A PR
qu'elle affirme qu'au bout de quelques jours elle se sentit plus forte et moins déprimée. Cela dura environ trois mois ; elle prenait alors trois à quatre centigrammes par jour, en trois injections, une le matin, une autre à midi avant de manger, et la troisième au moment même de se coucher.
La malade revient à Paris, et par raison, cesse ses piqüres. On lui avait fait entrevoir les dangers qui pourraient arriver si elle continuait plus longtemps sa fâcheuse habitude. Cette suppression ne s’accompagna d'aucun accident et pendant six mois elle ne se fit aucune injection de morphine.
Soudain le 21 juin 1904, la malade ressent au niveau de l'abdomen une douleur intolérable, et revenant par crises ; M. Auclair est appelé ; après l'avis de M. Brindeau, accoucheur des hôpitaux, qui affirme ne trouver aucune cause d’ordre génital vu l'intégrité absolue des organes du petit bassin, la possibilité d’une péritonite bacillaire est envisagée : devant l’acuité des douleurs, de l’insomnie complète et des menaces de vomissement, l’on fait quelques piqüres de morphine ; six injections sont pratiquées dans l’espace de trois semaines. A partir de ce moment, la malade pour se préserver de tout accident possible, se décide à se faire elle-même de temps en temps des injections de morphine ; ilen fut ainsi pendant trois ans, et au bout d’une année,le besoin était tel que la malade ne pouvait passer une seule journée sans se faire une nouvelle piqüre ; à la fin de la troisième année, elle en était arrivée à s’injecter quotidiennement cinquante centigrammes de morphine.
Prise de remords, ou se rendant déjà compte de sa déchéance et des ravages que produisait en elle son tyran, elle manifeste la ferme intention de se démorphiniser ; dans ce but elle entre à Sainte-Anne dans le service de M, Magnan; la suppression lente est essayée ; on lui donne douze centigrammes de morphine le premier jour, et l'on diminue de un centigramme chaque jour suivant; parallèlement la malade prend un centigramme d'extrait thébaïque et augmente chaque
me 'Tanies
jour d’un centigramme ; si bien qu’au bout du douzième jour la malade ne prenait plus de morphine, mais en revanche elle absorbait douze centigrammes d'extrait thébaïque ; pendant le traitement, une grande agitation se manifeste, mais sans menace de collapsus.
Après un séjour de quinze jours à Sainte-Anne, la malade part en convalescence à Vaucluse où elle reste deux semaines. A sa sortie, et le soir même, elle se fait une piqûre; il en fut ainsi pendant trois ans, et la dose quotidienne de un gramme fut atteinte; pendant les deux dernières années, la malade ajoutait chaque jour vingt-cinq centigrammes de cocaine ; aussi de nombreux accidents ne tardèrent pas à se produire, et aucun des symptômes de la morphinomanie aiguë ne manqua de se manifester.
Pendant ce temps elle s'était mariée à un médecin ; celui-ci entreprit bientôt de vouloir la guérir, et c'est dans ce but que la malade entra le 23 octobre 1909 à l'hôpital Tenon, salle Converschel, dans le service de M. Florand ; cette décision fut prise à la suite de troubles violents de la vue et de l’ouïe que la malade avait eus le mois précédent; elle avait maigri de trente livres et avait été sujette à des hallucinations effrayantes ; mais ce qui l'avait surtout frappée, c'était une crise d’urémie avec coma pendant vingt-quatre heures.
M. Florand décide, après un long examen de tous les organes, de supprimer brusquement la morphine dès le lendemain ; on ne fit qu'une seule piqûre pendant tout le séjour de la malade à l'hôpital.
La morphinomane fut mise dans une petite chambre en compagnie de deux autres malades; toutes les précautions que nous avons exposées au chapitre précédent furent prises et de nombreuses recommandations furent faites au personnel de jour et de nuit ; la première journée se passa très bien ; mais pendant la nuit, le sommeil fut complètement impossible.
La deuxième journée vit se produire divers accidents : la malade devint loquace et agitée ; il fallut la maintenir dans
son lit et lutter contre ses menaces de partir; puis elle fut en proie à des sueurs profuses; des vomissements bilieux se produisirent ainsi qu'un besoin continuel d’éternuer et un larmoiement intense ; un bain chaud à 38° fut donné le soir. Aucune nourriture ne fut donnée pendant le traitement.
La deuxième nuit fut comme la première ; le sommeil fut impossible; un bain chaud fut donné le lendemain matin,et il en fut ainsi pendant quatre jours. Mais à aucun moment aucune menace de collapsus ne fut à craindre ; aucun moyen violent ne fut nécessaire, et ce dont la malade se souvient le plus, c'est l'insomnie absolue qu’elle eut pendant les premières nuits; le pouls resta toujours bon et normal ainsi que la température : au bout d’une semaine tout danger était écarté et la malade quittait l'hôpital le 19 novembre 1909 ; elle retourne chez elle, près de son mari qui est médecin, et là elle prépare ses instruments, ses seringues, manipule ses ampoules de cocaineet de morphine sans ressentir la moindre envie de se faire une injection ; l'appétit est revenu entièrement, elle a engraissé et la vie est devenue pour elle pleine d’attraits nouveaux.
Cette observation nous suggère quelques réflexions.
D'abord la malade est devenue morphinomane pour une cause d'ordre thérapeutique : elle a d’abord été morphinisée puis elle a franchi rapidement la faible distance qui la sépa-rait de la morphinomanie.
. Ensuite, nous voyons qu’à Sainte-Anne la démorphinisation lente a été essayée : On diminuait la dose de morphine de un centigramme par jour,et parallèlement on faisait prendre chaque jour à la malade, et d’une façon progressive, un centigramme d'extrait thébaïque.
Cette tentative de démorphinisation lente ne fut suivie d'aucun succès ; le soir même de sa sortie de l'asile, la ma.
lade se faisait une nouvelle piqüre.
LETTRE eee c x
De plus, outre sa dose quotidienne de morphine, la malade ajouta o gr. 25 de cocaïne ; la démorphinisation brusque fut faite à l'hôpital Tenon, et ne s'accompagna d'aucun phénomène grave ni d'aucune menace de collapsus ; elle guérit radicalement et très vite de ses deux intoxications ; elle avoua qu'elle n'avait pas ressenti de souffrances plus cruelles que lors de la démorphinisation lente qui avait été tentée à l'asile Sainte-Anne.
Enfin, la malade, qui a épousé un médecin, vit par suite dans un milieu qui devrait être excessivement dangereux pour elle ; elle touche journellement aux seringues dont se sert son mari ; elle a à sa disposition des ampoules de morphine, et jamais elle ne fut tentée de se faire de nouvelles piqüres Elle est donc bien radicalement guérie.
Observation 2 (personnelle).
Mme T... Paule,23 ans. Aucune maladie antérieure.La mère, âgée aujourd'hui de 50 ans, est éthéromane depuis de nombreuses années ; elle continue à persévérer dans sa déplorable habitude et de temps en temps elle se fait des injections de morphine. Le père est âgé de 55 ans ; c’est un alcoolique invétéré, atteint en plus de rhumatisme goutteux. La malade a deux frères âgés respectivement de 16 ans et de 25 ans, et une sœur âgée de 15 ans ; seul l'aîné est sujet à des crises d’hystéro-épilepsie qui ont été contrôlées à plusieurs reprises par des médecins.
Dès sa plus tendre jeunesse Mme T... a vécu dans un milieu spécial, entre un père alcoolique, une mère éthéromane et un frère plus âgé hystéro-épileptique ; elle n’a pas tardé à s’en ressentir, et toute curieuse, dès l’âge de 15 ans, elle imite sa mére et se passionne pour l’éther qu'elle absorbe en inha-
et Es lations où en suçant des morceaux de sucre qu’elle a soin d'imprégner largement ; elle agit ainsi pendant quatre ans.
Mais dès l’âge de 17 ans, elle se marie ; aussitôt elle ne tarde pas à convaincre son mari avec une grande facilité et tous deux montrent une vraie passion pour l'éther ; au bout de quelque temps, son mari présente une crise aiguë de neurasthénie et pendant une huitaine de jours il éprouve de terribles hallucinations avec de violents cauchemars qui le dépriment fortement. Ils ont peur, et d’un commun accord ils renoncent l’un et l’autre à l’éther qu’ils accusent de tous ces accidents ; mais comme il leur faut déjà un stimulant, ils ont recours à l'alcooi et à partir de ce moment ils font un usage immodéré de vins généreux, de liqueurs et surtout de champagne ; une vie agitée et de luxe commence alors ; ils se cou- chent tous les soirs à une heure fort avancée de la nuit et font de nombreux excès ; aussi peu de temps après, le mari est déjà devenu un alcoolique invétéré ; il a des crampes, du tremblement des mains, des fourmillements, des cauchemars. terribles et une gastrite très accusée avec des pituites matutinales ; il ressent au niveau de l’estomac des brûlures violentes et une vive douleur, son appétit est complètement disparu, et sa peau prend une teinte subictérique.
Il va consulter un médecin qui pour le calmer ordonne une injection de un demi-centigramme de morphine ; elle fut suivie d'une sensation de calme et les douleurs disparurent en partie ; en même temps le mari devient un joueur effréné ; il fréquente les cercles et les villes d'eaux, joue à tous les jeux et devient un assidu des champs de courses ; mais comme il perd de fortes sommes, il continue à se faire des injections de morphine afin, dit-il, de se donner du courage et de mieux surmonter les ennuis que lui procurent ses pertes sans cesse croissantes ; ces injections font naître en lui une certaine sensation de plaisir qu'il trouve exquise ; c'est la période d’euphorie, une véritable lune de miel ; il se prend d'enthousiasme pour la morphine, et il tient à partager ses joies avec
ER
sa femme ; dans ce but il lui fait une première injection ; mais ce fut une cruelle déception ; cette piqûre ne fut suivie d’aucune sensation agréable ; bien plus elle détermina un malaise assez violent et fut suivie d’une céphalée intense avec menaces de nausées.
Afin de braver un tel échec,le mari recommença à cinq ou six reprises de nouvelles piqûres ; toutes ne déterminèrent aucune sensation de plaisir ; aussi ne voyant aucun résultat se produire, il cessa, et pendant trois mois la malade se refusa à toute nouvelle injection.
Pendant ce temps le mari continue ses piqüres et montre de plus en plus une grande susceptibilité à la morphine; il se fait les injections de préférence le soir en vue de la nuit et bientôt il dépasse la dose de dix centigrammes.
Au bout d'une année, le mari abandonne la morphine pour
une cause indéterminée ; il adopte: l'héroïne dont il avait entendu vanter les charmes, et bientôt il devient un héroïnomane ; sa femme, entendant vanter la puissance merveilleuse de ce nouveau poison, veut y goûter et elle se fait elle-même uneinjection de-un demi-centigrammed'héroiïne ;elleressentit immédiatement une sensation bien différente de celle que lui avait procurée jusqu'ici la morphine ; dès la première injection d’héroïne elle accusa un plaisir immense, plein de volupté, et elle lui attribua un pouvoir merveilleux ; seule,elle lui procurait l’activité nécessaire à-la vie, et s’il lui arrivait de retarder le moment de la piqüre, elle venait à la désirer ardemment ; elle était déjà en état de besoin ; de bonne heure elle dut augmenter le nombre des injections ainsi que le titre de la solution, et en quelques mois elle arriva à introduire chaque jour dans son organisme, dix centigrammes d’héroïne.
La malade, qui pourtant se lavait-à l’éther avant chaque injection, présenta au niveau de la face externe de la cuisse droite un énorme abcès qui s’ouvrit spontanément et dura trois mois ; 1l s'accompagna de violentes douleurs, d’une fièvre
intense et força la malade à garder le lit durant de nombreuses
| 7110 re
semaines ; mais cel accident ne la découragea pas, et ne l’arrêla pas ; en compagnie de son mari, elle continua à se faire de nouvelles injections d’héroïne ; elle ne tarda pas à présenter tous les symptômes de l'héroïnomanie aiguë, intoxication encore plüs violente que la morphinomanie; elle se rendait compte de son état lamentable, prenait la ferme résolution de cesser ses injections, mais dès qu’elle commençait à ressentir le besoin, elle retombait dans sa passion et se faisait une injection avec une solution plus concentrée que la précédente ; en plus elle avait la passion de la piqûre: elle éprouvait un réel plaisir à s'enfoncer dans la peau l'aiguille de la seringue ; elle ne s’intéressait à rien ; elle achetait des livres mais ne les lisait pas ; eile vivait une vie inutile, complètement détachée de tout ce qui l’entourait.
Le 20 décembre 1909, la malade, à la suite d’un accident d'automobile, est conduite à l'hôpital Beaujon et admise dans le service de M. Tuffier ; elle y reste trois jours ; le soir de son arrivée, afin de calmer l’agitation extrême qu’elle présentait et les douleurs violentes qu'elle accusait, on lui fait une piqûre ‘de morphine ; de plus pendant les trois jours qu'elle resta à l'hôpital, son mari (dit-elle ?), venait à plusieurs reprises lui faire des injections d’héroïne ; en réalité les douleurs et l'agitation qu’elle présentait étaient dues non pas à son accident mais au besoin d’héroïne qui devenait plus impérieux.
Ramenée à son domicile, elle continue à persévérer dans son habitude ; elle raconte que plusieurs fois, prise d’un violent désir de se séparer de son poison, elle jeta sa solution et sa seringue, mais dès qu’apparaissaient les premières douleurs
même légères de l’abstinence elle courait en acheter de nouvelles ; elle était devenue affreusement maigre, incapable de tout effort, et en était arrivée à avoit horreur d'elle-même ; elle veut alors supprimer l'héroïne et dans ce but elle vient à l'hôpital où elle entre dans le service de M. Florand le 28 mars 1910.
La malade est longuement interrogée ; elle avoue qu’elle
HU
s'injectait chaque jour environ un gramme d'héroïne ; elle ne présente aucune altération de ses divers organes: le jour de son arrivée, on lui fait cinquante centigrammes d’héroïne, et le lendemain on supprime radicalement toute injection ; pendant toute la durée du traitement elle ne présenta aucun symptôme grave; elle transpira abondamment, vomit à plusieurs reprises et fut en proie à une soif intense, à des bâillements et à des éternûments sans cesse répétés. L'agitation fut surtout accusée le deuxième jour, et coïncida avec une diarrhée profuse, mais l’on ne dut recourir à aucun moment à des moyens de coercition; elle fut transportée deux fois par jour dans un bain à 38° pendant une demi-heure ; mais ce qui l’effraya surtout ce fut une insomnie absolue pendant cinq nuits entières, s’accompagnant de rêves et de cauchemars ; le pouls fut toujours régulier et bien frappé ; il présenta un minimum de battements le 3 jour (60 pulsations à la minute) : aucune élévation ou diminution de température ne furent notées, mais la malade présenta un mouvement continu de flexion du tronc sur le bassin qui se continua pendant toute la durée du traitement ; au bout de dix jours tout avait disparu, et le désir de manger était. revenu. La malade sortait de l'hôpital le 21 avril, complètement guérie; elle partit en voyage el resta loin de Paris pendant toute sa convalescence.
Nous l'avons revue à son retour; elle est complètement transformée ; elle nous affirma qu'aussitôt sortie de l'hôpital, elle a eu une période de boulimie très accentuée. C’est là en effet un symptôme de bon augure et qui fournit un pronostic favorable pour la guérison complète ; nous ne saurions insister sur ce point que le D' Florand a tÉmarqné chez la plupart de ses démorphinisés.
La malade à engraissé de vingt livres ; elle est très contente et elle tient à décider son mari à entrer à Tenon pour se faire démorphiniser par le traitement qui lui a:si bien réussi.
FENE 1 OIRE
Observation 3 (personnelle).
M. T..., 31 ans (mari de la femme qui fait le sujet de la precédente observation).
Nous avons longuement exposé précédemment dans quelles circonstances il prit l'habitude, en compagnie de sa femme, de se faire des injections de morphine d'abord, d’héroïne ensuite, après avoir tous deux commencé par respirer des doses croissantes d'éther.
Il a toujours été bien portant; son père est mort de fièvre typhoïde et sa mère vit encore. |
Il débute à 25 ans par respirer de l’éther, puis à l’occasion d'une gastrite éthylique un médecin lui fait une injection de morphine ; il accuse un mieux immédiat, et continue à se faire lui-même ses piqûres ;. il a la passion de la piqüre et éprouve bientôt le besoin de s’injecter des doses croissantes de morphine ; il se fait chaque soir une piqûre de un centigramme pendant une quinzaine de jours ;il éprouve à chaque fois une euphorie complète, mais bientôt le pharmacien qui le fournissait n'ayant plus de morphine, lui donne de lhéroïne dont on lui avait jadis vanté le pouvoir merveilleux ; il éprouve avec ce nouveau poison des sensations encore plus fortes et plus agréables que celles que lui procurait la morphine ; il neressent plus de douleurs au niveau de l'estomac, mais il continue à se faire des injections d'héroïne,augmente le titre de la solution si bien qu'il en arrive au bout de deux années à s’injecter chaque jour environ un gramme d'héroïne.
Il présente alors tous les signes de l'héroïnomanie aigué. Il veut se séparer de son toxique et dans ce but, encouragé par l’exemple de sa femme, il entre à l'hôpital Tenon, salle Barth, dans le service du D° Florand le 14 mars 1910; il est bien portant, et ne présente aucune lésion au niveau de ses divers organes ; dès le lendemain, le traitement est commencé ; le malade n’a reçu à l'hôpital aucune injection d'héroïne.
Thibaut 6
CS 0 Men
li eut des vomissements fréquents, une soif intense, une diarrhée et des sueurs abondantes ; mis tout d’abord dans une salle séparée, il demanda à entrer dans la salle commune ;
il ne présenta aucun accident grave, aucune menace de collapsus ; le pouls fut toujours à peu près normal ; mais linsomnie fut complète durant cinq nuits ; cependant le troisième jour, après une période d’agitation violente, suivie d’une dépression notable, on dut faire une injection de sulfate de spartéine que lon fecommenca le lendemain ; il prenait deux bains à 88° par jour, et ne fut à aucun moment insupportable pour ses voisins au point de nécessiter son retour dans une
salle spéciale.
Après une semaine, tout accident grave pouvait être écarté
et le malade quittait l'hôpital le 3 avril, complètement guéri, et bien décidé à profiter de sa période de convalescence pour faire un voyage et un séjour à la campagne.
= Nous l'avons revu dernièrement; il est transformé et animé des meilleures résolutions pour se créer une situation et une vie nouvelle.
À la suite des deux observations qui précèdent, nous pouvons faire les remarques suivantes :
Mme T... est devenue morphinomane à la suite du contact de son mari ; celui-ci a dû lui vanter les charmes de la morphine, lui faire le récit des voluptés qu'il éprouvait et les plaisirs surhumains qu'il pouvait se procurer à l’aide d’une seule injection ; il a toujours existé entre eux une communauté intime qui ne pouvait que les faire persévérer dans leur passion.
De plus nous pouvons dire que Mme T... était une prédisposée. Quel milieu dans lequel ellè passe ses premières années ! Elle séjourne entre un père alcoolique, une mère éthéro-
mane, et un frère hystéro-épileptique ! Elle est d'abord éthé.
romaäane,puis essaie, à l'exemple de son mari, la morphine. Cruelle désillusion ! Elle n'éprouve après chaque injection aucune sensation voluptueuse, tandis que son mari accuse un effet vraiment magique.
Elle essaie, toujours à l'instar de son mari, l'héroïne ! De suite elle montre une grande susceplibilité, el très vite elle devient une héroïnomane : elle a en plus une vérilable paësion de la piqüre ; elle met une demi-heure pour enfoncer l'aiguille.
- L'héroïne ne donne lieu pendant sa suppression à aucun symplôme grave, son élimination se fait comme celle de la morphine et n’est pas plus à redouter : Mme T.., pendant son traitement, ne présenta aucun phénomène qui pût faire naitre des craintes à son entourage. -
Quant à son mari, il nous affirma que la période d'eupho-
. rie qui suivait ses injections d’héroïne était encore plus agréable que celle que lui procurait antérieurement la morphine.
. À un moment du traitement, par suite de ses antécédents d’alcoolisme, il présenta une légère défaillance du cœur qui nécessila une injection de spartéine ; il resta pendant sa cure dans la salle commune où il ne gêna nullement ses
voisins. ÿ
L'héroïnomanie, comme la morphinomanie est donc une maladie curable ; les deux observations que nous venons de citer sont deux exemples probants, ear les malades,que nous avons revus, sont en excellente santé el n’ont pas présenté
de récidive.
LA
Observation 4 (due à l’obligeance de notre excellent camarade JACQUOT).
Mme L. J..., 57 ans, femme d’un médecin.
Morphinomane depuis 1888 environ, époque à laquelle elle eut plusieurs crises de coliques hépatiques. Ces crises se produisirent presque tous les ans jusqu'en 1896; eles cessèrent alors d’une façon complète et tout leur cortège douloureux disparut ; mais à l'occasion de ces crises, le mari de la dame qui est médecin avait fait des injections de morphine qui à chaque fois donnèrent un soulagement immédiat avec cessation absolue de tout signe de douleur. £
De 1894 à 1898, la malade alla chaque été à Vichy, et chaque cure fut suivie d'excellents résultats.
Mais, au fur et à mesure des crises, pleine de confiance en la morphine qui la soulageait aussitôt, et dans l'espoir d'en éviter de nouvelles, Mme L. J..., avait continué ses injections ; elle était devenue morphinomane et elle augmenta progressi-vement la dose de morphine jusqu'à 0 gr. 90 par jour.
Depuis plusieurs années son caractère était devenu sombre ; elle passait ses journées dans son jardin, ne se trouvant à la maison qu'à l'heure des repas, paraissant complètement absente et détachée de tout ce qui se passait autour d'elle, répondant d'une façon incohérente aux questions qui lui étaient posées ; elle ne s’intéressait plus à aucune question littéraire ou artistique, et ne pensait plus qu'à une seule chose, à ses petits enfants qu'elle continuait à gâter plus que jamais.
Plusieurs fois son mari a tenté de lui persuader de se faire démorphiniser, mais toujours elle refusa, craignant de souffrir, et répugnant à l’idée d'entrer dans une maison de santé ; elle disait cependant que son état était intolérable, qu’elle était excessivement malheureuse; et qu’elle ne souhaiterait Jamais à son plus grand ennemi d’être morphinomane.
Les nuits étaient affreuses, interminables, peuplées de rêves