VÎ IV
— oo
Vomissements incoerc.
Dates Densité Urine
1er mai 1889 950 1020
Moyenne .
Urée Régime et observations
29 — 25 Arrêt des vomissements
24 gr. 46 d’urine.
Cette observation est une des plus démonstratives ; elle fait nettement saisir la différence qui existe, au point de vue des transformations organiques et des déchets qui les représentent, entre les sujets atteints de troubles digestifs dépendant d’une lésion stomacale de nature bénigne, comme l’ulcère, et les malades en possession d’une affection maligne telle que le cancer. Les premiers, à toutes les périodes de 1 affection, peuvent présenter un taux normal des produits azotés de l’urine ; les autres, quel que soit le siège du néoplasme, offriront toujours, à une période avancée de la maladie, une hypoazoturie marquée. Voici un sujet indiscutablement atteint d’ulcère de l’estomac : la longue durée de la maladie, la nature de la douleur, les rémissions constatées au cours de l’évolution morbide, l’absence de cachexie spéciale, permettent d’éliminer l’idée d’un cancer. Ce malade, au cours d’une crise gastrique caractérisée par de la douleur, des hématémèses et des vomissements incoercibles, continue à rendre 25 gr. 87 d’urée (moyenne des six analyses faites pendant les crises). Et pourtant les vomissements exercent une action sur la sécrétion urinaire: le jour où il commence à vomir, la quantité d’urine, qui oscillait quotidiennement entre 1100 et 2000 cc., tombe brusquement à 650 cc., pour remonter à 1250 cc. le jour où les vomissements cessent. Mais cette urine, dont la quantité a subi une si notable atténuation, présente une densité plus considérable qu’auparavant ; quand la crise commence, cette densité s’élève de 1010 à 1030, pour redescendre a 1014 quand la crise prend fin. Enfin, le chiffre de l’urée, dont le
taux par litre avait varié antérieurement entre 11 et 15 gr., atteint pendant la crise l’énorme proportion de 46 gr. par litre, et revient aussitôt après au chiffre de 23 gr. 4.
Si nous résumons les cinq observations qui précèdent, nous voyons des sujets, atteints manifestement d’ulcères de l’estomac dont ils présentent le syndrome au grand complet, rendre pourtant des chiffres quotidiens de 28, 23, 39, 34 et 24 gr. d’urée (moyenne de 20, 13, 9, 6 et 12 analyses consécutives).
Nous pouvons donc, en terminant ce chapitre, conclure sans aucune exagération :
Dans les cas où les symptômes classiques sont insuffisants à établir le diagnostic différentiel du cancer de l’estomac et des autres affections de cet organe, il faut, sans négliger les divers procédés d’investigation récemment proposés (recherche de l’adénopathie sus-claviculaire, de la leucocytose et de l’acide chlorhydrique libre), accorder au chiffre de l’azoturie quotidienne une importance diagnostique toute spéciale.