‹ De la diathèse purulente spontanéeChapitre 2 sur 5 · DES DIATHÈSES ET DES MALADIES CONSTITUTIONNELLES · texte numérisé non relu

DES DIATHÈSES ET DES MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Après avoir rangé les maladies en quatre classes: 1° les fièvres, 2° les phlegmasies , 3° les hémorrhagies , 4° les névroses , Pinel fit une cinquième et dernière classe qu’il appela lésions organiques , et enfin il subdivisa cette classe en deux ordres : celui des lésions organiques générales , et celui des lésions organiques particulières. Le premier ordre des lésions organiques générales comprend la syphilis, le scorbut, la gangrène, le cancer, les dégénérescences tuberculeuses, les scrofules, le rachilis, Yéléphantiasis des Grecs, X éléphantiasis des Arabes, et le yaws (ou pian, frambœsia).

Le premier reproche que l’on pourrait adresser à cette, classification, c’est de ranger parmi les lésions organiques générales des lésions qui ne frappent qu’un seul tissu, comme le rachilis et les deux espèces d’éléphantiasis , et de donner à la gangrène un rang parmi ces maladies ; car la gangrène, lorsqu’elle est une maladie , est toujours locale, témoin la gangrène du poumon; autrement elle n’est qu’une affection symptomatique, et non une maladie, comme dans la gangrène des membres inférieurs, suite d’une artérile.

Le second reproche, c’est que cette classe manque de caractère précis, puisqu’il lui suffit d’apporter un changement dans la structure des parties pour qu’une maladie y prenne rang. Or, parmi les fièvres , la fièvre typhoïde détruit en grande partie les plaques de Peyer; les phlegmasies changent la structure des parties d’une manière quelquefois permanente, témoin les adhérences, suites de pleurésies, les cicatrices des abcès, de ceux des glandes en particulier. De telle sorte que logiquement cette division comprendrait, tout à fait arbitrairement, une foule de maladies.

Donc les nosologistes pourraient récuser cette division , comme n’étant point établie sur des caractères précis, et par conséquent,

comme pouvant admettre les maladies les plus dissemblables au même titre les unes que les autres. Néanmoins ce ne furent point ces motifs qui firent battre en brèche cette dernière partie de la nosologie de Pinel. On sait que Broussais considéra toutes les lésions organiques comme un effet de l’inflammation, et que la nosologie tout entière disparut dans le cadre des variétés d’une seule et même lésion, Y inflammation.

La théorie de Broussais eut à son tour à combattre des adversaires qui attribuaient aux altérations du sang les affections locales des maladies, et en particulier celles que Pinel appelait lésions organiques générales. L’école physiologique admit la réalité de ces altérations du sang, mais comme effet d’une lésion locale primitive. Ainsi, dans les fièvres, elle reconnut que le sang pouvait être altéré à la suite de l’inflammation intestinale; dans le cancer, par suite de l’absorption des sucs fournis par la tumeur ; dans la phlébite , par le passage du pus dans le sang; dans les plaies, par suite de la résorption du pus; en un mot, elle accorda tout, pourvu qu’on lui accordât son point de départ , c’est-à-dire à condition qu’on lui donnât raison.

Il faut remarquer que la controverse fit peu mention de la division nosographique de Pinel; en voici la raison : Pinel avait banni de sa nosographie, exclusivement médicale, les plaies et tout ce qui se rapporte aux opérations chirurgicales ; en outre, au moment où ces controverses s’élevèrent, les esprits n’étaient nullement tournés vers les questions nosologiques, de sorte qu’on ne vit point qu’à côté de la question d’étiologie il y avait un problème de nosologie posé , et non résolu.

La science en était à ce point que, d’une part, l’ordre des lésions organiques générales, établi par-Pinel, était oublié, et que, d’autre part, les solidistes et les humoristes se disputaient le terrain de l’explication de ces maladies. Tout se réduisait à une question secondaire d’étiologie : comment une affection primitivement locale peut-elle se généraliser et envahir successivement plusieurs parties du corps? La doctrine de la phlébite devint la base de ce nouveau

système pathologique, dans lequel l’humorisme et le solidisme trouvaient leur compte. On se félicitait même d’avoir levé toutes les difficultés ; car la théorie qui s’appliquait à la phlébite et aux abcès viscéraux paraissait s’appliquer également au cancer, au tubercule.... Chose remarquable cependant ! les partisans de la phlébite exigeaient, pour que le pus se généralisât, qu’il passât directement, en nature, dans le sang, pour aller former dans les viscères une quantité plus ou moins considérable d’abcès; et ils expliquaient de la même manière les généralisations du cancer et du tubercule, malgré l’absence habituelle de phlébite tuberculeuse ou cancéreuse qui eût permis le passage direct de la matière tuberculeuse ou cancéreuse dans le sang. — Mais quand on s’est enrichi d’une explication, on ne regarde pas de si près aux faits, et, malgré les faits, on trouve toujours l’explication satisfaisante. — Les partisans de la résorption pure et simple avaient sur les partisans de la phlébite l’avantage de présenter un mécanisme qui s’appliquait à tous les produits morbides, car on peut aussi bien comprendre la résorption de la matière tuberculeuse, ou de ce qu’on appelle le suc cancéreux, que celle du pus. D’ailleurs la résorption s’appliquait à une foule d’autres maladies : les symptômes généraux de la fièvre typhoïde n’étaient-ils pas évidemment . d'après cette hypothèse, le résultat de l’absorption des matières intestinales ? — La peste et toutes les maladies épidémiques n’étaient plus que des résorptions. On tenait la clef de l’étiologie des accidents généraux dans toutes les maladies. — L’altération du sang par la résorption des liquides morbides était le mécanisme commun et universel. — Telle est la théorie qui a régné longtemps sur les esprits abusés par la facilité d’une explication banale. On ne doit plus dès lors s’étonner de la création’de ces grands empoisonnements qui constituent les maladies graves pour un bon nombre de médecins. — Ces grands empoisonnements ont la même réalité que la théorie de la résorption, dont ils sont la conséquence immédiate. — Ainsi , de la phlébite on passe à la théorie des résorptions ; de la théorie des résorptions de produits morbides, à la théorie des grands

empoisonnements ; et, à chaque pas que l’on fait, on oublie de plus en plus la base de cet échafaudage. — Ainsi les grands empoisonnements s’appliquent aussi bien aux maladies qui ne présentent rien à résorber qu’à celles où l’on rencontre un produit absorbable. — Par exemple, l’érysipèle, lorsqu’il est grave, est le résultat d’un grand empoisonnement; la rougeole, la scarlatine grave, grands empoisonnements . On ne trouve pas de poison à faire pénétrer dans le sang, mais qu’importe ! Alors on imagine des ferments, qui font au corps humain ce qu’un peu de levain fait à la pâte. ]Yest-ce pas clair? Cela ne suffit-il pas? et ne faut-il pas avoir un esprit bien contrefait et bien hargneux pour ne pas accepter avec transport une hypothèse aussi élastique? Qu’est-ce que le choléra? Un grand empoisonnement. — Qu’est-ce que la fièvre typhoïde? Un grand empoisonnement. — Qu’est-ce que la variole? Un grand empoisonnement. — Qu’est-ce que la phthisie? Un grand empoisonnement. — Qu’est-ce que le cancer? Un grand empoisonnement. — Qu’est-ce que la scrofule? Un grand empoisonnement. — Qu’est-ce que la peste? Un grand empoisonnement. — Qu’est-ce que la fièvre intermittente? Un grand empoisonnement. — La pneumonie devient elle grave, grand empoisonnement; l’érysipèle revêt-il les caractères de la malignité, grand empoisonnement.

On voit, par ce qui précède, que l’ordre des lésions organiques générales , auquel nous avions reproché d’être extrêmement vague , a été remplacé par quelque chose de bien plus vague encore : les grands empoisonnements.

C’est vraiment de plus beau en plus beau ! Et il y a certes lieu de se demander ici comment des hommes de savoir et d’esprit ont pu arriver à ce degré de simplicité, qu’ils croient avoir dit quelque chose quand ils ont accouplé l’épithète de grand au mot empoisonnement. Si c’était là de la science , il faudrait , héias ! avouer que notre art a le privilège de l’absurdité au plus haut degré , à la plus extrême puissance ! — Il n’y a évidemment que le silence le plus absolu à

1849. — Mathieu.

opposer à tout eet échafaudage d’hypothèses qu’un souffle ferait crouler.

On me dira peut-être qu’on doit traiter avec plus de respect des idées généralement reçues. A cela je n’ai qu’une réponse à faire : c’est qu’un rêve de C imagination ne devrait pas être accepté à titre d'idée.

Ce n’était point chose facile que de faire succéder la régularité , l’ordre, la précision et la réalité scientifiques, à ce chaos. — Telle était pourtant la tâche imposée à celui qui voudrait aborder ces questions où la médecine est mise en jeu tout entière. Peut-on forger de toutes pièces des causes de maladies des maladies , des classes de maladies, ainsi que nous avons vu les organiciens le faire? Y a-t-il quelque principe auquel on puisse se rattacher pour éviter de tomber dans l’arbitraire et la confusion?

La doctrine de l’essentialilé des maladies nous paraît avoir donné la solution du problème. Nous allons l’exposer en quelques mots et d’une manière synthétique , d’après les leçons de l’auteur. A l’ordre des lésions organiques générales de Pinel , elle substitue deux groupes nosologiques , celui des maladies constitutionnelles et celui des diathèses. Les maladies constitutionnelles ont pour caractère de présenter divers produits morbides sur diverses parties du corps. Les diathèses ont pour caractère de présenter un même produit morbide sur diverses parties du corps. Ainsi, pour les maladies constitutionnelles, diversité de produits morbides, diversité de siège; pour les diathèses , unité de produit morbide , diversité de siège.

Les maladies constitutionnelles sont :

1° La scrofule ,

2° La goutte ,

3° La syphilis,

Le groupe des diathèses comprend :

1° Le rhumatisme articulaire,

2° Le purpura hemorrhagica 3° Le scorbut.

4° La diathèse purulente ,

5° La morve et le farcin,

6° La phthisie ou diathèse tuberculeuse ,

7° Le cancer ou diathèse cancéreuse.

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