‹ De La Diffamation Et De Sa Répression Dans Le Droit AnglaisChapitre 4 sur 10 · F.) INTRODUCTION · texte numérisé non relu

F.) INTRODUCTION

quer le jugement bien connu d'Esope, qui disait, parlant de la langue: « C'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison; » mais qui reconnaissait aussi que « c'est la mère de tous les débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres » ; qu'« organe de la vérité, elle est aussi l'organe de l'erreur, et qui pis est, de la calomnie. »

Il s’est produit fatalement ce qu'il était aisé de prévoir. Noble institution dans l'esprit de ceux qui la voulurent, la liberté de la Presse est devenue dans la main de leurs concitoyens une arme de parti et de vengeance. Ils l'ont employée pour désorganiser la famille et la société, pour exciter au mépris et à la haine de l'individu et malheureusement ces excitations ont porté leurs fruits, crimes qui en sont trop souvent les conséquences visibles. Les outrages et les diffamations ont redoublé de fréquence et d'intensité ; les moyens les plus perfides ont été imaginés pour porter atteinte à la considération et à l'honneur : on a vu des succès enviés, de simples divergences d’opinion, même, faire naître les colères les plus basses et les injures les plus grossières ; souvent enfin, on a cherché vainement à expliquer la violence de la parole ou de l'écrit : le mobile de ce courroux est demeuré invisible, parce qu'il était inexistant. Aussi de tels excès ne pouvaient-ils être longtemps tolérés ; il fallait édicter d’énergiques sanctions, il fallait protéger l'individu parce que l'existence même de toute Société dépend de cette protection, et peu à peu, ces

esprits généreux qui réclamaient une plus grande liberté,

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revenus de leurs illusions, ont réclamé une plus forte répression.

Les pays étrangers ont, comme la France, traversé les mêmes phases, connu les mêmes agitations, les biens et les maux qu'elles ont apportés et se sont efforcés de conserver les uns, tout en faisant disparaître les autres. L'Angleterre, sol de toutes les libertés, comme elle se complait à le proclamer, a senti, elle aussi, qu'il ne fallait pas les confondre avec la licence et le désordre. Elle n’a pas voulu que les lois qui consacraient généreusement chez elle, le droit de penser et le droit d'écrire, pussent impunément servir de prétexte à l’outrage, à l'injure et à la diffamation. « Il n’est pas de bien dont la propriété soit plus précieuse que la réputation d’un homme, a ditun de ses jurisconsultes du siècle passé (4) : les mesures qu'elle a édictées pour empêcher qu'on y porte atteinte trop facilement, n'ont donné que plus de grandeur aux principes de liberté qu'elle a proclamés.

I faudrait être tout à fait pénétré de l'esprit anglais pour apprécier à sa juste valeur la législation britannique en matière de Presse. Comme toutes les autres, elle a ses décisions particulières qui conviennent au caractère propre de sa race. Si dans ses grandes lignes, elle se rapproche parfois de la nôtre, elle s’en écarte aussi à beaucoup

d’égards, car il est dans nos lois de nombreux points de

(1) Best. J. aff. de Crespigny c. Wellesley. 5. Bing. 406.

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