‹ De la diathèse uriqueChapitre 18 sur 22 · PATHOLOGIE EXPERIMENTALE ET COMPAREE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE EXPERIMENTALE ET COMPAREE

se font remarquer par le faible degré d’intensité qu’ils présentent (Charcot).

§ 6. Pathologie experimentale et comparée. — Les expériences entreprises sur les animaux et sur l’homme lui-même, et en second lieu, les observations faites sur la diathèse urique dans certaines espèces animales peuvent-elles servir à éclairer la pathologie de la diathèse urique? C’est ce que nous devons examiner rapidement. Les recherches, sur ces deux points, sont encore très-peu nombreuses.

L’introduction expérimentale de l’acide urique dans l’économie ne parait pas pouvoir servir à établir quels sont les effets de l’uricémie. D’après les expériences de Frerichs et Wœhler, les urates introduits dans l’organisme n’auraient d’autre effet que d’augmenter la quantité d’urée excrétée par les reins ou de faire apparaître dans l’urine des proportions notables d’acide oxalique (1). Stockvis a conclu aussi, d’expériences faites sur lui-mème, que l’ingestion d’urates augmentait la quantité d’urée dans les urines (2). D’un autre côté, Gallois (3) a obtenu des résultats différents : il a vu l’urée diminuer après l’ingestion d’urates, mais il a trouvé de fortes proportions d’acide oxalique dans les urines.

Quoi qu’il en soit de ces résultats, le fait qui se dégage nettement, c’est que l’acide urique ingéré ou injecté ne reste pas en nature, mais subit des oxydations et est éliminé sous forme d’urée ou d’acide oxalique.

Il me semble donc que l’expérience pratiquée par M. Gigot- Suard (4) ne saurait conduire aux conclusions qu’il en a tirées. Cet expérimentateur fait prendre pendant plusieurs jours, à une jeune femme atteinte de dyspepsie, 10 centigrammes d’acide urique chaque matin. A partir du huitième jusqu’au vingt-

(1) Frerichs et Wœhler. Travail analysé dans l’annuaire de Millon et Reiset, Paris, 1849.

(2) Year-book of medicine and surgery of the new Sydenham Society for 1861 ; vol. XV, p. 101.

(81 Gallois, Thèse inaug. ; Paris, 1857.

(4) Gigot-Snard, loc. cit. p. 12.

unième jour, il voit se dérouler une série d’accidents qu’il considère comme des migraines, des coliques néphrétiques, une éruption d’ecthyma, et il attribue tous ces phénomènes à une diathèse artificielle.

Mais, que d’objections soulève cette expérience! D’abord, la dose d’acide d’urique administrée est bien minime; les expérimentateurs que nous avons cités plus haut ingéraient sans inconvénient jusqu’à 4 et 5 grammes d’urates. Ensuite, nous avons vu que l’acide urique introduit dans l’organisme était bientôt brûlé ; nous ne pouvons donc attribuer à cet acide les effets observés. J’ajoute que l’interprétation des phénomènes morbides qui sont survenus dans ce cas parait dénoter chez l’auteur de l’expérience une certaine préoccupation .

Le expérimentations de Zaleski sont les seules, à ma connaissance, qui puissent contribuer à éclairer la pathogénie des accidents que peut entraîner l’uricémie : elles montrent les lésions uriques à leur degré le plus avancé; elles indiquent, sous leur forme la plus accentuée, les effets de la- saturation urique. J’emprunte à Charcot (1) le résumé du remarquable travail de Zalesky :

« Cet observateur lie les deux uretères chez des pigeons, des oies et des couleuvres ( coluber natrix). On sait que, chez les oiseaux et la plupart des reptiles, l’urine à l’état normal, ainsi que l’ont démontré John Davy et d’autres chimistes, ne renferme généralement pas d’urée et est à peu près exclusivement constituée par de l’acide urique ou de l’urate d’ammoniaque. Les premiers phénomènes morbides se déclarent de douze à quinze heures après l’opération. La vie se prolonge deux ou trois jours au plus. Après la mort, on constate les altérations suivantes : 1° les reins sont affectés en premier lieu avant tous les autres organes, et c’est là que les lésions se montrent toujours le plus prononcées. Les canalicules urinifères, sont, dans la substance tubuleuse, oblitérés et distendus par des amas d’urates à l’état concret; tandis que leurs origines dans la

(1) Charcot. Anoot. à Garrod ; la Goutte, etc., p. 327.

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