CHAPITRE IV
IMPORTANCE DE LA RECHERCHE DE L URÉE AU POINT DE VUE DU DIAGNOSTIC ET DU PRONOSTIC OPÉRA¬ TOIRE DES TUMEURS ABDOMINALES.
Il n’est nul besoin, pour entrer en matière, de faire ressortir l’importance d’une appréciation exacte de la nature des tumeurs abdominales. Depuis que le péritoine, grâce à la pratique de l’antisepsie, a perdu son caractère antique de « noli me tangeve », depuis qu’il est devenu un champ opératoire fertile en succès, cette question de diagnostic a pris un essor nouveau et tenté une fois de plus 1 esprit d investigation des cliii uigiens.
Le problème offre un puissant intérêt ; suivant que l’analyse des caractères présentés par le néoplasme permettra de conclure à une tumeur bénigne ou maligne, le chirurgien pourra poursuivre l’œuvre opératoire jusqu aux limites les plus extrêmes, ou entourera des restrictions les plus justifiées 1 opération la mieux conduite.
Nous allons rechercher si la méthode de Rommelaere peut fournir un critérium suffisant de la nature de ces tumeurs.
Un distingué chirurgien de Bruxelles, M. Thiriar, a fait, 1 un des premiers après Rommelaere, 1 application de cette méthode au diagnostic des tumeurs abdominales ; il a développé ses
conclusions aux Congrès de 1885 eL de 1886. Pour lui, le procédé de Rommelaere donne la mesure exacte et la certitude a o ue de la bénignité ou de la malignité des néoplasmes. L’analyse des urines et surtout la recherche de l’urée, peuvent rendre les plus grands services dans le diagnostic des néoplasmes de l’abdomen : dans les tumeurs bénignes, le chiffre de l’urée est toujours supérieur à 12 gr. par jour (sous bénéfice des exceptions formulées par Rommelaere) ; dans les tumeurs de mauvaise nature, il diminue progressivement et finit par rester inférieur à 12 grammes.
Dans un intéressant travail publié, en 1888, dans la Revue de chirurgie, et relatif au traitement des affections chirurgicales des reins, le même chirurgien fait une application spéciale de la méthode au diagnostic des tumeurs des reins.
Enfin, l’année dernière, notre maître, M. le professeur Tédenat, a fait sur ce sujet une intéressante communication à la Société de médecine et de chirurgie pratiques de Montpellier.
Nous avons eu l’occasion de pratiquer un certain nombre d’analyses chez 22 malades atteints de tumeurs abdominales qui peuvent se classer de la façon suivante :
13 tumeurs bénignes, à savoir : 8 kystes ovariques, 1 salpingite hémorragique, 1 cas d’hématométrie avec hématocolpos, 1 leucocythémie à forme splénique, 1 fibrome du col utérin, 1 fibro-myome des ligaments larges.
9 tumeurs malignes, ainsi réparties : 6 cancers du col utérin,
1 épithélioma vésical et 2 cancers du rectum.
Nous allons essayer de retirer de ces matériaux quelques notions d’utilité pratique.
La question dont nous nous occupons peut, semble-t-il, être envisagée ici sous un double point de vue :
1° La diminution de l’urée est-elle constante et significative dans les tumeurs malignes de l’abdomen ?
3° L’hypoazoturie, quand elle existe, a-t-elle une importance au point de vue du pronostic opératoire des tumeurs abdominales ?
\ - VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE DE L HYPOAZOTURIE
Pour ce qui est des tumeurs bénignes, la loi de Rommelaere s est vérifiée dans toutes nos observations ; 1g chiffre de 1 uiée est toujours resté supérieur à 12 grammes ; sauf, bien entendu, les cas oii une cause indépendante de l’affection principale est venue modifier la quantité d urée quotidiennement excrétée.
Chez T malades, nous avons trouvé les moyennes suivantes : 16 gr., 26 gr., 18 gr., 28 gr., 21 gr., 28 gr
27 gr.
Observation XXXI. — Kyste uniloculaire de V ovaire gauche; ovariotomie ; guérison. — Br. (Anaïs), *29 ans, ménagère^ entie, le 23 avril 1888, dans le service de M. Tédenat (salle Notre-Dame, n° 19). Mère morte en couches, père diabétique ; 6 frères ou sœurs morts en bas âge. Jamais malade. Réglée à 13 ans ; menstruation régulière, peu abondante (3 jours), pas de leucorrhée. Mariée à 21 ans; pas de grossesse.
Début, il y a trois ans, par des hémorragies utérines répétées, sans leucorrhée ni douleur. Un médecin constata, il y a neuf mois, dans le flanc gauche, une tumeur dont la malade ne s était pas aperçue. Accroissement progressif sans douleur et sans nouvelles hémorragies. Rien du côté de la vessie ni du rectum , pas de poussées de péritonite partielle, pas de ponction.
L’abdomen a le même volume qu au sixième mois de la grossesse , il est uniformément arrondi. Au palper, on sent une tumeur molle et réni tente, qui occupe à peu près la partie médiane de 1 abdomen et empiète principalement sur le coté gauche. Au toucher, on constate que l’utérus est en arrière de la tumeur et que celle-ci est mobile.
M. Tédenat diagnostique un kyste de l’ovaire et pratique l'ovariotomie le 13 mai, cinq jours après la menstruation. Opération facile:
la température ne dépasse pas 38,5 les jours suivants ; légère hémorragie utérine au troisième jour; rétention d’urine durant un mois. Ablation des fils au 10e jour. Sort guérie le 10 juin.
Dates
Urine
Urée
Chlorures
Régime et Observations
avant l’opération
11 Mai 1888
llff06
Mixte
après l’op. (1)
16 Mai 1888
T. s. 38,4 Alim. liquide
A pyrexie —
2 Juin 1889
Moyenne. . .
Pas d’albumine avant l’opération ; 0sr-, 20 — 0sr-,25 d’albumine à partir du 3e jour.
Observation XXXII. — Kystes des deux ovaires. Ovariotomie double. Guérison. — Ursule Tarb., 32 ans, entre le 18 juin 1888 dans le service de M. Tédenat (salle Sainte- Elisabeth, n° 1). Réglée à 14 ans ; menstruation régulière et abondante. Mariée à 18 ans ; 2 grossesses, dont une gémellaire, à 21 et 22 ans ; accouchements faciles ; suites de couches régulières.
Début en janvier 1887 ; douleurs, dysurie, développement progressif du ventre. Pas de vomissements ni de symptômes de néphrite. En novembre, ponction donnant issue à 6 litres et demi de liquide noirâtre et épais. Menstruation régulière.
(1) Nous pouvons garantir la rigoureuse exactitude des chiffres représentant la quantité totale des urines après les ovariotomies; 1 urine est en etlet, chez toutes nos opérées, recueillie par cathétérisme, pendant cinq ou six jours.
L'abdomen a le volume d’une grossesse à terme; il n’est pas douloureux à la palpation, qui révèle l’existence de deux tumeurs liquides, fluctuantes, arrondies, mobiles. L utérus est, lui aussi, mobile et situé très haut.
Ovariotomie le 20 juin, cinq jours après la fin de la menstruation. On trouve deux kystes, un sur chaque ovaire, renfermant tous les deux un liquide chocolat ; pas d adhérences.
Pas de complications ; métrorragie légère du 23 au 30, accompagnée de vomissements. Sortie 10 juillet.
Dates
Urine
Urée
Chlorures
(après l’opérât.)
21 Juin 0,450
(incomplètes)
(par litre)
Moyenne 26,64 Pas d’albumine.
Régime et observations
m. 38°; s. 38,2 Diète
m. 38,3; s. 38,8 Champagne, lait m. 38,3 ; s. 38,5 —
Observation XXXIII. — Kyste uniloculaire de l’ovaire gauche , avec ascite. Ovariotomie. Guérison. - Jal. (Augustine), 16 ans. Entre le 29 septembre 1888 dans le service de M. Forgue (salle Notre-Dame,
Bonne santé habituelle. Réglée à 14 ans; ballonnement du ventre, douleurs et vomissements à chaque menstruation.
Le ventre a commencé h grossir en janvier 1888 ; développement progressif et sans douleur; suppression des menstrues. Dix ponctions à gauche, dans le cours des deux derniers mois ; issue de sérosité citrine. Pas de douleurs lombaires, pas de vomissements, aucun signe de néphrite.
La malade est maigre et pale. Ventre énormément développe et étalé sur les cotés ; grosses veines superficielles ; ombilic saillant ; liffne brune ; — 83 centimètres entre les deux épines iliaques, 61 centimètres entre l’appendice xyphoïde et le pubis.
Au palper, fluctuation superficielle, matité au niveau des flancs ; en examinant les parois abdominales on sent profondément une tumeur dure et arrondie.
Diagnostic : kyste de l’ovaire avec ascite abondante.
Ovariotomie le 4 octobre. Après évacuation de 16 ou 18 litres de liquide ascitique, M. Forgue enlève le kyste, qui est uniloculaire, gros comme une tête d’adulte, arrondi, peu adhérent.
La convalescence n’est troublée que par la formation d’un volumineux abcès pariétal.
Date Urine Urée Chlorures avant l’opérât.
30 septembre 0,260
j^cr
octobre 0,320
Moyenne
après l’opérat.
IO
octobre 0,550
Moyenne
Ni albumine, ni sucre ; urates.
Régime et observations
Mixte. — Appétit.
m. 37,5; s. 38,5 Alim. liq.
Observation XXXIV. - Kyste de l’ovaire. Ovariotomie. Guérison. (Communiquée par M. le professeur Tédenat). — M. Tédenat a opéré, le 8 novembre 1888, une dame de 39 ans, atteinte d’un kyste uniloculaire de l’ovaire gauche. L’opération, d’une parfaite simplicité, n a pas duré plus de dix minutes : la malade a guéri en vingt jours.
L’analyse des urines, que nous avons pratiquée avant 1 opération, a donné les chiffres suivants : Quantité d’urine, 1100; urée, 28 gr. 16, chlorures, 10 gr. 23 ; pas d’albumine.
Observation XXXY (1). — mie , abrasion des végétations.
Tumeur végétante de V ovaire; laparato- — C... (Alexandrine), 46 ans , entre le
(1) Cette observation est résumée d’après les notes qui nous ont ete par notre cher collègue et ami L. Bourguet.
fournies
5 mars 1889, dans le service de M. le professeur-agrégé Forgue (salle Notre-Dame, n° 27).
Bonne santé antérieure. Menstruation régulière ; trois grossesses normales. Son ventre a commencé à grossir il y a un an et demi , en décembre 1888, une ponction donne issue a 15 litres de liquide foncé.
A son entrée, on arrive à percevoir une tumeur profondément située, cachée sous une épaisse couche de liquide ascitique. Le 20 mars, on retire par ponction 11 litres 600 d’un liquide chocolat, riche en globules sanguins ; on perçoit alors nettement une tumeur bosselée, étendue de la fosse iliaque gauche à l’hypochondre droit, et fluctuant en ce dernier point. Au toucher, on sent des masses bosselées dans le cul-de-sac postérieur. Le diagnostic de tumeur végétante de l’ovaire est posé.
Le 10 avril, les règles, attendues à ce moment, n'apparaissent pas. Reproduction de l’ascite et œdème des membres inférieurs.
Opération le 24 avril. Ablation d’une énorme tumeur végétante, implantée sur le ligament large du côté droit, présentant dans sa partie droite plusieurs kystes volumineux qui renferment un liquide jaunâtre et muqueux. La cavité des kystes est tapissée de végétations transparentes et friables. La cavité du petit bassin est toute remplie de masses végétantes analogues, dont l’abrasion est longue et pénible.
Nous ne pouvons insister sur les détails de cette remarquable observation, encore en cours d’ailleurs. Elle fera l’objet d’un travail spécial qui sera d'un haut intérêt, d’abord par suite de la rareté relative de cette variété de tumeurs et, de plus, en raison du procédé de suture qui a été mis en usage par M. Forgue. Nous nous bornons, pour notre part, après avoir donné quelques détails intéressant le diagnostic, à rapporter le résultat des analyses d’urine que nous avons pratiquées avant l’opération :
Dates
Urine
Urée
Chlorures
mars 1889
19 gr. 04
Moyenne. . .
21 gr.
Traces d’albumine; pas de sucre.
Observation XXXYI. — Imperforation de l’hymen ; rétention menstruelle; incision. Guérison. — Fric. (Lucie), 19 ans, domestique, entre le 28 mai 1888 dans le service de M. Tédenat (salle Notre-
Dame, n° 23). C’est une robuste fille de la campagne, qui n’a jamais été réglée. Depuis l’âge de 14 ou 13 ans, elle éprouve tous les mois, à époque fixe, un molimen consistant en une sensation de pesanteur abdominale, un gonflement des seins, des difficultés pour la miction, du nervosisme, tout cela sans écoulement menstruel.
Depuis deux mois elle ne peut travailler, à cause de la gêne causée par une tumeur abdominale dont le début remonte à l’âge de 14 ans
et qui s’est accrue progressivement, sans douleur, sans altération de l’état général. La jeune fille a constaté, depuis la même époque, l’existence d’une tumeur molle et dépressible, faisant saillie à la
vulve.
A son entrée, l'examen du ventre révèle la présence d’une tumeur molle, allongée dans le sens vertical, remontant jusqu’à l’ombilic, occupant de préférence le côté droit de l’abdomen, enfin descendant
jusqu’à la vulve, où l'on trouve une saillie tendue, rénitente, recouverte d’une membrane rougeâtre, constituée par l’hymen imperforé.
. Opération le 6 juin, quelques jours après une période de menstruation virtuelle. Incision antiseptique de l’hymen , vasculaire et épaissi ; évacuation lente et progressive de 1 litre et demi ou 2 litres d’un liquide noirâtre et poisseux, qui occupe une vaste cavité constituée par les cavités vaginale et utérine, réunies sans aucune ligne de démarcation. Le col utérin, séparation naturelle entre le vagin et la cavité de l’utérus, n’existe pas ; chacune des deux cavités a la forme conique, et le cône utérin, à base inférieure, coiffe le cône vaginal dont la base est en haut. Excision d’un lambeau circulaire d’hymen. Pansement antiseptique et occlusif. Lavages antiseptiques les jours suivants. Pas la moindre réaction. Sort guérie le douzième jour.
Une seule analyse d’urines avant l’opération :
Urine, 0 litre 930 ; urée, 28 gr. 31 ; chlorures 9 gr. 78 ; pas d’albumine, léger dépôt de mucus.
Observation XXXVII. — Leucocythémie à forme splénique. Vidal (Paul), 44 ans, salle St-Eloi, n° 37, service de M. Dubrueil.
Ce malade, dont notre ami, M. le professeur-agrégé E. Estor, a
publié l’observation il y a quelques mois (1), n'a jamais eu les fièvres ; il a constaté, depuis le mois de mai 1888, que la région de l’hypochondre gauche prend un développement chaque jour plus considérable ; la tuméfaction s’est produite sans douleur ; elle s’est accompagnée de quelques troubles digestifs (nausées, pesanteur à l'épigastre après les repas, diarrhée habituelle) et d’amaigrissement.
Au moment où nous l'observons (juillet 1888), l’amaigrissement est déjà notable ; le malade a un teint terreux, il souffre peu, mais digère mal ; les chevilles sont enllées depuis quelques jours. On constate, au niveau de la région splénique, un énorme gâteau qui donne de la matité à la percussion et, au palper, l’impression d'une masse solide possédant une mobilité assez grande. L’examen du sang révèle une proportion d'un globule blanc pour cinq globules rouges. Foie normal. Pas d’adénites.
Une seule analyse d’urine, à la date du 20 juillet, donne comme résultat : urine 1 litre; urée 27 gr. ; chlorures 13 gr. 8 ; traces d’albumine tenant à la présence de quelques globules blancs ; léger dépôt d’urates.
Le malade sort dans le courant du mois d’août; il rentre, tout à fait cachectique, le 10 septembre, en proie à des hémorragies par diverses voies, et meurt exsangue le 12.
A l’autopsie, on constate que la rate pèse 4300 gr.
Dans toutes les observations que nous venons de rapporter, la tumeur était indemne de complications; le néoplasme bénin constituait toute la maladie.
Chez les six autres malades, et malgré la nature bénigne de la tumeur, il existait de rhypoazoturie : c’est que, dans tous ces cas, la tumeur abdominale s’accompagnait de néphrite. Or, nous l’avons vu, les altérations parenchymateuses du rein ont la propriété de provoquer une diminution de 1 excrétion azotée.
(1) E. Estor. Leucocy thémie splénique à forme hémorragique (Gaz. hebd. de Montpellier, décembre 1888, p. 565.)
Observation XXXVIII. — Fibrome utérin ; rachitisme ; grossesse; néphrite. — Var. (Louise), 23 ans, entre, en septembre 1888, dans le service de M. F orgue (salle Notre-Dame, n° 21). C’est une naine rachitique, de 1 m. 14 c. de hauteur, pesant 30 kilos 500, et absolument inintelligente. Elle a accouché l’année dernière à la Maternité, et les détails concernant son histoire ont été reproduits dans un intéressant mémoire de notre ami M. L. Bourguet (1).
Malgré un rétrécissement du bassin, qui réduit le diamètre promonto-sous-pubien à 8 centimètres, et grâce à l’accouchement prématuré artificiel, elle a pu mettre au monde, à 7 mois et demi, un enfant qui a vécu quelques mois.
Elle a été envoyée fin juillet à la Maternité pour une rétention d’urine et de violentes douleurs abdominales, et n’a pu fournir aucun renseignement dans l’interrogatoire très minutieux qu on lui a fait subir. Pendant le mois qu’elle a passé en observation, on a pratiqué les cathétérismes quotidiens et on a constaté la présence d’une tumeur abdominale pour laquelle on fait passer, en septembre, la malade à la clinique chirurgicale.
Il existe des douleurs intenses et continues dans l’abdomen. L excavation est occupée par une tumeur dure et assez volumineuse ; le col utérin est ramolli, aplati et reporté très haut derrière la symphyse. Dans l’abdomen, on constate aussi la présence d une tumeur arrondie, peu tendue et médiane ; la vessie, située au-devant d elle, remonte à un travers de doigt au-dessus de la symphyse ; pas de battements fœtaux.
Le 20 septembre, laparatomie exploratrice; on tombe sur un utérus gravide, en arrière et au dessous duquel se trouve la tumeui solide qui a été signalée dans l’excavation.
La femme avorte le 30 septembre et, dès ce moment, on ne constate plus que la tumeur pelvienne, dure et incompressible, dont on peut, grâce à une pression assez forte de bas en haut, provoquer l’ascension dans l’abdomen. Pas d’intervention.
Sort en parfaite santé, le 7 décembre.
(1) L. Bourguet. Quatre cas d’accouchement prématuré , provoque. (Gaz. hebd de Montpellier, 7 mars 1888, p. 124),
Dates
Urine
Urée
Régime
et observations
sept . 1888
gr. 7
38,5 Bouillon
Moyenne ... 7 ffr- 81
3 déc. 1888 0,900 12 sr- 6 Apyrexie. Rég. mixte.
Albumine 0 gr. 15 par litre ; cylindres granuleux.
Les cinq autres observations, dont le détail sera donné dans le second paragraphe de ce chapitre, ont trait à :
1° Une femme atteinte de kyste de l’ovaire compliqué de tuberculose pulmonaire et de lésions rénales (13 gr. d’urée);
2° Une femme atteinte d’hémato-salpingite compliquée de néphrite (14 gr. 30 d’urée) ;
3° Une femme offrant une tumeur solide des ligaments larges, avec néphrite concomitante (7 à 8 gr. d’urée) ;
4° Une femme atteinte de kyste mucoïde de l’ovaire avec néphrite (12 gr. 30 d’urée) ;
5° Une femme atteinte de kyste de l'ovaire avec ascite et lésions rénales (6 gr. 73 d’urée).
Mais, si la loi de Rommelaere s’est vérifiée à la lettre dans les cas de tumeurs bénignes, il n’en a pas été de meme de la proposition relative aux tumeurs malignes. Réelle dans un certain nombre de faits, l’hypoazoturie a fait défaut dans quelques autres. Voici, à cet égard, les observations que nous avons recueillies :
Observation XXXIX. — Cancer de l’utérus, cachexie , néphrite. — Lal..., 32 ans (salle Notre-Dame, n° 10), est atteinte d’un épithélioma utérin, qui a détruit une grande partie du col de l'utérus et envahi le vagin. Elle est très pâle, maigre, cachectique, et présente depuis une semaine, quand les urines sont analysées, de 1 1 rétention d'urine traitée par des cathétérismes quotidiens. L’analyse, pratiquée le 10 mai 1888, révèle les chiffres suivants :
Urine, 0 1. 800 ; acide ; densité, 1,010 ; urée, 8 gr. 88 ; chlorures, 1 gr. 68 ; phosphates, 1 gr. 54 ; albumine, 0 gr. 10 ; sucre, 0.
Il survient dans la suite des poussées sucessives de phlegmatia alba dolens dans le membre supérieur et le membre inférieur gauches, et la malade meurt cachectique le 10 juillet.
A l’autopùe, on constate que le col utérin est détruit en totalité ; le corps de l’utérus commence à être envahi ; la paroi antérieure du vagin est profondément infiltrée de matière épithéliomateuse.
Légère pelvi-péritonite au niveau des annexes de 1 utérus.
Les uretères sont dilatés ; le rein droit est normal ; le rein gauche présente des abcès multiples et un noyau cancéreux arrondi vers sa partie inférieure ; pas d’hydronéphrose.
Rien dans les autres organes.
Observation XL. — Cancer du col de l’utérus , cachexie. Marie Am..., 40 ans (salle Notre-Dame, n° 10), indemne d hérédité cancéreuse, est réglée régulièrement depuis l’âge de 14 ans ; mariée à 20 ans, elle a eu quatre enfants et a fait une lausse couche ; la dernière grossesse remonte à quatre ans.
En janvier 1888, perte abondante survenant après les règles et durant quatre ou cinq jours ; à partir de cette époque, fréquentes métrorragies pendant six mois. — Douleurs continuelles. Pertes blanches fétides survenues depuis la disparition des métrorragies. Amaigrissement, pas de symptômes de néphrite, urine plus souvent
qu’avant d’être malade. Jamais d’œdèmes.
Etat le 2 novembre 1888 : Pâleur, amaigrissement, cachexie. Le col présente une tumeur champignonneuse, grosse comme une mandarine, ulcérée, à surface irrégulière et tomenteuse. L utérus est peu mobile ; on constate une induration péri-utérine dans le cul-desac droit. Le vagin n’est pas envahi. La palpation du rein dioit révèle un peu de néphromégalie.
Curage et cautérisation au thermo-cautère le 6 novembre ; puis, attouchements répétés avec une solution de chlorure de zinc au dixième. Quitte l'hôpital, légèrement améliorée, le 25 novembre.
Dates Urine
3 novembre 1888 0,850
Moyenne .
Traces d’albumine.
Urée
Chlorures
Régime
Mixte
d’urée
Observation XLI. — Cancer du col de U utérus ; hystérectomie ; mort. — Mart. (Clémentine), 50 ans, entre le 13 novembre 1888 dans le service de M. le professeur Tédenat (salle Notre-Dame, n° 11).
Pas d’hérédité cancéreuse. Réglée de 12 à 48 ans ; règles régulières, durant 3 ou 4 jours, peu abondantes ; pas de pertes blanches. Deux grossesses normales à 29 et 34 ans ; pas de fausses couches.
Pertes blanches depuis deux ans ; douleurs abdominales depuis 5 ou 6 mois. Hémorragies abondantes durant la semaine qui a précédé son entrée. Aucun symptôme de néphrite.
Femme pâle, mais non cachectique ; leucorrhée à odeur fétide caractéristique. Col utérin peu volumineux, dur, ligneux, mamelonné, ulcéré. Utérus suffisamment mobile, de volume normal. Cul-de-sac droit légèrement envahi par un bourgeon cervical.
Dates
Urine
Urée
Chlorures
Régime
15 novembre 1888
15 gr. 16
Mixte
Moye
nne.
. 17 gr- 96
Après quelques jours de préparation par des injections chaudes à l’acide borique, M. Tédenat pratique une hystérectomie vaginale et laisse à demeure sur les ligaments larges les grandes pinces de Richelot.
ha malade meurt le surlendemain, avec des vomissements, des douleurs violentes et du collapsus. Pas d’autopsie.
Durant les 24 heures qui suivent l’opération, elle ne rend que
30 grammes d’urine blanchâtre contenant 0 gr. 08 d’urée, 0 gr. 066 de chlorures, et une telle quantité de globules graisseux qu’il semble impossible d’attribuer leur présence à l’huile qui a servi à graisser la sonde.
Cette anurie n’est pas définitive; pendant les 24 heures qui précèdent la mort, la sécrétion rénale donne les chiffres suivants: urine 0 gr. 800; coloration ambrée; urée 12,87; chlorures 1,39 ; traces d’albumine.
L’examen delà pièce, pratiqué parM. le professeur Kiener, affirme l’existence d’un épithélioma tubulé.
Observation XLII. — Cancer inopérable du col de l’utérus. — Br. (Madeleine), 41 ans. Entre, le 13 novembre 1888, dans le service de M. Tédenat (salle Notre-Dame, n° 12). Pas d’hérédité cancéreuse, pas d’arthritisme.
Réglée à 13 ans ; menstruation régulière, encore persistante ; pas de leucorrhée habituelle. Mariée à 23 ans ; 4 grossesses normales, la dernière datant de 11 ans; couches faciles ; jamais de maladies utérines.
Début, il y a 14 mois, par une métrorragie abondante ; pendant cinq ou six mois, hémorragies quotidiennes; douleurs h l’hypogastre, à la région lombaire, aux cuisses; constipation, paresse vésicale sans cystalgie. — Pertes blanches fétides depuis deux mois. — Amaigrissement, insomnie ; jamais d’œdème. Pas de signes de lésions rénales.
Teint terreux et jaune-paille. Leucorrhée très fétide. Col dur, volumineux, mamelonné, facilement perméable au doigt dans toute son étendue. Utérus immobilisé ; indurations péri-utérines ; cul-de-sac droit envahi parla néoformation; paroi postérieure du vagin infiltrée dans l’étendue d’un centimètre.
Traitement : injections chaudes avec une solution de chloral à 1 p.