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des vertus; or, il n'y a nulle vertu à croin qu'Alexandre a gagné la bataille d*ArbeUes.
L'histoire, quand il s'agit de la discussion de faits évangéliques en eux-niômes, perd donc toute l'efficacité de ses moyens d'investigation. Mais les faits évangéliques, par leurs conséquences, n'en réclament pas moins la foi implicite de l'historien. Si vous les amoindrissez, si vous les dénaturez, si vous en révoquez la réalité en doute, l'ensemble de l'histoire moderne perd évidemment toute signification; les événements n'ont plus ni lien, ni cause, ni enchiiînement ; l'iiistorien n'est plus queTobservateur confus des évolutions incohérentes du hasard. C'est en vain que Thistorien placé en dehors de la foi chrétienne s'enveloppe dans un fatalisme dogmatique ; le christianisme, qu'on ne peut plus désormais ranger parmi les causes dont l'extension est limitée, le christianisme qui embrasse le globe, se présente devant lui avec le cortège de ses conquêtes. Quelle situation que d'être réduit à traiter de mensonge le principe désormais incontestable de ce que nous sommes et de ce que nous deviendrons I Quand le fameux évêque d' Avranches rassemblait les matériaux de sa Démonstration évangélique^qviand Bossuet développait la 5wi7erfe la religion, ils étaient loin, ces illustres confesseurs de la foi, de s'imaginer que le monde entier fût si près d'être soumis à l'empire de l'Évangile. Le xviii* siècle aussi, dans son point de vue hostile, se flattait d'un plus égal partage dans la répartition des systèmes religieux.
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Le christianisme, il est vrai, avait envahi TOccident et conquis rAmérique; mais tandis que les divisions en minaient la base, l'islamisme qui Tavait chassé de son berceau, le bouddhisme régnant en des lieux qui n'en avaient jamais connu Tempire, ie brahmanisme, vieux débris des plus antique?? croyances, la morale de Confucius érigée en culte public dans la contrée la plus peuplée de l'univers, tout cela démontrait aux yeux du philosophe la variété des opinions humaines en matière de religion. Aussi, dès lors, c'était un devoir pour lui de s'élever au-dessus des préjugés traditionnels jusqu'à une conception dominant tous les dogmes et toutes les superstitions de l'univers. Et voici qu'en moins d'un siècle la loi religieuse qu'on croyait désormais contenue dans certaines limites, et croulant même aux lieux où elle avait régné, s'est saisie de la part du monde qui jusque-là s'était montrée rebelle à son ascendant. La vie manque à l'islamisme : il va tomber comme puissance politique; privé de ce prestige, il succombera plus tard comme foi ; tous les brahmanes obéissent à des chrétiens; les contrées bouddhiques sont de plus en plus resserrées par les envahissements de deux puissances européennes, et la Chine, demeurée jusqu'ici politiquement impénétrable, vient de subir la loi d'un vainqueur qui obéit lui-même à l'Évangile. Laissez s'écouler une génération, peut-être deux générations encore, et il n'y aura plus sous le soleil de dissidents à l'Evangile parmi les populations indépendantes.
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Vainement aussi, ceux que devrait frapper un tel spectacle résistent-ils à Tautorité des faits, dans Tespérance de voir le cliristianisme lui-même s'affaisser ou se transformer,soit en un culte nouveau, soit en un pur déisme. Nous avons assisté à trop de semblables tentatives, nous en avons mesuré trop facilement la durée, nous en avons su trop bien apprécier la faiblesse, et j'oserai dire le ridicule, pour que nous puissions croire à un tel ébranlement du christianisme. Plus nous avançons, au contraire, et plus la question paraît se poser nettement. L'espèce humaine a cessé de connaître ces capitulations déplorables aumoyen desquelles onn'admettait les croyances religieuses que dans une certaine proportion. Dès que nous commençons k croire, la nécessité du dogme et de la soumission nous frappe.
Eu face du christianisme, il n'y a plus que la négation. Aujourd'hui toute affirmation est chrétienne.
Je ne prétends donc aucunement dissimuler l'esprit dans lequel sera conçue cette appréciation des bases de la société moderne. Je mets l'expérience historique et la critique perfectionnée que nous possédons aujourd'hui au service d'une conviction que je permets de considérer comme préalable. Si je crois à l'efficacité de l'instrument, j'en connab aussi la portée. Je m'arrête, comme historien, devant ce que je ne puis discuter, et je constate la vérité fondamentale des choses par la certitude de leurs effets.
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Je n^ignore pas qu' en m'exprimant ainsi, je m'expose à ce qu'on dise de moi que j'ai renoncé à Tindépendance de mon esprit. Il est vrai, si je voulais conserver la bonne grâce de tout le monde, j'éprou verais un cruel embarras. Les convictions auxquelles j'ai affaire sont exigeantes, bien que leur programme soit d'une exécution difficile. On me permet de respecter la religion ^k la condition que je garderai toute mon indépendance. Je ne puis dissimuler néanmoins que mon respect, ou, pour parler plus nettement, mon acquiescement à la religion m'enlève une partie de cette indépendance. Sur ce point, je ne veux pas me soustraire au blâme d'opinions dont je dois tenir compte, quand ce ne serait que pour les avoir longtemps partagées. J'ajoute que je conserve à ces opinions ime assez vive reconnaissance, puisque c'est à elles, après Dieu, que je dois le choix libre et réfléchi que j'ai fait. Je suis loin d'abjurer la raison humaine. 'Jamais je n'ai été plus disposé à en admirer les privilèges que depuis que j'ai cessé de douter de son origine et de sa nature immortelle. Il me paraît insensé de défendre l'indépendance d'une faculté qui serait le produit d'organes périssables : en ce sens, j'ai acquis la notion de l'indépendance de l'âme.
Mais admettre après cela que cette raison indépendante soit, dans cette vie, la plus favorablement placée pour pénétrer toutes les causes et atteindre toutes les vérités, ne me condamnez ni à cette absurdité, ni à cette audace.