ÉTAT DU SANG
toutes à la goutte articulaire. La conclusion générale formulée par cet auteur est la suivante : « Le sang, dans la goutte, contient toujours de l’acide urique, sous forme d’urate de soude, en quantités anormales, et ce sel peut en être obtenu à l’état cristallin. »
D’après les résultats de cinq analyses quantitatives que Garrod a faites, on voit que 1000 gr. de sérum ont fourni entre 0,023 et 0,175 d’acide urique. L’auteur ajoute que, dans cesanalyses, la quantité d’acide obtenu était vraisemblablement au-dessous de la réalité, en raison des pertes inévitables.
Quant aux variations que subirait chez le goutteux la quantité de l’acide urique du sang, elle parait en rapport très-étroit avec les attaques ou les accès.
Dans la goutte aiguë, dit Garrod (1), l’altération du sang précède toujours l’attaque de goutte; après l’attaque, le sang perd en grande partie ses conditions anormales. Dans la goutte chronique, le sang est riche en acide urique, même dans l’intervalle des attaques. Mais ce caractère augmente d’intensité avant les accès, pour diminuer après leur terminaison. Garrod dit aussi avoir constaté l’existence d’un excès d’acide urique dans le sang, dans certains cas de goutte irrégulière sans maladie des jointures.
Ces observations ont été confirmées par les recherches de Bence Jones, de Ranke et de M. Charcot ; et jusqu’ici, il ne paraît pas exister de faits contradictoires (Charcot) (2).
On peut donc admettre que, dans la goutte articulaire, il y a une diathèse urique.
Celle-ci pourrait exister aussi, d’après Garrod, dans quelques cas de goutte abarticulaire. Mais ici les recherches sont moins précises et moins probantes ; car on n’indique [tas dans lesquelles de ces maladies goutteuses on a constaté l’uricémie.
Quant aux autres altérations du sang, que l’on peut obser-
(■]) Garrod, in Reynolds, A System of medicine; London, 1860, vol. î. p. 81-i et 827.
(,2 Charcot, annotations à Garrod, La goutte,- etc., p. 128.
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DIATHESE URIQUE.
ver en même temps dans la goutte, elles paraissent sans rapport direct avec la diathèse urique, et dépendent soit des inflammations qui se développent (augmentation de la iibrine), soit de l’anémie consécutive aux maladies goutteuses (diminution des globules). Nous devons cependant noter que le sang renferme quelquefois, en même temps que l’acide urique, un excès d’urée, des traces d’acide oxalique, et que son alcalinité est toujours diminuée, ce qui semble faciliter la production des dépôts tophacés (Garrod) (1).
Il n’a été publié, que je sache, aucune analyse du sang, au point de vue de l’acide urique, dans la gravelle; et cependant la détermination rigoureuse de l’état du sang dans cette maladie serait d’une importance capitale, pour établir les rapports qui peuvent exister entre l’uricémie et les calculs uriques qui se forment dans les voies urinaires. Pourtant, Garrod a sans doute fait cette recherche, bien qu’il n’en ait pas publié les résultats ; car il dit, en parlant de la gravelle : « Nous savons que la présence d’un excès d’acide urique dans le sang est une condition indispensable pour que la goutte se produise; sur ce point la goutte et la diathèse (c’est gravelle qu’il faudrait dire) se confondent » (2).
La composition de l’urine dans la diathèse urique est trèsvariable. Nous avons vu que, dans l’état physiologique, la quantité d’acide urique et d’urates que contenait l’urine représentait assez exactement celle que contient le sang et pouvait servir à l’apprécier. Mais, dans l’état pathologique, ce rapport peut être complètement modifié : à la prédominance ou â l’excès de l’acide urique dans le sang peut correspondre une diminution de ce principe dans l’urine; et c’est là précisément ce qui a lieu dans la goutte.
Dans la goutte, en effet, contrairement à l’opinion ancienne d’après laquelle l’acide urique devait se trouver en plus grande proportion que normalement, Garrod a établi que cet acide se trouvait en plus faible quantité. Aussi a-t-il pensé que l’essence
(1) Garrod, La goutte, sa nature, etc,, p. 148 et suiv,
(2) Garrod, loc, cit>, p, 6P0.