‹ De la densité du sang: Sa détermination clinique Ses variations physiologiques et pathologiquesChapitre 4 sur 31 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Diverses méthodes employées pour déterminer

le poids spécifique du sang.

Les moyens usités ordinairement pour déterminer la densité d’un liquide ne peuvent guère être employés pour l’étude du sang, surtout en clinique. Les quantités dont on dispose sont, en effet, trop petites pour que l'usage du flacon, des aréomètres, soit possible. De plus, la coagulation rapide du sang est un nouvel obstacle. Les expérimentateurs ont donc été obligés de se servir la plupart du temps de procédés détournés et ingénieux pour arriver au but qu’ils se proposaient.

Je vais décrire successivement les divers moyens employés jusqu'à présent, passant rapidement sur les plus anciens, les plus imparfaits, étudiant davantage les derniers proposés.

J’exposerai, chemin faisant, les critiques que l’on peut formuler sur chacun d'eux.

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J'insisterai aussi minutieusement que possible sur la partie technique de tous ces procédés; je crois, de la sorte, rendre service à ceux qui voudraient entreprendre des recherches sur ce sujet.

Pour mettre un peu de clarté, on peut diviser en trois grandes classes les moyens proposés jusqu’à ce jour :

1° On défibrine le sang, et on détermine son poids Spécifique par les moyens ordinaires ;

2 On prend un volume déterminé de sang, on le pèse, et l’on calcule son poids spécifique ;

3° On cherche un liquide dans lequel une goutte de sang reste en suspension sans monter ni descendre. Le sang à la même densité que ce liquide.

I. ON DÉFIBRINE LE SANG, ET ON DÉTERMINE SON POIDS SPÉCIFIQUE PAR LES MOYENS ORDINAIRES

C'est la méthode des premiers auteurs, méthode encore bien grossière, que je mentionne surtout pour mémoire.

BecqQuerEL et Ropier dans leurs importants travaux sur le sang sont les premiers qui s'inquiètent un peu de déterminer la densité du sang *. Ils emploient le moyen suivant : Ils font une saignée, recoivent 125 grammes de sang dans un récipient, séparent la fibrine par le battage

! Recherches sur la composition du sang dans l'état de santé et dans l'état de maladie, Paris, 1844. — Traité de chimie pathologique appliquée à la médecine pratique, Paris, 1854.

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avec une petite baguette d’osier, puis par la méthode du flacon ils déterminent la densité de ce sang défibriné.

Sur un autre échantillon de sang ils séparent les globules et prennent la densité du sérum.

Quinxe, de Berlin, a employé le même procédé *. Mais il opère le plus souvent sur de petites quantités. Il se sert de la ventouse de Heurteloup. Il lui suffit de 5 à 10 centimètres cubes.

GaMGEe, « professor in the Victoria University, Manchester ; Brackenburg, professor of physiology in the Owens college », admet que la densité du sang défibriné diffère très peu de celle du sang total *. Il conseille de se servir du flacon en pesant l’eau et le sang défibriné à la même température.

Mais il reconnaît que c’est une complication ennuyeuse» que de peser l’eau et le sang à la même température. Aussi, il recommande l’emploi d’un flacon spécial, « le flacon de Geissler », qui renferme un thermomètre. On possède dans ce cas-là une table de la densité de l’eau à diverses températures.

Il suppose l'exemple suivant :

Le flacon pèse 25%,6515 rempli d’eau à 15 degrés. Plein de sang défibriné à 70 degrés il pèse 275,270.

Il faut d’abord calculer le poids d’eau qui serait contenue dans le flacon si la température était 7 et non 15 degrés.

En consultant une table on voit que la densité de l’eau

4 Ueber den Hæmoglobingehalt des Blutes in Krankeiten (Virchow’s Archiv, B. 54, 1872, p. 537).

? A text-book of the physiological chemistry, London, 1880.

à 15 degrés est de 0,99915, tandis qu’à 7 desrés elle est de 0,99994. Alors on a : | 00010 0010 0,99994 x :

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Gonnaissant alors le poids d’une quantité égale d’eau et

de sang à la même température, on déduit la densité. Cie d = 25.67 — 1,0623

ARRONET', dans sa thèse inaugurale soutenue à Dorpat, a fait une série de recherches sur la composition du sang. Il s’est inquiété, en passant, de la densité de ce liquide. Il prend 25 centimètres cubes de sang défibriné, puis, avec quelques centimètres cubes, il détermine la densité. Il emploie trois flacons, tenant 3 grammes chacun. Ces flacons sont bouchés à l’émeri, le bouchon est terminé par un tube capillaire qui empêche l'introduction de l'air entre le sang et la paroi. |

KruGEr? s’est encore servi dernièrement de ce procédé, mais il opérait sur des animaux.

Un médecin italien, Grovannr POLLI, à proposé un moyen qui serait très simple s’il pouvait être exact.

Le sang est recueilli dans une éprouvette et on le bat

* Quantitative Analyse des Menschenblutes nebst Untersuchungen zur Controlle und Vervollständigung der Methode, Inaugural Dissertation, Dorpat, 1887.

? Beitrage zur Kenntniss des arteriellen und venosen Blutes verschiedener Gefässebezirke (Zeitschr. f. Biologie, XXVI, 4. 1890).

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avec une verge pour amasser Îa fibrine. Quand on a ainsi le sang défibriné, sa densité est prise à l’aréomètre. Il faut avoir soin de mettre le sang à la température qu’il avait en sortant des vaisseaux. |

Quand le sang a été défibriné, on le place cinq jours dans un récipient, les globules tombent au fond, le sérum surnage, on décante ; on prend alors la densité à l’aide de l’aréomètre.

Telle est la méthode que préconise Polli pour déterminer la densité du sang défibriné et celle du sérum’.

Get auteur prétend même pouvoir prendre la densité du sang tel qu’il sort des vaisseaux, à l’aide de Paréomètre.

Cela doit être fort difficile, car la coagulation rapide est un obstacle énorme. Polli, dans une note qu’il ajoute à un travail de Rigoni-Stern? soutient cependant que c’est souvent possible, mais pas toujours cependant.

Il recueille le sang directement de la veine. Il le place dans une petite éprouvette de verre de 3 ou 4 onces et il prend la densité avec un petit aréomètre dont chaque division est partagée en dix parties.

Pour Paolli, l’aréomètre est la méthode de choix et il u’hésite pas à dire que la balance pour l'étude du sang est l'aréomètre.

Que penser de toutes ces méthodes ? D’abord on prend la densité du sang défibriné et non celle du sang total, ce qui est une imperfection notable, comme le fait remarquer

{ Di un nuovo metodo d’analisi del sangue ad uso principalmente de’ clinici (Annali universali di medicina, 1845).

? Intorno ad valore sintomatico di alcune apparenze del sangue estratto per la flebotomia (Annali uwniversali di medicina, 1843).

— 18 Fe Cjcmann. J'ajouterai que cette cause d’erreur doit être : d’autant moins négligée que la quantité de fibrine varie beaucoup dans les maladies.

De plus, dans tous ces procédés, il faut une quantité assez grande de sang. Autrefois on pouvait se servir de la saignée assez facilement, car c’était un moyen thérapeutique en honneur. Qui pourrait maintenant répéter les expériences de Becquerel et Rodier qui ont pu étudier en dix-huit mois le sang de 160 saignées et faire chez des sujets bien portants ce qu’ils appellent des saignées de complaisance ?

Quant à l’emploi de l’aréomètre, tel que le recommande Polli, outre les deux objections précédentes, il convient de faire remarquer avec Becquerel et Rodier que les aréomètres donnent bien la densité des liquides tenant des corps quelconques en solution, mais non en suspension comme les globules dans le sang.

Donc, rien à retenir de tous ces procédés.

IT. ON PREND UN VOLUME DÉTERMINÉ DE SANG, ON LE PÈSE ET ON OBTIENT PAR LE CALCUL SON POIDS SPÉCIFIQUE

Nous arrivons dans ce paragraphe à des procédés un peu plus pratiques, employés en clinique par des auteurs nombreux. Ce sont les procédés :

1° De Davy, de Magendie, de Naase ; 2° De Tarkhanof”; 9° De Tzyboulsky ;

4 De Schmaltz ; 5 De Sciolla.

Tous ces procédés, basés sur le même principe, different très peu les uns des autres, ils ont pourtant des petits détails qui leur donnent une certaine individualité.

1° Procédé de Davy, de Magendie, de Naase.

C’est le procédé peut-être le plus ancien et le plus exact, mais que je ne cite que pour mémoire, car il est impraticable aujourd’hui. On reçoit dans un vase une certaine quantité de sang (100 à 500 grammes), on pèse sur une bonne balance, on pèse ensuite la même quantité d’eau à la température du sang et la densité s’obtient par un calcul bien simple.

L’impossibilité actuelle d’une semblable méthode n’est pas à démontrer.

2 Procédé de Tarkhanoff.

L.-R. TARkHANOrF, professeur à Saint-Pétersbourg, a employé le procédé suivant qui n’est qu’une réduction du précédent {.

On recueille le sang qui sort d’une petite plaie, dans un petit ballon de verre à parois minces. Ce ballon a la

forme d’une poire, ses deux bouts sont étirés en tubes

? Vratch, 1880, p.725. — Foster, Trailé de physiologie, traduction russe de Tarkhanoff.

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