MÉDICATION. — LA MÉTHODE SUBSTITUTIVE
Le principe de cette méthode consiste essentiellement à supprimer d’une façon progressive la morphine, et à la remplacer par une autre substance ou par l'agent que l’on juge le meilleur ; une fois que le sujet a éliminé toute la morphine prise antérieurement, et que l’on est arrivé à un sevrage complet, il reste une seconde cure à faire, il faut supprimer la substance qui a été substituée au toxique primitif; l’on est donc en présence de deux traitements successifs, de deux sevrages ; nous dirons de suite qu'une telle méthode ne présente aucun avantage et qu'elle expose à de nombreux et graves accidents.
Le problème consiste à supprimer le stimulant auquel l'organisme s’est habitué et qui lui est devenu nécessaire pour son maintien et son fonctionnement, en le remplaçant au moment du besoin par un autre médicament ‘possédant lui aussi la propriété de réveiller l'activité nécessaire à la circulation et de rendre aux divers tissus vivants leur aliment indispensable.
Cette méthode à le grand inconvénient d’habituer l'organisme à une nouvelle substance qui petit à petit crée une seconde intoxication ; le proverbe italien : un diavolo caccea l'altro —- un diable en chasse un autre, n’est pas applicable ici,
car l'expérience nous apprend qu’on voit souvent deux
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diables cohabiter chez un même individu et se prêter un mutuel appui ; il ne faut donc pas croire que l’on guérira un morphinomane par ce mode de traitement ; on substituera une intoxication à une autre, ou bien l’on en ajoutera une nouvelle, rien de plus ; nous rejetterons d'emblée une telle médication.
En première ligne, des agents proposés pour remplacer la morphine ét habituer peu à peu l'organisme à la privation nous citerons les injections d’eau pure ; certains médecins ont conseillé de faire ces injections à l'insu du malade ; c'est là une méthode absurde ; celui-ci doit avoir une parfaite connaissance de son traitement ; en substituant frauduleusement un liquide privé de toute propriété active à une solution renfermant des principes médicamenteux, on s'expose à irriter le malade ; on perd aussitôt sa confiance et on le prive de tout le fruit d’un long traitement ; c’est une aberration de croire que le morphinomane ne s'en apercevra pas ; quand il est en état de besoin, il ne se laissera pas prendre à un subterfuge aussi enfantin et il saura bien le dire et se soustraire à toute velléité de continuation de traitement ; le médecin a devant lui un individu tout à fait spécial, essentiellement susceptible et très méfiant ; la morphine est pour lui un aliment aussi nécessaire que le pain ; il compte sur cet aliment et son organisme le réclame d’une façon impérieuse ; on ne satisfait pas la faim d’un affamé en lui contant des histoires ; quand on fait des injections d'eau à un morphinomane à son insu, on le précipite dans la récidive et fatalement il enlève à son médecin toute la confiance qu’il lui avait donnée pour retourner à sa déplorable passion.
Il n’en est pas de même quand on pratique ces injections
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avec le consentement du malade ; il est certain que par le fait même de la piqûre le malade ressent un certain bienêtre, cerlainement très vague et ressemblant de très loin à la sensation spéciale d’euphorie que ne manque. jamais de produire la morphine ; nous croyons fermement qu'il s’agit dans tous ces cas d’une action purement psychique et sous la dépendance de l'imagination ; la sensation de jouissance passagère est produite seulement par la piqüreelle-même, par l'aiguille entrant en contact avec les tissus sous-dermiques. :
Se basant sur le goût amer de la morphine, l’on a encore essayé d'ajouter à l’eau des substances pouvant donner une
“sensation d’amertume à peu près égale à celle que procure la morphine, comme par exemple le sulfate de quinine ; mais ici il manquera la sensation de bien-être, d’euphorie, et cette déception qu’aura le morphinomane lui prouvera amplement la supercherie dontil vient l'être l'objet et ne fera que redoublér son irritation et sa défiance.
On a encore préconisé comme succédanés de la morphine un grand nombre de substances comme l'alcool, le café, la paraldéhyde, l'apomorphine, le chloral, la vanilline, la pilocarpine ; mais ces divers médicaments sont pour la plupart non seulement insuffisants mais encore nuisibles ; ils produisent des troubles qui leur sont particuliers et viennent se surajouter aux inconvénients de la morphine, sans les atténuer en aucune mesure.
Mais de toutes les substances proposées, celle que nous considérons comme la plus dangereuse et que nous voulons bien mettre en évidence, c’est la cocaïne ; elle a été longtemps en
honneur parmi les partisans de la médication substitutive :-
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ce fut même un véritable engouement lorsque pour la première fois Bentley eut la fâcheuse idée de Femployer ; Oberseiner indiqua une technique spéciale pour le mode d’administration de cette substance ;mais remplacerune intoxication par une autre encore plus redoutable, rendre cocaïnomane un morphinomane, c'est la pire des médications, c’est un véritable crime thérapeutique ; la cocaïnomanie produit un empoisonnement beaucoup plus grave que la morphinomanie ; ses effets sont plus pernicieux que ceux de la morphine ; en effet elle détermine dans la sphère psychique des troubles fonctionnels très accentués et d’une grande gravité ; ce sont le délire, des hallucinations terribles, une perte de mémoire qui peut devenir vite complète, et même une certaine inconscience de la personnalité ; ce n'est pas tout ; du côté de la sensibilité de la périphérie du corps, l’on note d’autres troubles comme des zones d’analgésie, des troubles inhibitoires des organes de la vue et de l’ouïe ; on peut aussi voir se produire dans le domaine de la motricité une hyperexcitabilité musculaire intense, des convulsions et jusqu’à des attaques épileptiformes.
Enfin on a proposé l'emploi des préparations d’opium ou des alcaloïdes de l’opium comme la codéine. Guimbail recommande le phosphate de codéine qui lui a donné de bons résultats, car il calme l’éréthisme nerveux de l’abstinence, sans laisser à sa suite la sensation de lourdeur bien spéciale provoquée par la morphine.
La belladone, en raison de son antagonisme préjugé avec - l’opium, a été aussi préconisée ; à la suite del’administration de belladone ou de son alcaloïde l’atropine, l’on a noté une
action souvent très nette sur la pupille ; la mydriase remplaça
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la myosis de la morphine,mais les souffrarices de l’abstinence furent loin d’être calmées.
Nous conclurons, en rejetant de la façon la plus énergique, comme éminemment dangereuse, toute tentative de trai-
tement de la morphinomanie par la médication substitutive.