V. G. Gastrite chronique
Ce dernier cas est compris dans notre tableau statistique, malgré sa rubrique de gastrite ; nous le citons parce qu il n y a pas eu de vérification nécropsique, et que 1 auteur se demande lui-même s’il ne s'agit pas d’un cancer ; nous penchons, avouons-le, vers ce diagnostic.
La différenciation de la gastrite chronique et du cancer est le plus souvent facile. La gastrite reconnaît habituellement
pour cause l’alcoolisme ; son évolution est lente ; les liématémèses qui l’accompagnent sont rarement abondantes ; enfin, on obtient par un régime approprié une amélioration persistante que Ion n’observe pas dans le cancer. Il est cependant des cas, en particulier ces gastrites chroniques avec sclérose hypertrophique et rétro-péritonite calleuse, bien étudiées par Hanot et Gombault(i), dans lesquels l’existence d’une induration épigastrique peut en imposer pour une tumeur cancéreuse ; dans les faits de cet ordre, il est nécessaire de faire appel à tous les procédés de diagnose pour éviter une funeste erreur.
La recherche de l’urée pourra, en cette matière, servir d’utile adjuvant au diagnostic en détresse.
Voici un cas de gastrite chronique simple, dans lequel l’examen des urines est venu confirmer les données de la clinique :
Observation XXIV. — Dyspepsie chronique à forme gastralgique. Azotune normale. — Aut. (Jacques), 38 ans, serrurier (salle Saint- Lazare, n° 21, service de M. le professeur Grasset).
Pas d'hérédité cancéreuse.
Antécédents personnels : A eu la dysenterie en Afrique et l’a gardée plus d’un an (forme légère), mais n’a jamais présenté d'ictère ni de symptômes hépatiques. Alcoolisme : avoue une absinthe par jour et une tasse de café au rhum après chaque repas. A longtemps fumé tout un paquet de tabac par jour.
Souffre depuis huit ans de l'estomac. Douleur depuis le moment où il vient d'ingérer les aliments jusqu’au moment où il est obligé de les rendre ; cette douleur s'irradie de chaque côté de l’épigastre, mais ne se propage pas à la colonne vertébrale. La douleur cesse aussitôt après la restitution, et il éprouve alors un grand appétit ; pas de dégoût pour la viande ou les aliments gras. Vomissements
(1) Hanot et Gombault. Arch. de physiol., 1er avril 1882.
deux à trois fois par jour, survenant deux à quatre heures après les repas. Jamais d’hématémèse ni de mélæna. L’estomac n’a jamais été
ballonné. Constipation habituelle.
A l’examen, on constate un état général très satisfaisant ; pas d’amaigrissement ni de teint cachectique. L estomac, en état de vacuité, n’est pas douloureux à la pression ; pas de tumeur ni d’induration appréciable. Le foie présente des diamètres normaux, la
percussion n'en est pas douloureuse.
L’examen des urines sera rapporté plus loin ; 1 analyse des vomissements révèle une quantité normale d’acide chlorhydrique libre.
M. Grasset conclut à l’existence d’une dyspepsie chronique à forme gastralgique et prescrit le traitement suivant (le malade n’ayant pas voulu se soumettre au régime lacté): régime mixte; 4 cuillerées par jour d'eau chloroformée saturée et dédoublée: un demi-verre, avant et après chaque repas, d eau de Vichy (Hauterive) additionnée de 15 grammes de sulfate de soude par litre.
Le malade sort au bout de trois semaines, très amélioré et ne vomissant presque plus.
Voici maintenant le résultat de l’analyse des urines :
Dates
Urine
Urée
Chlorures
31 mars 1889
7 sr-63
1er avril —
Là