CHAPITRE Il
DES INDICATIONS DE L’EXTIRPATION DU RECTUM SANS OÙ AVEC OPÉRATION PRÉLIMINAIRE
Nous avons cherché à établir, dans le précédent chapitre, que certaines formes cliniques de cancer rectal étaient justiciables de l’extirpation, même si la tumeur était étendue, adhérente. Des faits de guérison et de survie prolongée justifient ces interventions qui nous paraissent indiquées dans les deux circonstances suivantes : 1° lorsque la marche lente de la tumeur, l'intégrité des ganglions et de l’état général font soupconner la nature relativement bénigne du néoplasme ; ces faits sont rares ; 2° lorsque, en l’absence de signes démontrés de généralisation et d'infection, la gravité des symptômes, rétention, hémorrhagie, douleur et l'état moral du malade autorisent à tenter une opération qu'on pourrait d'autre part regarder comme devant être suivie d’une récidive probable.
Nous allons examiner maintenant S'il n’y aurait pas quelque bénéfice à tirer de l'opération préliminaire dont nous avons parlé dans l'introduction, s’il ne serait pas quelquefois avantageux de faire précéder l’extirpation de la tumeur de l'établissement d’un anus contre pature dans le but de dériver les matières Intestinales, de supprimer les fonctions du rectum et de transformer la tumeur rectale en tumeur pelvienne.
Nous chercherons : 1° à montrer que l'opération prélimmaire est utile dans certains cas; 2° à déterminer les cas où elle serait préférable à l'extirpation simple. |
Pour établir la supériorité de l’extirpation après dérivation des matières fécales, 1l faut d'une part prouver que l’extirpation simple a des dangers auxquels pourra remédier l'opération préliminaire, d'autre part que la suppression de ces dangers ne sera pas compensée par d’autres Imconvénients résultant du fait même de l'établissement de l'anus anormal. |
Voyons d’abord quels sont les dangers de l’extirpation simple auxquels pourra remédier l'opération prélimmaire.
L’extirpation du rectum, étant supposée imdiquée pour un cas particulier, on peut lui adresser le reproche d’être dangereuse.
Oui, l'extirpation du rectum est une opération orave. Nous ne nous exagérons pas la valeur des statistiques établies en réunissant les observations recueilles çà et là, de côté et d'autre. Toujours est-il
qu'elles donnent une mortalité de 25 à 30 °/, (Marchand, Piéchaud). Or, elles comprennent même les cas bénins d’extirpation, ceux où on a enlevé des tumeurs limitées, peu élevées, non adhérentes. Reste à savoir si elle est grave pour des raisons telles que la dérivation des matières intestinales et l'application rigoureuse de la méthode listérienne remédient aux causes de mort.
Pendant longtemps, la préoccupation des chirurgiens qui enlevaient des cancers du rectum fut l’hémorrhagie ; aujourd’hui, grâce à la perfection des moyens de diérèse, on ne craint plus cet accident, et on peut affirmer, en s'appuyant sur des faits, que l'hémorrhagie ne joue qu'un faible rôle dans la mortalité del’extirpation. Ce quitue, ce sont les complications inflammatoires ainsi qu'on peut en juger d’après le tableau suivant emprunté à la thèse de Piéchaud.