‹ De la Démorphinisation BrusqueChapitre 16 sur 30 · SEE · texte numérisé non relu

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heur et de la satisfaction ; quand il venait de faire une piqûre il était un toutautre homme qu'auparavant; il vivait dans un monde idéal où il ne trouvait ni les déboires, ni les rivalités, ni les veuleries de celui-ci.

De bonne heure se produisent les phénomènes d’intoxication. Le sens génésique est vite perdu ; des troubles digestifs apparaissent et sont accompagnés de sécheresse de la bouche, de nausées et d'inappétence ; la mémoire fait défaut, la voix souvent devient rauque, l’insomnie rebelle ; le caractère s'aigrit, le malade est impressionnable, de mauvaise humeur ; il a de la tendance à rester blotti, comme engourdi ; il ne pense plus qu’à lui, et se désintéresse de tout ce qui ne se rapporte pas à lui. ,

De bonne heure se manifestent une inertie morale absolue, une absence de volonté et un égoïsme complet.

Le morphinomane à un «besoin vital » de morphine: celle-ci est pour lui un aliment indispensable à son existence. Les éléments de son système nerveux, imprégnés de toxique et accoutumés à son concours, ne peuvent plus entrer en plein exercice que sous son influence et souffrent de sa diminulion, comme souffre un malade privé de sang oxygéné et de matériaux primitifs ; la constipation est opiniâtre ; les nuits sont de plus en plus mauvaises. S'il arrive à fermer l'œil, il est réveillé en sursaut par des cauchemars effrayants, accompagnés fréquemment d'hallucinations terrifiantes.

Privé de morphine, le morphinomane éprouve toutes les sensations de l’homme affamé ou mourant de soif.

Sous l'influence de sa piqûre,on le voyait vaquer à ses occupalions habituelles ; il pouvait soutenir avec entrain une con-

versalion ; brusquement il devient inquiet, son attention

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s'échappe, il renonce à sa tâche et donne les signes d'une irritation ou d’une anxiété sans cesse croissantes.Triste, morose, il repose dans un coin, dans un état de demi-somnolence, fixant de temps à autre les personnes qui l'entourent d’un œil atone qui trahit l’abrutissement,

Les malheureux, empoisonnés par cet alcaloïde de l’opium, cherchent dans l’étourdissement par la morphine un remède à tous les découragements, à leurs contrariétés de famille, comme à leurs déboires dans les entreprises commerciales, industrielles ou autres.

De même que celui qui se trouve sous l'empire de l’alcoolisme, raffermit par la goutte d’eau-de-vie du matin ses membres agités de tremblements involontaires, et essaie de chasser loin de lui les affreux cauchemars et les terribles hallucinations qui l’ont accablé durant toute la nuit, de même le morphinomane cherche à calmer les mouvements désordonnés de ses membres par une nouvelle dose de son médicament favori ; c’est par une nouvelle dose de poison que ce malheureux cherche à combattre le triste état qu'il doit en partie à lui-même, lorsque la dépression morale unie au malaise corporel qui persiste après l'élimination de la morphine, lui permet de se rendre de nouveau compte de sa situation désespérée et de sa décrépitude aussi bien morale que physique ; dans ce cas, la dépression morale est analogue à celle qui suit l'ivresse alcoolique ; malheureusement les moments pendant lesquels l'existence de ces malades est supportable sans l'influence de la morphine deviennent de plus en plus courts, et le besoin de recourir à cet agent devient

de plus en plus impérieux ; le cercle vicieux dans lequel ces

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individus se meuvent s'est bientôt rétréci au point qu'il leur sera impossible de résister plus longtemps au mal qui les mine.

Comme nous l’avons dit plus haut, le morphinomane se rend compte lui-même de sa déchéance ; il a honte de lui, etilvient demander au médecin de le guérir ; mais ce désir de guérison est-il bien sincère ; n’est-il pas occasionné par un accès de tristesse et de remords, ou par les difficultés crois- Santes qu'il a à renouveler sa provision de morphine ; ce n’est souvent qu'une ébauche de vouloir et vouloir rechercher la sincérité chez un tel individu paraît une témérité ; un tel élan, un tel désir de revenir dans la bonne voie n’est malheureusement souvent qu'un sentiment passager qui cédera devant le moindre obstacle ou la plus légère douleur.

Fréquemment, le morphinomane essaie d’abord de se guérir lui-même ; pendant quelques jours il essaie de rationner sa dose quotidienne, de supprimer plusieurs injections ; mais bientôt il perd courage, et devant le retour offensif de ses souffrances, il n'hésite pas à revenir à une dose encore plus forte que celle qu'il voulait diminuer auparavant.

Qu'arrive-t-il ensuite ? Ce morphinomane, dans une nouvelle crise, après avoir en vain essayé de se guérir lui-même, s’adresse à un médecin pour suppléer à sa volonté impuissante.

Celui-ci souvent tente de renouveler à domicile la même diminution progressive des doses quotidiennes de morphine ; presque toujours cette nouvelle tentative échoue piteusement devant les tromperies d’un malade insuffisamment surveillé

par les siens.

‘ — 39 — Las de ces tentatives infructueuses, il commence à se rendre compte que sa cure présente des difficultés qu'il ne soupçonnait pas ; il s'adresse alors à une maison de santé ou entre

dans un hôpital ; et c’est là seulement qu'il peut être soumis à un traitement vraiment sérieux.

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