans que nous sachions aller l’y chercher.

Il est facile d’expliquer la cause d’un semblable résultat.

M ous avons vu a I œuvre la compagnie qui a repris en 183fi

5 ,j DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE,

les concessions d’AUemont dons le Dauphiné. Ces mines justement célèbres se composent d’un nombre considérable de fdons de plomb argentifère, dont plusieurs ont été attaqués.

Profitant pour se constituer d’uue élévation momentanée dans le cours des plombs, celte compagnie réunit un nombre important de mineurs, monta des appareils de lavage des minerais d’après les meilleures méthodes, construisit de nouveaux fourneaux, explora et ouvrit de nouveaux filons. Après deux ou trois ans de travaux la compagnie ne put tenir, les cours du plomb ayant baissé, les fourneaux furent éteintsctlesfilonsdenouveau abandonnés.

Si l’on eût été en Angleterre au lien d’ètre en France, il est infiniment probable que dans ce pays où les capitalistes sont plus nombreux, la société eût pu se constituer à un capital dix lois plus considérable que celui que la compagnie française a réuni. Un bien plus grand nombre de filons eût été mis en exploitation et par suite la chance d’en rencontrer de très-riches eût été beaucoup plus grande ; des éconoroies'tle toute sorte eussent pu être apportées ^'exploitation, aux transports, aux fourneaux, et enfin une plus longue durée de 1 exploitation eût permis d’user les mauvaises chances et sans doute de rencontrer les bonnes; de retrouver enfin un jour et avec bénéfice les capitaux déboursés.

En effet, il ne suffit pas de copier la législation anglaise pour créer une industrie prospère, mais il faut le faire avec l’abondance de ressources qui se trouve au milieu des nombreux capitalistes de l’Angleterre, habitués è faire réussir les grandes affaires par l’emploi de grands capitaux engagés avec une intelligente persévérance.

üA

Mais ce n'est pas là la véritable vole de la France. Le modèle qu'elle a à suivre, c'est l'exploitation du Hartz, qui plus sûrement que le système anglais, surtout pour une société démocratique, doit fournir d'excellents résul tats. Dans le Hartz tout mineur n’est pas comme dans le système anglais, un simple manœuvre. Un très-grand nombre de ces mineurs sont de petits industriels. Tout individu peut attaquer un filon, poursuivre avec persévérance des chances de fortune, en respectant bien entendu les droits du voisin. 11 résulte de là que tout mineur intelligent, appliquant bientôt dans son intérêt personnel son travail et celui de ses compagnons, dépense une énergie extrême, soutenu qu'il est par l'espoir du suecès.

Lorsqu'il a obtenu une certaine quantité déminerai, il le transporte à üausthal où est située la fonderie royale. Là d'après un échantillon qu'évalue un essayeur, le prix est fixé et il en touche immédiatement la valeur, sans qu’il ait à s'inquiéter des opérations postérieures. Sur cette valeur une retenue sert I* à faire les travaux d'intérêt général, de dessèchement, d’écoulement des eaux, et 2 n à faire une pension aux vieux mineurs, aux veuves, à venir au secours des exploitants dont les filons sont trop pauvres.

Ce système qui n'est autre que l'exploitation démocratique des mines, comme le système anglais en est la forme aristocratique, a donné les plus admirables résultats.

Quelques heureux exemples de fortune soutiennent le courage d'une population énergique que rien ne rebute; l'espoir lait supporter les privations du présent; les travaux d'ensemble exécutés parle gouvernement sont faits avec un grandiose et la prévision d'un avenir qu'une compagnie ne saurait calculer; telles so ni des galeries d'écou-

DÜMOCRAT 1Ë INDUSTRIELLE.

lemenl pour assécher toutes les mines d’une contrée dont les travaux durent cinquante et même cent ans. Enfin la concentration des travaux métallurgiques clans les mêmes maîns procure des économies très-importantes.

C'est véritablement, dans ce système que nos minerais eu filons devraient être exploités. C'est là ce qui convient à notre esprit, à nos mœurs. C’est par là que nous arriverons comme ao Hartz à créer une belle et vigoureuse population de mineurs, ayant l'énergie et l’indépendance que donne à nos paysans la division de la propriété.

Comme au Hartz malgré le bas prix de la production de quelques pays plus favorisés, nous pourrons produire avec avantage ce qui paraît presque impossible aujourd'hui avec l'application imparfaite du système anglais, bien moins désirable sous tous les rapports.

Un exemple fera comprendre comment il est possible que les individus isolés obtiennent des résultats que des compagnies même puissantes seraient inhabiles à obtenir. Nous le prendrons dans l’exploitation de l'antimoine.

Ce métal se prépare en Auvergne. 11 se trouve en filons disséminés et peu riches.

Fresque toutes les exploitations montées pour travailler sur une grande échelle et suivre des filons en faisant des travaux un peu importants se sont successivement ruinées, à cause surtout du peu de continuité des filons. Cepenfiant la production se continue toujours et cela par les travaux des paysans qui quand la neige couvre leurs champs continuent d'anciens travaux, exploitent des affleurements qu'ils ont remarqués et viennent vendre ce qu'ils ont pu ramasser de minerai, se contentant de ce qu'a produit nu

DÉM0C1UÎIE INDUSTRIELLE.

travail qui sans cet emploi eût été perdu faute de pouvoir l’utiliser à la culture des champs.

Industrie du coton.

I/industrie du coton dès longtemps prospère en France et répandue en un nombre assez grand d’établissements qui pouvaient rivaliser avec ceux de l'Angleterre à cette époque, s’est trouvée singulièrement inférieure le jour où le génie d’Àrkwright créa la filature automatique, le rheftTœuvre de Vindustrie moderne. Des immenses établissements créés alors à l’imitation de F Angleterre sortirent des masses considérables de produits, créés pour la plus grande partie par Faction seule des machines, h un prix de revient tellement réduit que la production ne pouvait plus en être faite par des moyens moins parfaits.

Après de longs travaux l’industrie cotonnière est enfin arrivée en France à un développement très-important. Secondée par la prospérité et F éclat de F industrie de l'impression des toiles peintes, elle n est pas éloignée aujourd’hui de pouvoir soulenïr la lutte avec sa rivale malgré le bon marché en Angleterre de la force motrice, grâce a l’abondance de la houille, de la fonte et du fer qui servent à construire les métiers,

M. Kœekiin a formellement déclaré que la suppression des droits de douane ne ferait pas périr la filature française, et nous croyons avec lui cette industrie capable de supporter cet assaut, La diminution des causes d’infériorité qui résultent du haut prix du fer et de la bouille et en général des droits de douanes rendrait égales les armes des

DÉMOCRATIE TNDï'STB 1 ELLE.

deux pays rivaux qui travaillent aujourd'hui avec les mûmes métiers, et où les progrès émigrent rapidement d'un pays dans l'autre.

Indasirle de la laine.

Nous n'avons à parler ici que des tissus de laine contre lesquels les douanes protègent nos fabricants. Comme nous ravons diti notre industrie des laines cardées est seule dans ce cas, et l'industrie des laines longues est au contraire une des gloires de notre industrie. Si bien que l'industrie de la laine offre ce curieux spectacle d'être à la ibis supérieure et inférieure, suivant la nature des produits, de donner lieu à des exportations ou d'avoir besoin d'être protégée par des prohibitions. Malgré les progrès de nos fabriques de drap depuis l'importation des machines anglaises, la concurrence belge et anglaise combat les exportations et serait fort ù craindre pour la draperie ordinaire; ce n'est que dans la draperie de luxe et dans les articles de nouveautés que nous pouvons invoquer une supériorité réelle.

Les droits de douanes qui pèsent sur la matière première, les laines; le haut prix de !a houille et par suite do la force motrice sont surtout cause de cette quasi-infériorité et nous croyons que pour atteindre et dépasser peut-être l'industrie étrangère, il ne faudrait qu'aider bien faiblement nos fabriques de draps d'Elbeuf, celles du Midi constituées pour la plupart sous k forme que tend à prendre naturellement l 1 industrie française.

DÉMOCRATIE ÏKDUSTR1FXLE,

industrie de fin et de chanvre.

Cette industrie longtemps prospère en France, surtout dans la Flandre et la Bretagne, tant que la filature s'est faite exclusivement à la main, tend à se déplacer, depuisque les Anglais ont encore concentré cette filature dans d'immenses manufactures. Aujourd'hui que par des droits de douane considérables on a assuré de forts bénéfices aux personnes qui veulent fonder en France de semblables établissements, nuidoute que nous n'arrivions ü diminuer l'importation, à fabriquer aussi bien que les Anglais et à aussi bas prix dans certaines positions d'établissements, quand la valeur de ceux-ci aura été amortie et que nous serons arrivés à faire posséder ces établissements par de riches capitalistes en tout semblables aux capitalistes anglais ; condition nécessaire du succès de ces faefories.

Les sacrifices que s'impose le pays pour cette industrie contribuent donc à faire passer aux mains du capitaliste les bénéfices d'un travail qui était autrefois l'apanage de nos ouvriers de la campagne. Était-ce dans cette direction que l'Étal avait des sacrifices à faire pour parer à tous les malheurs attachés h ce progrès ? Nous ne le pensons pas, et dirons plus loin comment i! nous semble qu'on eût pû pousser cette industrie dans une meilleure direction.

Instrumenta aratoires, Taillanderie, Horlogerie, etc*

Parmi les autres articles d'importation d'objets manufacturés, ceux énoncés ci-dessus tiennent la plus grande

an

place et entrent pour un chiffre important dans nos importations, malgré des droits dédouanés élevés. La taillanderie, les limes, etc., viennent surtout de Styrie, où leur fabrication due à des populations très-industrieuses est puissamment secondée par la qualité de minerais qui donnent à très-bas prix d’excellent acier naturel très-propre h ces usages.

L'horlogerie commune est surtout produite par la Suisse, sous l'influence d’une organisation industrielle démocratique. Chaque ouvrier est pour ainsi dire fabricant dans les montagnes de la Suisse, et ce n’est que par une organisation de même nature que nous pouvons rivaliser dans le Jura français.

Autres articles.

Bien des articles entreraient en France si Ton supprimait les droits de douane. Tels sont, parmi les plus importants» les cristaux de Bohême, les poteries, et surtout les machines anglaises, grâce au bas prix de la fonte de fer en ce pays, à l'expérience et à l'habileté de quelques constructeurs, Cette industrie a pris en France un développement fort considérable, d'autant plus heureusement quelle est évidemment la base fondamentale des progrès de toutes les fabrications.

Les cristaux nous fournissent le curieux exemple d'une industrie qui est organisée par grands établissements en France et en Angleterre, et qui pourtant est obligée de s’a vouer inférieure à la même industrie organisée en petits ateliers dans un pays voisin. C'est dans cette Autriche si

arriérée, en Bohême, qu'existe cel exemple qui nous paraît bien curieux au point de vue auquel nous nous plaçons.

Nous extrayons ce qui suit des Lettres industrielles de M, Sallandrouze-Lamomaix, sur l'exposition devienne,

« Les verreries de Bohême prennent chaque Jour plus d'importance, et augmentent chaque année leur exploration. Elles trouvent dans la constitution politique du pays une source de prospérité. La plupart des propriétaires féodaux de Bohême possèdent d’immenses territoires couverts de forêts de sapins ; et pour tirer parti de ces forêts, ils n'ont d’autres ressources que d'y établir des verreries qu'ils donnent à ferme, en fixant le prix du combustible pour toute la durée du bail. Lorsque la verrerie a consommé tout le bois qui se trouve autour d'elle, on la transporte ailleurs, dans une partie de la forêt non encore exploitée.

« Ces petites fabriques isolées ne font guère qu'ébaucher le travail, on transporte leurs produits dans des raffineries de verre, où ils reçoivent la dernière main, et où on leur donne ces formes variées qui distinguent le verre de Bohême. Plus de 20,000 ouvriers dans le cercle cl'IIayda, sont occupés à tailler, graver, dorer ces di vers objets, qui s'exportent avec tant d'avantage, et qui donnent un si riche aspect aux magasins de Prague, de Carlsbad, de Marienbad et de Vienne.

« Les perles de verre, les perles artificielles, la lustrer! e forment une des plus curieuses branches de la fabrication du verre en Bohême. Cette industrie occupe 7,000 ouvriers, répandus dans les montagnes et dans les vallées qui avoisinent WisentaL Le travail s'y fait en famille; les enfants y concourent dès Fftge de cinq l\ six ans. Les verreries de Gablonz et de Liebenon leur fournissent la matière pre -

&S DKMOüUATJE INDUSTRIELLE.

mièra au php bus prix ; et de plus c'est h peine si là main (Toutivre (ce travail alterne en général avec les travaux agricoles) s'élève à une moyenne de 40 cent, par jour pour les hommes, et de 10 cent, pour les enfants.

k Dans ees conditions excessives de bon marché, la fabrication des perles et de la lustrerie ne craint aucune concurrence étrangère; aussi pénètre-l-eile sur tous les marchés sans rivalité possible. Elle envoie ses produits en France, en Angleterre, en Hollande, elle a ses débouchés en Orient, en Égypte, dans l'intérieur de l'Asie et même en Chine. »

Industries loeaïes.

Nous désignons sous le nom d'industries locales celles qui s'exercent nécessairement sur les lieux de consommation ou créent des produits qui, à cause de leur faible valeur, ne peuvent supporter de longs transports. Tel est le cas de ta briqueterie, des tuileries, de Texploitation dti plâtre, delà chaux, etc;, industries sur lesquelles nous n'avons pas à insister, tel est surtout le cas des arls et métiers dont nous allons parler.

Les arts et métiers se rapportent à une production trèsconsidérable, et emploient un nombre très^grand d'ouvriers. Dans tous les pays ce sont presque toujours d'anciens compagnons qui deviennent maîtres, en France l'exception est extrêmement rare. ML Scbnitzler indique fort bien l'organisation des arts et métiers dans le passage ci-joint que nous reproduisons pour idêtre pas accusés de trop vouloir tout ramener ii notre point de vue ; chacun au reste a été h même d'en vérifier fréquemment F exactitude.

a (l 7 est par spéculation plutôt que sur commandes que le travail est entrepris (dans les manufactures), la production

se fait en grand Rien de semblable ne se rencontre

dans le simple atelier de X artisan professioniste: c'est lui— même qui fait te travail avec un petit nombre de compagnons, et à faide de leurs bras réunis; ainsi que lui, ses ouvriers en connaissent toutes les parties, et ont besoin d'employer leur intelligence pour remplir leurs fonctions souvent ibrt compliquées* C'est d'ailleurs presque exclusivement sur commande, et non pas par spéculation, que le maître entreprend l'ouvrage, et celui-ci généralement est d'un usage immédiat; ici, ce qu'on produit, ce ne sont plus des matériaux pour une nouvelle production, ce sont des objets usuels servant à la nourriture, à l'habillement, à l'habitation, à la locomotion, etc., en un mot aux besoins de tous les instants. Avec de faibles moyens, l'artisan su dit aux exigences de sa position : les grands capitaux lui sont inutiles. Il n’en est pas de môme des facultés intellectuelles ; plus il en possède, plus il a pu les développer, et plus aussi son travail sera fructueux, plus il offrira d'avantages. » Dans les arts et métiers chacun sait que Vapprenti devient compagnon après un certain temps, et c'est des compagnons les plus intelligents que sortent les maîtres, qui partant d'un capital minime parviennent souvent à la fortune. Celle population de travailleurs est donc organisée h peu près aussi bien qu'on pourrait le souhaiter sous le rapport U> plus important ; aussi quand l'ouvrage est abondant estelle en général peu disposée à élever des plaintes, mais lorsque l'ouvrage vient à baisser comme dans certaines saisons pour les constructions, la nature de ses travaux ne rendant pas possible une production anticipée, celle

stagnation est bien douloureuse pour rouvrier qui ne peut tirer aucun parti de ses bras s'il n'a pu économiser quelques ressources pendant les temps plus prospères.

L'influence heureuse de F instructi on professionnelle est avec raison rappelée dans le passage rapporté ci-dessus, elle forme le plus grand capital nécessaire pour s'établir. Avec des cours eu nombre suffisant et facilement suivis par tous quand l'instruction primaire aura reçu les développements qui se préparent, le compagnon charpentier intelligent, par exemple, sera bientôt capable s'il le veut, de mener le travail d un chantier et plus tard de passer maître avec l'assurance d'être désigné h des constructeurs par l'architecte ou l'ingénieur qui l'aura vu à l'œuvre.

Rétamé.

De l'examen qui précède il résulte bien clairement : que l'industrie s'exerce en France sous deux formes, deux organisations différentes que l'on peut appeler artificielles et naturelles.

Les industries artificielles sont pour nous celles que nous voyons exploitées en France par grands ateliers, les forges à l'anglaise, les filatures de lin, de coton, etc M créées artificiellement à l'abri de la protection des douanes, qui les ont fait importer sous la forme anglaise, avec la constitution économique qu'elles ont revêtue dans une société différente k tous égards de la nôtre. Nous ne prétendons nullement nier îa haute valeur de ces industries, tout ce que nous voulons dire, c'est qu'elles n'ont pas été organisées telles que nous les voyons par la libre expansion de l'esprit français, qui

DÉMOCRATIE HiûUSTiltELLE*

les eût créées sans aucun cloute sous une autre forme, et nous en avons la conviction, les eût amenées plus rapidemen t à faire des progrès sulïisànls pour n'avoir plus besoin de la protection des douanes*

Ce fait s'explique au reste facilement* Lorsque des droits élevés d’importation viennent rendre possible nue pareille industrie, c'est le grand capitaliste seul qui peut se lancer dans une voie où tout est à créer en conformité du modèle étranger ; et le début se trouve être un immense établissement contre lequel la concurrence des petits capitaux isolés, de la seule habileté professionnelle, est impossible.

Les industries naturelles, qui correspondent aux industries supérieures et locales, comme les artificielles aux inférieures, ont la forme économique qui résulte du libre développement du génie, des mœurs, de la nation française. Il s'y est établi un morcellement de la propriété industrielle* qui permet à l'individu intelligent de s'élever à faide de scs facultés intellectuelles, de petits capitaux formés par l’épargne, La division du travail poussée a l'infini fait naître un entrepreneur pour chaque fraction de travail.

Ces industries sont, comme nous l’avons vu, les plus importantes, ce sont donc elles quidonnent le véritable type de notre organisation. Celle conclusion sera celle de toutes les personnes qui connaissent Y industrie française, elle n’a pu échapper a la Société d'encouragement, qui dit dans son rapport sur la situation de l'industrie française ; « Pour se tonner une idée juste de la situation des ouvriers adonnés à nos diverses industries, et comprenant, l'agriculture exceptée, dix-sept millions d’hommes, de femmes et d'enfants, il faut, en premier lieu, compter tous ceux qui travaillent dans l'aller de famille et qui composent beaucoup

m DEMOCRATIE INDUSTRIELLE,

plus de la moitié des ouvriers. Dans l'autre partie, c'est encore beaucoup plus de la moitié qui ne compte pas au delà d'un compagnon par atelier,

« En un mot, de même que la France est le pays de la propriété divisée, celui do la petite propriété, la France est le pays de l f industrie divisée, des petits ateliers. »

Il n’est donc pas vrai d’une manière générale, comme on Ta souvent dit, que les progrès de l'industrie rendent impossible le passage do l'ouvrier à l'état de maître ; ils se trompent, les novateurs qui lui conseillent de renoncer h tout espoir de fortune et d’indépendance, d'absorber sa personnalité dans des associations d'une nouvelle espèce, On devrait se borner à dire que cette transition devient très-difficile dans les industries artificielles que nous empruntons à l'Angleterre sous la préoccupation d’une imitation servile, sans nous rendre compte si les sacrifices que nous exigeons du pays sous forme de droits de douane ne seraient pas mieux employés à créer ces industries essen tlelies sous une forme démocratique, en rapport avec les idées qui font rhonneur et la force do pays.

Relativement à la masse des travailleurs qui ne peuvent créer une filature de lia par exempte, comme un compagnon menuisier s établit maître menuisier, les propriétaires de ces grands établissements, citoyens fort méritants au reste et fort utiles au pays dont ils ont contribué singulièrement à accroître la richesse, jouissent d'un monopole. Dieu nous garde de prendre ce mot dans un mauvais sens ! nous voulons dire seulement qu’ils se trouvent dans des conditions spéciales auxquelles le plus grand nombre de citoyens ne peut espérer satisfaire, quelques efforts qu iis fassent, quelque capacité qu’ils possèdent.

1 ; étude des monopoles qui peuvent constituer pour quelques-uns des positions particulières, supérieures k celles du plus grand nombre» doit être faite k un point de vue tout politique pour déterminer ceux qui peuvent exister dans une société déterminée*

Ainsi considérons un monopole résultant d’un privilège conféré par le pouvoir, ce monopole est bien évidemment par sa nature même une délégation du pouvoir social* Celui-ci doit-il exercer le monopole ou le déléguer? La réponse dépend de la forme de la société dont H s’agit. Dans une société aristocratique, où le pouvoir est entre les mains d'une classe puissante qui forme le gouvernement même, on comprend bien, au point de vue de son intérêt politique, qu'elle se partage les monopoles qui perpétuent entre ses mains Richesses et Pouvoir, Mais dans une société démocratique un monopole créé par la législature, ne peut être délégué sans créer immédiatement, aux dépens de la masse entière de la nation, de grandes existences dont les tendances aristocratiques seront de réagir contre ^organisation de la Société*

Nous voici conduits à approfondir celte question du monopole, pour déterminer dans quel cas il est licite ou illicite; dans quelles limites il doit s'exercer dans une société démocratique* Concurrence et Monopole, L iber té et Aidorih\ c'est toujours la même question. Comment doit agir la Société, quels privilèges peut-elle accorder, quelles restrictions peut-elle apporter à la liberté', pour atteindre h F aide de la puissance fie la vaste association que forme l'État, au but de tout gouvernement: Réaliserpow' tous la plus grande somme possible de bonheur, en assurant üilc efforts de tous la meilleure rémttnêmtihn.

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