‹ De la distribution de la richesseChapitre 6 sur 7 · COURS O’écONOllIE fOlftlQUE · texte numérisé non relu

COURS O’écONOllIE fOlftlQUE

la gl ande question de la rente lerriioi-iale, si on ne voit dans la rente, à l'imitation de certains auteurs, qu'un fait de peu d’importance.

Je reviens donc à mon exemple. Le propriétaire qui percevait quarante hectolitres de blé, se trouvera en avoir quarante, plus la différence des profits, qui de 10 0/0 sont tombés à 6 0/0. Il aura donc pins de blé qu’il n’en avait auparavant.

Mais, en même temps, reraarqnez-le bien, pourquoi est-on amené à cultiver des terres de qualité inférieure? Parce que le prix du blé s’est élevé. Et à quel prix le propriétaire vendra-t-il le sien? Au prix du blé le plus chèrement produit.

Il gagnera donc de deux façons, ainsi que je le disais.

C’est là une différence entre le propriétaii-e et le fermier, car, retournez la médaille, supposez le prix des denrées baissant, la rente territoriale baissera, c’est évident.

Vous en avez eu un exemple frappant en Angleterre, à la paix de 1814. Sans doute les fermiers ont été victimes du changement tant que les baux ont duré, mais une fois les baux expirés, ils ont été renouvelés à un moindre taux.

Le prix des denrées baissant, la rente territoriale baissera donc, et le propriétaire perdra de deux manières, comme il gagnait de deux manières, dans l’autre hypothèse. Il recevra une moindre quantité d’hectolitres, et vendra chaque hectolitre moins cher.

Le fermier, au contraire, pourra trouver dans l’abondance des produits une compensation à la baisse des prix. Mais, quant au propriétaire, scs gains Ct ses pertes augmentent toujours sous ce double point de vue, sauf les variations que peut produire, en pratique, la stipulation des fermages en argent plutôt qu’en nature.

II faut donc le dire, les intél-étades capitalistes et les intérêts des propriétaires fonciers se tournent le dos, passez-moi l’expression un peu triviale! ils ne sont pas du tout les mêmes. La rente hausse lorsque les profits baissent, et elle baisse lorsque les profits haussent.

On aurait tôrt d’en conclure qu’il y a hostilité permanente entre les propriétaires fonciers et les capitalistes. Il n’ÿ a pas

VIKCTHifUTlKlIE LEÇON. 335

(l’Iiostilité entre eux, parce que le propriétaire foncier n’est pour rien dans les variations qu’éprouve le rapport de la rente aux proflis. Il n’est qu’un être complètement passif; il ne fait que prendre ce qui reste des produits, une fois les frais remboursés. C’est la marche des choses, c’est le progrès de la civilisation et de la richesse nationale, comparativement au taux des subsistances, qui lait que la rente du propriétaire foncier hausse ou baisse. 11 n’est pas plus maître de la faire hausser que de la faire baisser. 11 est complètement passif dans tout cela.

Qu’a donc pour lui le propriétaire foncier? H a le mouvement naturel des sociétés. Le mouvement naturel des sociétés est en faveur de la rente territoriale, parce qu’il tend vers une augmentation de la richesse nationale, du capital, augmentation qui stimule toujours plus ou moins la population, et qui entraîne à sa suite, d’après le cours naturel des choses, le renchérissement des matières premières, le renchérissement de toutes les denrées qu’on ne peut pas multiplier à plaisir. En conséquence, l’elTet naturel des progrès de la civilisation se trouve être la baisse des profils et la hausse de la rente. Quant aux salaires, leur taux dépend tout à fait, dans les mêmes drconslances, du rapport qu’il y a entre l’accroissement de la population et l’accroissement du capital. Si c'est la population qui prend les devants, comme cela arrive quelquefois, les salaires baissent, par les raisons que nous avons expliquées; si, au contraire, la population sait se contenir et laisser prendre les devants au capital, alors les salaires ne baissent pas, malgré l'élévation du prix des denrées; c'est toujours le profit qui supporte la baisse. Les salaires ne baissent pas, mais la rente hausse.

Tel est le mouvement, telle est la situation respective de ces trois éléinenis de l’industrie oatLonale. Vous pouvez dire que, dans tous les pays agricoles. Je taux général des profits est déterminé par les profils qu'on retire de la dernière portion de capital employée à l’cxplollation agricole, ou par les profits que donne la culinrc de la terre la moins productive, ce qui revient au même, cl que, si la population est stationnaire ou ne dépasse pas, dans ses accroisseiueuls , les accroisscmcuts suc-

33C COURS d'^conohie politique.

cessifs du capital, c'csl surtout dans les profits et dans la rente qu’une oscillation se fait sentir, les profits baissant et la rente augmentant.

Dans une société progressive, les profits ne peuvent donc s’élever que par .trois causes; — une baisse dans les salaires réels, — des découvertes et des ameliorations dans la production agricole, — ou enfin l'importation du blé étranger.

Une baisse dans les salaires réels. C’est là un cbamp bien limité. Sans doute, je l’ai dit et je le répète, sans doute l’homme a une certaine latitude dans la satisfaction de ses besoins. Entre la vie aisée et la mort, il y a la vie malaisée, il y a la souffrance, il y a la faim; mais, enfin, cela a une limite, et c’est le plus triste et le plus douloureux des expédients que de demander la hausse des produits à la baisse réelle des salaires, à la diminution des subsistances nécessaires aux ouvriers, diminution, au reste, qui n’esi possible que lorsque la population oublie elle-même ses véritables intérêts, car, il faut toujours se le rappeler, quand c’est la population qui déborde, c’est le capitaliste qui fait la loi, quand c’est, au contraire, le capital qui déborde, c’est le travailleur qui la f.iil. Les plus faibles, en économie politique, ne sont pas les moins nombreux, tout au contraire. Le plus fort est celui qui marche le moins vile. Si la population laisse le capital marcher plus vite qu’elle, elle règle les salaires; si elle marche plus vite que le capital, les salaires sont réglés par le capitaliste.

A part une baisse dans les salaires réels, il ne reste absolument que deux causes qui puissent faire hausser les profils ; les améliorations dans l’industrie agricole et les importations de blé étranger.

Les améliorations dam la production agricole. Par une raison toute simple; c’est qn’alors le capitaliste produit à meilleur marché. Produisant à meilleur marché avec la même terre, avec les mêmes avances, il n’a pas besoin d’exploiter de mauvaises terres. Ainsi ])cndanl un temps la baisse des profits s’arrête.

Mais c’est là un effet temporaire, parce que cet accroissement de la puissance agricole stimule nécessairement plus ou moins la population. Le capital et la population augmentent

plus vile naturellement, de sorte que, au bout d’un certain temps, les choses reviennent au même point.

Reste l'autre moyen , F importation du blé étranger, et j'espère que vous saisissez maintenant toute l'importance qu’on a mise, surtout dans un pays voisin, à la discussion de la question des céréales. Vous le comprenez maintenant, savoir si le gouvernement devait ou ne devait pas permettre l'importation du blé étranger était une des grandes questions, non-seulement de l’économie politique, mais de la politique anglaise. Vous voyez que la querelle est véritablement entre les propriétaires de terres et les capitalistes. Les ouvriers peuvent y avoir, cependant, un intérêt dans certains cas, surtout si la population augmente rapidement, car alors, de même que les capitalistes , ils sont intéressés à voir entrer les blés à bon marché.

Aussi la question des céréales a-t-elle occupé les plus grands économistes et les premiers hommes d'Éiat d'Angleterre. Mais elle a été surtout traitée à fond, sans aucune passion politique, uniquement dans les termes d’une noble et belle discussion scientifique, par des hommes aussi éminents par leurs lumières que par leur caractère personnel , par des hommes que j'ai eu l'honneur de connaître, mais que la science a perdus tous deux; je veux parler de Malthus et de Ricardo. Ils ont traité cette importante matière, non dans leurs grands ouvrages, mais dans des écrits ad hoc.

Eh bien, Ricardo, après avoir mis en grande lumière les rapports intimes qui lient la question des profits à la question des subsistances, en a conclu qu’il n’y avait aucun intérêt national à défendre on à restreindre l’importation des blés étrangers. Malthus a plaidé essentiellement la cause des propriétaires fonciers. 11 était trop grand économiste pour prendre , et trop honnête homme pour donner le change dans la question ; il savait bien que c’était la cause des propriétaires fonciers qu'il plaidait; seulement il la regardait comme tout à fait nationale et croyait que son triomphe pouvait réagir utilement sur l'intérêt général, et surtout sur l'intérêt des classes travaillantes.

Vous savez qu’il est des contrées où la fertilité du sol et la

llQ6g|. — COOK8 D'Économe miTIQDB. 39

338 COURS d’iécomomie politique.

faiblesse de la population font qu’on produit du blé à fort bon marché; que le blé, qui, dans ces pays-là, coûte 15, revient à 30 en Angleterre, ou du moins dans quelques parties de l’Angleterre, de sorte que si l’importation était permise, il en résulterait une grande baisse dans le prix des céréales sur le marché anglais, et l’abandon d’une partie des terres de la Grande- Bretagne qui sont aujourd’hui cultivées en blé.

Pendant la guerre, la culture des céréales a été appliquée, en Angleterre, à une quantité de terrains dont elle était auparavant exclue. Toute la théorie de la rente s’est vérifiée d’une manière patente; et ce sont peut-être les faits qui ont mis les auteurs sur la route de la théorie. Puis , à la paix générale, la demande de blé étant devenue moins vive, les prix ont baissé et ils seraient tombés bien plus bas encore, si tout le blé des côtes septentrionales de l’Europe avait pu facilement être transporté en Angleterre. Il aurait fallu abandonner toutes les terres mises en culture pendant la guerre et peut-être quelques autres encore.

Mais vous me direz : < N’est-ce pas là un effet temporaire aussi? Supposez l’introduction du blé sans droits, cela stimulerait énormément la population. Prenons toujours l’exemple de l’Angleterre. Eh bien , s’il y a aujourd'hui dans les trois royaumes 20 et quelques millions d'habitants, par ces stimulants vous pousserez la population à 30 ou 40 millions, dans cinquante ans peut-être. Vous aurez ainsi absorbé ce surcroît de produits étrangers et vous serez encore obligé de revenir à la culture des terres anglaises, de sorte que vous ne faites que reculer la difficulté. N’est-ce pas aggraver encore la position? Aujourd'hui, en cas de disette, on peut faire entrer une certaine quantité de produits étrangers, et les besoins sont satisfaits. Mais si, par l'introduction du blé étranger, vous stimulez extraordinairement la population, si vous la portez à 40 ou 50 millions au lieu de 20, et qu’il arrive un malheur, quelle porte ouvrirez-vous pour y parer? »

Voilà un argument contre l’importation. Mais il faut dire la vérité, c’est se préoccuper singulièrement de l’avenir et fort médiocrement du présent, que d’aller imaginer ce qui arrive-

VINGT-HUITIÈVE LEÇON. 359

rait dans l'hypothèse où la population ne se contiendrait pas elle-même, dans l’hypothèse où au contraire elle profiterait de cette baisse des subsistances pour s’accroître d'une manière trop rapide. On ne peut pas dire que cela est impossible , mais encore une fois, c’est se préoccuper singulièrement de ce qui arrivera dans un demi-siècle et fermer les yeux sur le temps présent où les subsistances sont fort chères, les profits très-bas et la rente territoriale assez élevée.

Au fond, il n’y a dans cette matière que ces deux éléments, les profits et la rente territoriale, qui méritent , dans tous les pays, d’étrc pris en considération. Vous le savez, la question de l’importation et de l’exportation du blé est presque aussi ancienne que le monde. Elle a été traitée maintes et maintes fois. Il n’y a pas d’année de récolte un peu mauvaise où elle ne se reproduise sous une face; il n’y a pas d’année de récolte un peu trop abondante pour certains intérêts, où elle ne se reproduise sous une autre face. Les hommes politiques et les économistes Tont traitée mille fois. 11 est donc inutile de pourchasser tous les arguments qu’on peut trouver dans une foule d'ouvrages, en commençant par celui que Voltaire disait aussi instructif que l'Esprit des lois et aussi amusant qu’un roman , je veux dire les écrits de Galiani.

Je crois qu’il n’y a que deux considérations que l’économiste et i’homrne d’État doivent soigneusement peser dans cette matière. Je dis deux considérations, parce que je ne m'attache qu’à celles d’intérêt général. Tout le reste, si vous y regardez de près, n’est autre chose qu’un combat d'intérêts particuliers. Tout le reste consiste à savoir si vous favoriserez plutôt la classe des propriétaires fonciers ou bien la classe des capitalistes; si vous aurez plus égard à la situation des travailleurs ou à celle des entrepreneurs , ou à celle des propriétaires fonciers.

Les deux considérations dont je parle ont été signalées par Ricardo, quoiqu’il n’en tienne pas compte et les réfute. Elles sont non-seulement économiques, mais politiques. Je le répéterai toujours, la question des céréales est un problème mixte, un de ces problèmes que l’économie politique seule ne peut se charger de résoudre.

340 COUHS D’éCOnOMIE i>outiqoe.

La première c’est que, en cas de guerre, la nation qui aurait l’habitude de tirer de l'étranger une portion notable de ses appro* visionnements pourrait se trouver à la merci de ses ennemis.

Ainsi, supposez que l’Angleterre tirât seulement le huitième, seulement le dixième de ses subsistances du dehors, de l’ex-Pologne, de Dantzig, d’Odessa, de la Crimée; eh bien, en cas de guerre avec la Russie et la Prusse, l’Angleterre, dit-on, manquerait tout à coup du dixième de sa subsistance ; or, une diminution d’un dixième dans les subsistances, c’est une disette épouvantable, il ne faut pas se faire illusion ; qu’il manque le dixième du drap ou de la toile de coton nécessaire pour babiller une population, le mal n’est pas grand, parce qu’enûn il n'y a pas d'habits si vieux qu'on ne puisse porter trois mois encore, et puis enfin, à la rigueur, il n'est pas dit qu'on ne puisse pas vivre sans telle ou telle partie de son habillement. Mais il en est autrement du dixième des subsistances, et il sufiit qu'il en manque une bien moins grande portion, pour que l'alarme soit portée partout et que le blé s'élève à un taux exorbitant. Le commerce des céréales a cela de particulier, que la moindre circonstance y produit des oscillations extraordinaires, en hausse ou en baisse.

Voilà, dis je, l'une des objections; elle mérite d'étre prise en considération. Ricardo cependant n'en fait pas grand cas. 11 dit qu'une nation riche trouve toujours des importateurs, qu'une nation riclie, si elle ne pouvait pas tirer directement ses blés d'Odessa ou de Dantzig, les tirerait d'ailleurs, parce qu'elle offrirait un tel prix que la Hollande, par exemple, qui ne produit pas de blé, vendrait à l'Angleterre son blé à elle, et irait acheter celui d’Odessa.

D’ailleurs, ajoute-t-il, une pareille extrémité n'est pas à redouter pour un pays comme l’Angleterre, dont le commerce s’étend jusqu'au bout du monde et qui a des entrepôts immenses. On ne pourrait pas affamer l’Angleterre dans une saison, parce que dans les entrepôts il y a des provisions suffisantes pour nourrir l'Angleterre pendant un an. Eh bien, les capitaux ont le temps de préparer la culture des terres anglaises pour l’année suivante.

Ceci laisse cependant une réponse possible. Il faut que la population n’ait pas été stimulée, par les importations étrangè> res, au delà des possibilités du sol national ; car, s’il en était ainsi, le remède ne suffirait pas.

La seconde objection, que Ricardo n’apprécie pas davantage, est cependant digne d'étre prise en considération. La voici :

On lui a dit : i Supposez une mauvaise année, supposez une année de disette. 11 y a quelquefois des intempéries qui affligent une très-grande étendue de pays. Ëh bien, croyez-vous qu’on vous portera, à vous, son blé, pour mourir de faim chez soi? Croyez-vous que, quelque prix que vous offriez, les producteurs n’aimeront pas encore mieux garder leur blé que de vous le vendre ? »

A cela, Ricardo répoud que c’est une crainte exagérée, que de pareils événements ne sont jamais généraux, que, souvent, quand il y a disette dans un lieu, il y a abondance dans un autre, et que, si les difficultés peuvent être grandes pour un pays méditerrané, elles ne sont rien pour l’Angleterre, qui a un commerce maritime si étendu.

En conséquence, ces deux objections n’ont aucune valeur à ses yeux. 11 dit que si les producteurs de blé savaient que l’Angleterre ne leur fermera jamais ses ports, il se développerait dans les pays à blé une branche d’industrie particulière , qui consisterait à produire du blé pour l’Angleterre, que cela établirait une relation tellement intime entre eux et le marché anglais, que ces pays producteurs de blé prendraient l’habitude des denrées anglaises, et qu’il serait même au-dessus de la puissance d’un gouvernement quelconque de venir, par une mesure purement politique, fermer ce débouché et anéantir ce commerce.

Et ici, il cite un fait bien connu, il cite le fait de la Russie, soumise au blocus continental; et il rappelle que l’impossibilité où se trouvèrent les propriétaires russes de vendre leurs denrées, d’exporter les produits de leur sol, fut une des causes principales qui forcèrent la main au cabinet de Saint-Pétersbourg. De sorte, dit-il, que nous n’avons rien à craindre ni de l’intempérie des saisons, qui n’est jamais générale, ni de la

342 COURS d'économie politique.

guerre, qui ne pourrait jamais non plus être gén^le. Quand on a de quoi payer largement, le blé arrive toujours, et d’ailleurs, cette interruption des imporiatious ne pourrait offrir de difficultés que pendant une saison, car, pour la saison suivante, nos capitaux exploiteraient les terres anglaises, si eet état de choses devait se prolonger.

Voilà les objections principales et les réponses de Ricardo. Vous voyez que ce ne sont pas là des questions seulement économiques, mais que ce sont des questions mixtes dont la solution ne peut être nette, absolue pour tout pays quelconque. L'Âiigletcrre est dans des circonstances particulières; l'Angleterre est en quelque sorte un vaisseau qui se transporte partout où il veut, qui a des mouvements maritimes extrêmement aisés, des communications faciles, des capitaux immenses.

Eh bien, un pays méditerrané, un pays, je suppose, situé dans l’intérieur de l’Allemagne, pourrait-il, en pareil cas, agir comme l’Angleterre? Non certes; car il ne pourrait pas, lui, aller chercher aussi facilement sa nourriture au loin. Supposez que la Suisse fût assez maladroite pour défendre l’importation des blés étrangers, pour faire mettre en culture toutes les terres suisses qui, au besoin, peuvent produire du blé ; eh bien, elle pourrait, à la rigueur, produire tout le blé nécessaire à sa consommation, en sacrifiant ses pâturages, ses vignobles. Mais ce serait folie de sa part, parce qu’elle a besoin qu’on arrive à elle de tous côtés. Elle ne communique avec aucun port de mer : pourrait-elle s’appliquer la théorie de Ricardo ? Non, certes. Si on voulait, on pourrait enfermer la Suisse comme dans un cercle de fer. Elle a quatre voisins : la France, le Piémont, l’Autriche et la Confédération du Rhin; si ces quatre voisins voulaient l’enfermer, elle n’aurait aucune issue possible; il faudrait qu’elle s’ouvrlt un chemin l’épée à la main.

La question ne peut donc pas être résolue de la même manière pour toutes les situations. Cependant, il était bon de l’examiner au point de vue économique, il était bon de montrer qu’elle exerce toujours une influence sur le taux des salaires et des profits, et que, toutes choses étant égales d’ail-

leurs, il est dans les tendances naturelles d’une société progressive où la population et le capital augmentent, de voir les profits baisser et la rente territoriale s’accroître en proportion.

Voilà les principales questions que nous voulions traiter en parlant des salaires, des profits et de la rente. Je serais fâché que vous pussiez croire que nous avons épuisé toutes celles que cette matière si difficile offre aux économistes. Il en reste plusieurs que nous n’avons pas abordées. Mais j’ai cependant la conscience que l’étude de celles que nous avons essayé de développer suffit pour mettre à même de comprendre et de résoudre celles que nous n’avons pas discutées. Je crois que vous possédez assez d’éléments pour pouvoir aborder vousmémes les autres questions importantes qu’offre encore la matière des salaires et des profits, et je crois que les recherches que nous avons faites ne vous auront pas été complètement inutiles.

Mais nous avons toujours dit que, pour ne pas compliquer ces recherches, nous laissions de côté un quatrième élément très-important; nous avons toujours dit que nous ne parlions pas de l’impôt, de la rétribution duc à ce producteur indirect, l’État, sans l’intervention, sans la protection duquel toute production serait impossible. L’impôt réagit nécessairement sur les profits, sur les salaires, sur la rente, et cela différcinment, selon son assiette, selon son mode de perception, selon sa nature. Il y a donc là une vaste matière à investigations, matière que nous désirons examiner avec vous, et qui formera le sujet des études auxquelles nous nous livrerons dans le semestre prochain.

Page 1