‹ De la diathèse uriqueChapitre 6 sur 22 · PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE

L’acide urique est, chez la plupart des animaux, comme chez l’homme, un des éléments normaux de l’urine. 11 existe en grande quantité chez les carnivores, en proportion minime chez les herbivores ; il est un des éléments importants de la sécrétion urinaire des oiseaux, et on en trouve une très-forte quantité dans le guano. L’urine des reptiles en contient beaucoup, celle des poissons en renferme aussi; enfin on l’a recherché et trouvé dans l’urine de la plupart des invertébrés.

Comment se forme l’acide urique? Grosse question, qui est encore loin d’être complètement résolue. Pour l’élucider et la comprendre d’ensemble, il faudrait connaître les phénomènes intimes de la nutrition et spécialement les mutations complexes que subissent, dans l'organisme, les matières azotées.

L’acide urique, qui n’est qu’un produit excrémentitiel des matières azotées, ne parait pas être la forme à laquelle doivent s’arrêter ces matières avant d’être rejetées de l’organisme ; il n’est, en réalité, qu’un produit de combustion incomplète. L’état sous lequel les matières protéiques doivent être rejetées dans une nutrition normale, c’est l’état, d’urée : «L’oxygène du sang artériel, dit M. Dumas (1), en passant par les capillaires, y détruit, par une véritable combustion, les tissus devenus impropres à la vie; le carbone et l’hydrogène de ces tissus tendent, au moins en partie, à se transformer en acide carbonique et en eau, pour être rejetés parles poumons. Mais quelle forme prendra l’azote ? La combinaison la plus simple qu'il pourrait former serait l’ammoniaque; ce corps ne pouvant exister à. l’état de liberté dans l’économie, la nature a dû le modifier ; il lui a suffi pour cela de le mettre en rapport avec l’acide carbonique, et d’élinrner de cette combinaison les éléments de l’eau pour la transformer en urée. Ce principe étant inerte et soluble dans l’eau, peut passer sans le moindre danger dans le torrent delà circulation, et être recueilli et rejeté par les reins. Telle est l’origine de l’urée dans l’économie. On voit que c’est en quelque sorte un corps brûlé qui résulte de l’oxydation des matières azotées de l’économie. »

(1) Dumas, Traité de chimie, p. 542.

12 diathèse urique.

Les conditions de la formation de l’acide urique ne sont pas différentes de celles de l’urée ; c’est encore l’oxydation des matières a/otées qui y donne lieu, seulement cette oxydation est incomplète. Tous les auteurs sont d’accord sur ce point. Mais, aux dépens de quelles matières azotées se forme l’acide urique; est- ce directement aux dépens des produits albuminoïdes de l’alimentation? Est-ce aux dépens des tissus de l’organisme ou de quelques-uns d’entre eux? Là commencent les divergences.

D’après la théorie de Liebig (1) l’acide urique se formerait dans les tissus qui contiennent de la protéine, sous l’action de l’oxygène apporté par le sang. L’action chimique de l’oxygène sur les éléments de ces tissus formerait divers produits, parmi lesquels l’acide urique ; puis, si la quantité d’oxygène est plus considérable, la plus grande partie de l’acide urique sera convertie en urée, de telle sorte que les éléments azotés des tissus usés atteindront les émonctoires naturels sous une forme plus soluble. 11 résulte de cette manière de voir que, plus grande est la quantité d’oxygène qui circule dans les tissus, dans l’acte de la désassimilation, plus parfaite sera la conversion de l’acide urique en urée.

D’après cette théorie, la quantité d’acide urique devrait être directement en rapport avec la perfection de la respiration et l’abondance des globules sanguins, véhicules de l’oxygène, et aussi avec le genre d’alimentation (les aliments non azotés favoriseraient la production d’acide urique, parce qu’ils accaparent une grande partie de l'oxygène; les aliments azotés, en raison de leur moindre affinité pour l'oxygène, auraient une influence inverse, en permettant l’oxydation plus complète des matières azotées des tissus). En outre, dans des conditions égales de désassimilation , la quantité d’acide urique devrait être à peu près en rapport inverse de l’urée .

Certains faits confirment la théorie de Liebig, mais d’autres lui sont contraires. Ainsi, chez les oiseaux de mer, dont la respiration est très-active, c’est de l’acide urique, et non de l’urée

(1) Voy. Goldingr Bird, loe . cit., p. 109.

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