L ESPRIT DU PAGANISME
l'amour charnel pour principe. Ecoutons saint Paul sur cette capitale question (Épître aux Romains, chap. T') :
Cest la tradition de la foi qui est la base de la juslice : Aixaioaiîvy; yàp 8eoO h oûrû àTroxa^uTTrerat ex Trtorewç
Les hommes^ en effets se cachent la vérité à euxmêmes sous r injustice : twv rhv àXT^deiov ev acJixia yareyovz(ùv.
Aussi la colère de Dieu, du haut du ciel, s'estelle révélée contre Vimpiété et Tinjustice des hommes (qui en a été la conséquence) : àTrojtaiuTneTai yip
opyri 8eoO ott' oùpavoû cttI Traaov àcréSeiav nai iSiYxav àv9pôd7rci)v.
La notion de Dieu était manifeste dans l'esprit des hommes : Atort xh yvtùfrrbv rov Seov (pavepov ècTTiv ev (xvTolç (voilà l'apôtre dont on a voulu faire le patron des jansénistes!). Dieu leur avait communiqué lui-même cette notion^ b 8eo$ yip «ùrctç If avepGi)(7e , non sans doute en leur donnant les moyens de remonter jusqu'à ses attributs essentiels par leur seule intelligence ; mais le spectacle de la nature devait être suffisant pour leur faire comprendre sa grandeur infinie et sa divinité : Ti
yàp «opara aùroO oltzo xTicewç nodiiov roïç itoiriiia^i voou/xeva xaSopârac , i^ re iWioç ccbrov ivva[jLiç xai SetoTiQç.
Ils se sont donc montrés inexcusables : Koà rb ehai
axnohç àvarroXo^rouç.
Pouvant connaître de Dieu^ ils ne Pont ni consi-
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dire ni remercié comme Dieu : Aton yvovreç tôv Bsèv»
Au contraire, ï7s 5c 50fi^ perdus dans leurs vai7is
raxsonnementSj aXX épaTatwÔyîO'av èv toFç âta^oyiapotî
«vrwv, leur cceur insensé s'est couvert de ténèbres^ xoi ètTTtoTldBm Ti iavvtroç orjTûy xaocJta, e^, se donnant pour sageSy ils sont tombés dans la folie^ (paV/ovreç cîvai (70^1, l/:x»pav9y)(Tav. //s on^ échangé Cidée d'un Dieu impérissable contre une image empruntée à celle de r homme périssable; que dis-jc, de riiomme? celle des oiseaux^ des quadrupèdes et des reptiles,
toà iiXXa^av ttjv ^o^av tou à(f9cio7ov Seov èv ouoiûuxzi îiY.6yoq (fOaproTJ av9pw7rou, usa Treretvwv y.oà rerpaTTOîJcov.
Ils ont étouffé la vérité sous le mensonge , ils ont adoré la créature au lieu du Créateur : Mezolla^ocv ttîv
Tpeuffav T>î xTiVei Tiapi TÔv xtidavra.
^tisst Diew a-^-z7 /tvr^ les pensées de leur cœur à Vimpureté, jusqu^au mépris de leur propre corps : Atà
xaJ Tuapi^cûxev ocizovço Sebç èvToûg èT:i%uixiç T(Lvy.ap$icùV airtùv sic àxûjQapfftav, tov àTta^Çso"6af rà gcùiàoltcx, aùrwv ev
. éavroîç. Dieu /es a livrés à des passions infâmes :
Atà toOto TTape^wxev auroùç o 8eoç etç 7ra(?yî àuiilaç, —
Les femmes ont échangé leur propre sexe, les hommes en ont fait autant, et ont brûlé les uns pour les autres d'une passion contre nature.
L^impurcié (Tropveta) les a conduits à Tinjustice (àJixia), rinjustice à la bassesse (Trov/îpia), à Tavidité pour l'argent (TrXeove^ta), à la méchanceté (xaxta); Tenvie, la discorde, le meurtre, pour les caractères
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violents ; la ruse, la malignité, la médisance, la calomnie, pour les faibles.
La haine de Dieu a produit l'insolence, l'orgueil, la vaine gloire, Timagination dans le mal. Les hommes se sont montrés mauvais fils, infidèles amis, sans foi, ni loi, ni prudence, sans tendresse et sans miséricorde.
Pour un observateur superficiel, ce morceau de saint Paul n'aura tout au plus qu'un intérêt moral. L'homme oublie Dieu, il substitue l'adoration delà créature à celle du Créateur. Dieu, en punition de cet oubli, lui envoie la corruption morale. Tout cela peut paraître d'une théodicée presque vulgaire, et l'on n'imagine pas quelle induction historique on pourra tirer de cette déclamation.
Pour moi, j'y vois au contraire le jugement le plus pénétrant et le plus profond qu'on ait porté du paganisme et de la conséquence de ses doctrines.
Représentons -nous l'homme lors de ses premières déviations , méprisant la notion naturelle que Dieu a déposée en lui et cherchant dans les objets qui tombent sous les sens, non l'effet de la puissance de Dieu , mais l'appréciation de Dieu même. Que trouvons-nous dans les monuments des religions primitives ?
L'explication de la création par les phénomènes et les images de la génération, et encore si cette génération se produisait dans l'ordre régulier et selon les lois de la famille, le ravage inévitable produit
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dans Tesprit par une telle conception serait alors moins grand.
Mais cette conception d'un mâle et d'une femelle, d'un homme et d'une femme s'unissant pour produire, ne rend raison d'aucun des phénomènes complexes de la création. Comment passer amsi de Tunité à la pluralité , du chaos à Tesprit ou de l'esprit à la matière ? Alors arrivent par une nécessité fatale des propositions comme celle-ci : le père devient amoureux de la fille qu'il a produite, et la féconde immédiatement. Le fils réagit sur sa mère, et devient son époux; le frère s'unit à la sœur; les êtres des deux sexes, attirés l'un vers l'autre par un attrait inévitable, s'enlacent et confondent leurs natures en une seule. Ainsi l'imagination, à mesure qu'elle croit s'instruire et s'élever jusqu'à la vérité, se nourrit et s'enivre des images les plus passionnées, s'habitue aux pensées qui révoltent le plus la nature ; l'inceste divin passe dans les mœurs des castes privilégiées ; les prêtres et les rois en donnent comme un exemple sacré. Les dieux, devenant à la fois homme et femme, ne sont plus ni hommes ni femmes. Alors, comme les limites des sexes se sont déjà confondues dans la pensée qu'on appelle religieuse, d'étranges désordres surgissent dans l'imagination, et les débauches contre nature ont la prétention d'honorer la divinité. Les mythographes nous racontent qu'Orphée et Thamyris, les législateurs religieux, ont introduit en Grèce les passions et les habitudes infâmes ! Quel commentaire de
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saint Paul, et que TApôtre savait bien ce qu'il disait !
Le désordre des sens, porté jusqu'à ses dernières limites, a produit le mépris de r homme pour son propre corps. Dès lors, Thomme, parce qu'il a méprisé son corps, est devenu capable de tous les vices et de tous les crimes.
On trouvera cette proposition étrange : mépriser son âme, c'est là un crime, à la bonne heure! mais mépriser son corps, d'où vient que l'apôtre paraît estimer cette faute aussi grande que le mépris de l'âme? Ici se révèle la profondeur de la pensée qui, dans le christianisme, a placé si haut la virginité^ qui est le respect de l'homme pour son propre corps. Dans les opinions panthéistiques, il n'y a d'essentiel que l'âme universelle. L'homme, temporairement dépositaire d'une portion de cette âme, est entraîné inévitablement à l'un ou à l'autre de ces excès : ou considérer le corps comme une prison, par suite du désir qu'éprouve l'âme de rentrer dans la circulation universelle, ou compter pour rien cette âme, qui ne jouit que d'une individualité temporaire, et varie par conséquent par le corps et pour le corps. De manière ou d'autre, on en vient à considérer ce qui arrive au corps comme indifférent dans l'ordre moral, et à lui concéder sans scrupule les jouissances les plus dégradantes. 11 n'en est pas ainsi du chrétien, il ne s'approche de Dieu que par son âme : le corps, vase de l'âme immortelle, devient, par ses liens avec l'âme, en quelque sorte l'hôte de
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Dieu. Toute action du corps dans laquelle entre la volonté atteint Tâme et peut la souiller. De là cette loi du respect imposé à Thomme pour son propre corps ; de là la conviction que, plus Thomme respectera son corps, plus il s'approchera de Dieu ; de là, rhonneur suprême rendu à la virginité dans le christianisme.
Aussi, Tapôtre qui fait de l'impureté le principe de tous les vices a-t-il dans sa pensée de faire de la virginité le principe de toutes les vertus. Kappelez-vous ce que nous disions, que les principes naturels de la femme sont plus forts et plus essentiels que ceux deThomme.
Le respect de Thomme pour son propre corps le porte à honorer la pudeur et la maternité dans les femmes. Dans le christianisme, les vierges sont épouses de Jésus-Christ, et la Mère de Dieu est une vierge. Le mystère qui constate la descente de Dieu sur la terre et le principe du salut est celui qui consacre aussi le respect pour la pudeur et la maternité. La virginité de Marie, pour le chrétien, est à la fois physique et morale : la virginité morale dans le mariage et la maternité est le mystère qui se renouvelle chaque jour et à chaque pas sous nos yeux, depuis que la femme est honorée et respectée. Le principe de toute société repose sur les vertus de la femme, et pourtant la femme est, au physique, incapable de résistance ; au moral, facile à abuser, confiante et curieuse. Le principe de toute injustice est donc dans la violence faite à la femme, la
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tromperie à laquelle elle succombe, l'oubli de la dignité naturelle dans lequel on Tentraîne.
Toute société qui honore et respecte la femme est douée de vie et de vertu ; toute société qui la violente et la flétrit porte en elle-même un principe de corruption et de ruine.
Ces considérations vous feront voir, j'espère, en moi autre chose qu'un esprit chagrin qui condamne ce qu'il regrette. Une société qui a mis en pratique l'égalité chrétienn^ne peut plus avoir pour les ruses etles fautes de l'amour l'indulgence ou l'indifférence des sociétés fondées sur le privilège. Les gens qui, aujourd'hui, cherchent uniquement le plaisir, sont fort malheureux. Tout devient sérieux dans les liaisons les plus légères ou les plus coupables. Les ouvrages d'imagination qui portent au désordre des mœurs sont empreints d'une tristesse qui m'a toujours frappé. Aujourd'hui, ils ne sont pas seulement tristes, mais lugubres et patibulaires. La violence, le crime, l'abandon et la mort sont au bout de toutes les liaisons illicites, de toutes les ])assions désordonnées. Aujourd'hui, le vice est ridicule, quand il n'est pas odieux, et la constance, régulière ou irrégulière, devient peu à peu la loi obligatoire de chacun. De là ces retours furieux vers les époques plus faciles, vers les mœurs sans conséquence, cette poésie des Louis XV et des Dubarry. Tout cela aurait été charmant, en effet, sans les échafauds de la Révolution au bout, sans le supplice du petit-fils de Louis XV et celui de la Dubarry !
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Déifions de nouveau la matière, tournons la virginité en dérision, méprisons notre corps, et organisons-nous en troupeaux, alors l'édifice social craquera sur ses bases, et il ne restera plus de notre nation qu'un troupeau d'esclaves corrompus, occupés à confectionner des modes pour les Phrynés du Nord, et pour leurs dignes amants des tableaux excitants, des romans obscènes et des vaudevilles licencieux.