DEUXIÈME PARTIE
efforcés de réaliser, en fait, les principes que la doctrine avait posés en droit. Les États, sentant la nécessité d'imposer à leur action des règles précises, avaient élaboré à Bruxelles, en 1874, un véritable code de la matière que les deux Conférences de la Paix, en 1899 et 1907, avaient complété et auquel elles avaient apporté une consécration plus solennelle encore. Tout paraissait donc réuni pour que les guerres futures ne déversassent plus, en dehors des limites assignées par le droit et l'équité, les maux que, tant de fois, l'humanité avait eu à déplorer au regard des innocents. Il était réservé à la barbarie d'un peuple d’annihiler, dans la plus meurtrière des luttes que le monde ait connues, tant de laborieux et persévérants efforts. La Prusse, dont l’histoire a donné déjà tant de preuves d’une mauvaise foi et d'une pertidie insignes, s'était déjà distinguée en 1870 par son peu de souci du droit des gens. Dominatrice de l'Allemagne qu'elle a moulée à son image, elle a, dans la guerre par elle savamment ourdie et provoquée, érigé en principe le mépris absolu de toute autre règle que ses propres convenances. Convaincue qu'elle trouverait dans son amoralité un facteur puissant de succès, dans un terrorisme méthodiquement calculé un titre au respect craintif de ses adversaires, elle a proclamé le règne de la violence et de la force illimitées sans aucunes bornes ni sans aucuns freins. Les résultats, le monde entier les connaît aujourd'hui. Ce sout ces attentats sans nom, ces
dévastations de dilettante qui ont donné à la culture al-
lemande sa véritable signification et en ont fait un objet de réprobation pour la conscience universelle.
Devant un pareil anéantissement, on a pu se demander ce qu'était devenue la notion même du droit des gens, Et l'esprit angoissé en vient à se poser la question de savoir s'il convient de s'occuper encore de ces règles d'un aspect purement spéculatif, qui, édictées pour humaniser la guerre, n’ont pu supporter l'épreuve de la réalité du conflit présent, nous faisant assister ainsi à une véritable régression dans l’histoire de la civilisation.
On aurait tort de désespérer et il ne faut pas se laisser influencer par des impressions qui, quelque troublantes qu'elles soient, n’iraient pas, en réalité, au fond des choses. Il est facile de dénigrer le droit en présence des atteintes qu’il subit et qui paraissent l'avoir à jamais anéanti. Il convient, poursuivant scientifiquement l'œuvre de réparation nécessaire, de lui restituer toute sa valeur.
Comme l’a si justement écrit, il y a peu de temps, un éminent internationaliste, «le droit des gens, après tout, mérite qu'on ne l'oublie pas tout à fait. Il représente l'un des côtés les plus élevés de la civilisation. Lorsque des Etats se résolvent à soumettre leurs rapports à des règles fixes, empreintes de justice et de loyauté, on peut dire qu'ils forment un monde civilisé, car le signe le plus certain de la civilisation est bien de placer la raison et le droit au-dessus de la force. Que si, au milieu même
des combats, quelques lois sont volontairement obser-