DÉTERMINATION DE LA SOLUBILITÉ DES SELS
On détermine la solubilité des sels, à une température donnée, en saturant, à cette température, une même quantité d'eau des différents sels, et en recherchant les quantités de ces sels qui se trouvent en dissolution.
Gay-Lussac a donné deux procédés qui permettent d’obtenir une dissolution parfaitement saturée :
1° En faisant chauffer l’eau avec un excès de sel, et la laissant refroidir jusqu’à la température pour laquolle on cherche la solubilité ;
2" En mettant dans l’eau froide un grand excès de sel, et en élevant graduellement la température.
Dans ces deux procédés, il faut maintenir constante la température
M) Traité élémentaire de chimie, de Lavoisier, tome II, page 423,
finale, pendant deux heures au moins. Gay-Lussac s’est assuré que ces deux méthodes donnent les mêmes résultats.
On détermine ensuite les quantités de sels dissous aux différentes températures à l’aide d’un ballon de 150 à 200 cent, cubes, dont le col a une longueur de 15 à 20 centimètres. Ce ballon est pesé vide, rempli au quart de la dissolution saline, puis pesé de nouveau.
Pour évaporer l’eau, on prend le ballon par le col avec des pinces, et on le tient au-dessus d’un fourneau allumé, en le maintenant sous un angle d’environ 45°, pour éviter que le sel soit projeté au dehors; on agite continuellement pour favoriser l’ébullition et prévenir les soubresauts. Lorsque la masse saline est desséchée et qu’il ne s’en dégage plus de vapeur d’eau, à une température voisine de la chaleur rouge, on souffle dans le matras avec un tube de verre adapté à un soufflet, pour en chasser la vapeur aqueuse ; on laisse refroidir le matras et on le pèse.
On connaît ainsi les quantités de sel et d’eau qui forment la dissolution, dont on représente la composition en supposant la seconde de ces deux quantités égale à 100.
Quelques sels se décomposent pendant la dessiccation, tels sont les chlorures de magnésium et d’aluminium, l’azotate de chaux, la plupart des sels ammoniacaux, etc. On obtient alors la quantité de sel anhydre qui se trouve dans un poids connu de sa dissolution saturée, en déterminant, par l’analyse, la quantité de base ou d’acide contenue dans la liqueur.
C’est ainsi que la solubilité des chlorures de magnésium et d’aluminium peut être mesurée en décomposant leur dissolution par l’azotate d’argent en excès et pesant le chlorure d’argent produit.
MM. Michel et Krafft avaient proposé de déterminer la solubilité des sels en se basant sur la densité des dissolutions salines; cette méthode est mauvaise, car la densité d’une solution saline n’est pas proportionnelle à la quantité de sel qu’elle contient.
Terminons ce rapide exposé des procédés propres à déterminer la solubilité des sels, en faisant remarquer que l’on pourrait encore y arriver en déterminant l’indice de réfraction des dissolutions.
En effet, la formule connue :
permet de calculer le poids p t du sel dissous dans 100 parties d’eau, pourvu que l’on connaisse l’indice de réfraction N de la dissolution, n celui du sel solide, et n ' celui de l’eau, ainsi que les densités D et d de la dissolution et du sel solide.
Beaucoup de chimistes se sont occupés de la solubilité des différents sels; M. Poggiale(l), entre autres, a publié en 1843 un Mémoire important sur ce sujet. Les nombres trouvés par les différents expérimentateurs ne concordent pas la plupart du temps. Nous avons entrepris, depuis quelques mois, de nouvelles expériences et, malgré le soin que nous y avons apporté, malgré les nombreuses expériences que nous avons faites, nous n’avons pu, nous aussi, tomber d’accord avec nos devanciers. La méthode que nous avons employée est la méthode chimique, plus rapide et plus exacte que la méthode par évaporation. Nous allons maintenant vérifier les nombres que nous avons obtenus en déterminant l’indice de réfraction des solutions salines saturées. Nous espérions pouvoir donner ici un aperçu de ce travail; mais, malgré tous nos efforts, nous n’avons pas encore obtenu des résultats assez positifs pour pouvoir les exposer ici. Néanmoins, nous pensons que nous n’aurons pas travaillé inutilement cette question pendant près d’une année et que, dans quelques mois, nous pourrons donner des résultats positifs.