‹ De la Détermination du Caractère Hostile des Navires et des CargaisonsChapitre 30 sur 32 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Il faut faire aux méchants guerre continuelle. La paix est fort bonne en soi ;

J'en conviens : mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi ?

La Fontaine, Le Loup et les Brebis.

Notre étude est terminée et nous avons craint un instant qu’elle ne présentât qu'un intérêt purement historique et rétrospectif quand tout autour de nous, des gens bien sensés nous ont annoncé qu'on avait enfin trouvé la panacée universelle et internationale destinée à débarasser l'humanité du fléau de la guerre. On voulait parler de la Ligue des nations.

Il y a plus d’un siècle que Mirabeau, dans un élan d'enthousiasme s'était déjà écrié au mois d'août 1798 : « Il n’est pas loin de nous peut-être le moment où la liberté régnant sans rivale sur les deux mondes réalisera le vœu de la philosophie, absoudra l’espèce humaine du crime de la guerre et proclamera la paix universelle. » Cette belle prophétie ne s’est pas réalisée et nous. ne doutons pas que les faits ne viennent également démentir les paroles si nobles et si candides que prononçait M. Wilson en présentant à la Conférence de la paix le projet relatif à la création de la Ligue des nations. « Ce document, dit-il, c’est la condamnation de la guerre et, bien que ce projet soit général dans ses termes il est la garantie définitive de la paix... La force a été vaincue ; les peuples peuvent maintenant vivre amicalement, en famille et bientôt comme des frères. » |

Il serait hors de notre sujet et de nos moyens d'entreprendre la critique de la Ligue des Nations, mais nous exprimerons en passant, la répugnance que nous aurions à voir cette idée prendre corps et permettre la confusion des vainqueurs et des vaincus, des victimes et des bourreaux, des belligérants mutilés et des neutres profiteurs.

Pour l'instant du reste, rien n'autorise les auteurs du projet à augurer de son suecès ; moins que jamais les Etats — et nul ne saurait leur donner tort — ne paraissent décidés à abdiquer une parcelle de leur souveraineté au profit d’un organisme dont jusqu’à preuve contraire il y aurait lieu de suspecter l’impartialité.

La possibilité des guerres futures doit donc toujours être présente à l'esprit des nations qui veulent demeurer souveraines et libres de leurs destinées. Notre travail est donc par suite encore d'actualité et . si nous n’avons pas toujours indiqué de critérium idéal précis destiné à différencier les propriétés ennemies des propriétés neutres, c’est que la guerre de demain ne ressemblera sans doute pas à celle qui vient de prendre fin. Variant dans sa forme elle variera dans ses lois. Notre travail a surtout eu Peur but de faire ressortir la nécessité de cette évolution.

Nous avons également voulu, en terminant, mettre en garde contre certaines tendances prétendues humanitaires et dont l'expression, aujourd’hui, semblerait plus naturelle dans la bouche des vaincus que dans celle des vainqueurs. Nous avons désiré faire ressortir la nécessité de ne pas abandonner trop tôt les armes qui nous ont donné la victoire ; l'ennemi n’a pu nous les arracher malgré tous ses efforts ; ne les jetons pas à ses pieds. Continuons à demeurer forts sur mer comme sur terre jusqu’au jour trois fois béni dont on nous a fait entrevoir l'espérance, où les Etats, dociles comme des bourgeois, seront décidés à obéir à la gendarmerie internationale. Ce moment ne nous paraît pas encore venu et, si un nouveau conflit venait à se produire, à l’une quelconque de nos frontières, ou bien au delà des mers, c’est encore par la puissance de ses armes et le courage de ses enfants que la France, à l’intérieur de ses frontières naturelles pour toujours reconquises, saurait faire respecter son honneur, ses droits et son indépendance.

Vu: Le Président de la thèse, L. LE FUR. Vu, pour le Doyen, l'Assesseur, R. CARRÉ ne MALBERG.

Vu et permis d'imprimer : ; Strasbourg, le 20 Septembre 1920.

Le Recteur de l'Académie, S. CHARLÉTY.

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