‹ De la Démorphinisation BrusqueChapitre 8 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le présent travail traite un sujet qui, sans être tout à fait nouveau, est cependant toujours d'actualité.

En effet la morphinomanie est une question qui est et qui mérite d'être à l'ordre du jour par suite de sa gravité extrême, par. le pronostic très sombre qu'elle entraîne toujours et par le danger qu'elle fait courir à la société ; elle voit le nombre de ses victimes augmenter sans cesse el tend de plus en plus à prendre une place importante en médecine légale.

Elle semble marcher de pair avec une autre maladie non moins redoutable, nous voulons dire : l'alcoolisme ; souvent elles se remplacent ou se superposent chez le même individu, et toutes deux sont accompagnées d’un triste cortège de symptômes. Ceux-ci, souvent très graves, conduisent par les voies les plus rapides les malades qui en sont atteints, à la ruine complète des facultés physiques et intellectuelles, puis après un temps plus ou moins long à une mort horrible el inévitable.

La morphinomanie est une passion funeste pour notre s0ciété déjà ébranlée par tant d’autres infirmités, car elle recrute souvent ses adeptes parmi les classes intellectuelles et dirigeantes ; c'est un fléau social qui tend à se généraliser, véritable tache d'huile, dans les milieux où l'activité semblerait devoir la bannir ; elle conduit toujours à la ruine procressive de toutes les facultés et à une déchéance complète de la personnalité. .

Nous sommes done en présence d’une maladie dont Îles

Ang Pace

effets pernicieux se développent à Fombre de la civilisation

el du progrès, el qui se propage également vile parce que

les forces physiques et morales de l’homme, fatiguées et'dé-

primées, ne sauraient se passer de cet agent à la fois excitant. et calmant, factice et artificiel. :

La morphinomanie règne aujourd’hui partout où règne la civilisation : elle augmente tous les jours. C'est une plaie sociale qu'il faut inonder de lumière, produire au grand jour, pour la révéler dans sa hideuse nudité comme un ulcère rongeur placé en vedette pour avertir les imprudents et détourner les audacieux.

* Que de malheureux son chant délicieux n’a-t-il point attirés vers les sombres abîmes ! La quintessence de l’opium, ses principes actifs sont devenus pour eux la clé qui ouvre les bonheurs paradisiaques. Tous vantent le pouvoir de ce toxique qu'ils qualifient de divin ; ils lui attribuent des vertus surhumaines, des suggestions qui semblent irrésistibles, un pouvoir vraiment magique. D'un coup d’aiguille ils peuvent effacer les souffrances du corps et celles de l'esprit, les injustices des hommes et celles de la fortune ; ilest dès lors facile de comprendre l'empire immense de ce merveilleux poison el ses ravages presque irréparables.

L'opium sous toutes ses formes provoquedes manifestations à peu près identiques ; mais en Europe c'est la morphine qui est la plus employée.

Depuis plusieurs années, un autre alcaloïde de l’opium, l'héroïne, est de plus en plus en honneur : elle donne lieu à uneintoxication redoutable, l'héroïnomanie, qui offre par sa ténacité et ses allures rapides une gravité encore plus grande que la morphinomanie.

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