‹ De la divinité du christianisme dans ses rapports avec l'histoireChapitre 35 sur 57 · LE CADRE HISTORIQUE DES FAITS DE L'ÉVANGILE · texte numérisé non relu

LE CADRE HISTORIQUE DES FAITS DE L'ÉVANGILE

Aujourd'hui je puis me considérer comme entièrement à Tabri du danger de considérer l'Évangile comme un document historique purement humain. L'autorité divine que j'ai reconnue dans l'Evangile n'a pas seulement déterminé le rapport dans lequel nous devons nous tenir à T égard du Nouveau Testament ; elle a fixé aussi les doutes que nous pouvions avoir sur son authenticité. En agissant ainsi, nous n'avons fait que suivre la marche indiquée par la nature générale de nos convictions. Wolf est un rationaliste dans ses Prolégomènes contre Homère : la preuve esthétique est le produit de la foi.

Maintenant il s'agit de mettre l'Evangile en rapport avec les événements purement humains au

milieu desquels ces merveilles se sont produites, de placer le Sauveur dans le cadre politique de la Judée. 11 semble que cette tâche ait dû être accomplie depuis longtemps, et pourtant ni les orthodoxes ni les dissidents ne me paraissent avoir envisagé la question sous son véritable point de vue. Les uns ont été dominés par le supernaturalisme du sujet ; dans les disciples de Jésus-Christ, ils n'ont vu que les élus de la prédilection divine ; dans les Juifs, que les bourreaux de Jésus-Christ, punis bientôt par un châtiment sans exemple : le point de contact, et comme le fonds commun de ces deux camps, des élus et des réprouvés, n'a point été étudié dans un sentiment historique désintéressé. Puisque saint Augustin a appelé la nation juive une nation prophétique^ puisque les Pères ont considéré la punition de Jérusalem prédite par Jésus-Christ comme une image du jugement de Dieu sur la race humaine tout entière, on aurait dû se souvenir que ce jugement final portera sur des hommes qui ont vécu d'une vie commune, et dans le même ordre d'habitudes et d'idées, et reporter la même considération sur les Juifs contemporains de l'Évangile. De deux frères à cette époque, l'un a pu être rangé {Ifrmi les disciples fidèles, et l'autre parmi les auteurs de la mort de Jésus-Christ.

Quant aux dissidents de toute nature, n'ayant jamais fait de l'Evangile cette étude intime et profonde qui y fait reconnaître la fusion parfaite de la vérité morale et de la vérité matérielle, ils n'ont pu être

frappés de la valeur historique de ce document, valeur qui résulte surtout de son importance absolue. La preuve de l'importance de TEvangile par Tenchaînement de ses conséquences est déjà un commencement de foi, et c'est là, quant à nous, la route que nous avons suivie. Mais comme, en général, on s'est arrêté dans cette voie, et qu'on n'a pas vu clair dans la série des conséquences, l'isolement vraiment providentiel où l'Evangile se trouve de toute preuve matérielle a poussé au scepticisme, et l'on a volontairement négligé de recourir à la clef des énigmes autrement insolubles que présentent la formation de la tribu évangélique au milieu des Juifs contemporains de Jésus-Christ, et le contraste de l'esprit chrétien avec le judaïsme tel qu'il était alors pratiqué.

Deux obstacles matériels contrarient d'ailleurs cette étude : d'abord l'absence de documents circonstanciés sur l'état de la Judée à l'époque de la prédication de l'Évangile. Il en est de Josèphe parlant de son pays, comme de César nous racontant ses conquêtes en Gaule; l'un et l'autre ne nous disent de la statistique morale et matérielle des contrées dont ils s'occupent, que ce qui est nécessaire au but qu'ils poursuivent. Quelque soin qu'où prenne de rassembler ces documents épars, il est impossible de suppléer toutes les lacunes, et beaucoup de faits restent sans qu'on puisse remonter aux causes qui les ont produits. La dissertation que l'abbé Guénée a insérée à la suite de ses Lettres de

quelques Juifs sur Tétat de la Judée depuis le retour de la Captivité jusqu'à Adrien, et généralement toute la discussion que ce savant ecclésiastique a soutenue dans le dix-huitième siècle, montrent quelle est la pauvreté de nos connaissances sur cet important sujet. Il y a, par exemple, un fait dont Tabbé Guénée ne paraît pas s'être aperçu, et qui pourtant nous semble ressortir de l'étude attentive de Josèphe : c'est qu'à dater des princes Asmonéens, la Judée devint plus peuplée, mieux cultivée et plus riche qu'elle ne Tavait été à aucune des époques antérieures, si Ton en excepte peut-être l'état des populations chananéennes, quand les Hébreux pénétrèrent dans le pays.

Le second motif de l'embarras que nous éprouvons est dans le silence obstiné de Josèphe à l'égard de Jésus-Christ et des Chrétiens. Je ne m'étendrai pas sur la longue discussion dont les passages relatifs à Jésus-Christ et àsaint JacquesleMineurontétéTobjet dans le cours des deux derniers siècles. La critique s'est aujourd'hui presque unanimement prononcée contre Tauthenticité de ces deux passages ; on y a gagné d'abord plus d'enchaînement et de logique dans le texte : car c'était un argument trèsfort contre l'authenticité que l'impossibilité où Ton était de rattacher raisonnablement ces passages à ce qui précédait et à ce qui suivait ; et de plus^ quand on s'obstinait à attribuer à Josèphe ces deux passages, on se créait la plus grande de toutes les difficultés, celle d'expliquer comment Josèphe au-

rait d'ailleurs gardé un silence si extraordinaire sur les Chrétiens, lui qui, en plusieurs passages de ses écrits, donne des renseignements circonstanciés sur les quatre sectes religieuses qui divisaient les Juifs de son temps. Il faut observer que Josèphe écrivait encore en 93 ; à cette époque se place (à deux années près) la seconde grande persécution contre les Chrétiens, et Josèphe, qui,par sa position, était un des hommes qui devaient le mieux connfdtre les affaires de Tempire, ne pouvait ignorer les profondes dissidences par lesquelles les Chrétiens étaient séparés des anciens Juifs. Le silence absolu de Josèphe devient un argument en faveur de l'Eglise primitive, de son importance et de ses développements. Le but de Josèphe semble avoir été défaire croire qu'il n'y avait en face du paganisme que l'ancien judaïsme, et de concilier en même temps à ses coreligionnaires la faveur du gouvernement romain en les séparant des Chrétiens. L'explication de la situation qu'il s'efforçait ainsi de détourner se trouve dans les mesures prises par Domitien pour chasser de Rome tous ceux qui de près ou de loin se rattachaient au judaïsme.

La mention détaillée et honorable que Josèphe a faite de saint Jean-Baptiste est une preuve de plus de l'intention formelle qu'il a eue de garder le silence à l'égard des Chrétiens. Tous les disciples de saint Jean n'avaient pas suivi le Christ, et il n'y a rien d'impossible à ce que la secte des Mendaïtes

descende, comme elle le prétend, de quelques-uns des disciples de saint Jean.

Tâchons toutefois, avec les documents incomplets que nous avons à notre disposition, de résoudre la question importante que nous avons posée. Le but et les obligations de la loi de Moïse se résument en deux mots : résistance et espérance. Afin de maintenir, au milieu de tous les obstacles, la pureté de la doctrine et de perpétuer la nation pour laquelle elle avait été conçue, il fallait une rigide observation des prescriptions matérielles de la loi , et une séparation empreinte d'antipathie d'avec les nations étrangères.

Comment de là passer à ce que le christianisme a accompli, raffranchissement des prescriptions ma^ térielles et la fusion avec la gentiUté ? Toute issue vers un pareil résultat semblait fermée : tout relâchement dans la discipline conduisait à la perte de la doctrine et des mœurs. Le contact avec les nations étrangères ne s'accomplissait qu'à la condition de dominer, de maintenir la supériorité du sang juif, quand il s'agissait des Prosélytes de la porte^ lesquels, dispensés des observances les plus rigides, n'étaient aussi que des ilotes dujudaïsme^ ou par la soumission des Prosélytes de la justice à des obligations gênantes et minutieuses. Ce n'était pas sur de telles bases que pouvait s'accomplir la conversion de la gentilité.

Ce qui rendait en apparence la transition impossible, c'est que les deux moyens de conservation

que j'ai précédemment indiqués devenaient plus énergiques et plus exagérés dans la pratique à mesure qu'on approchait du dénoûment. Le martyre d'Eléazar et des sept Machabées pour la discipline, le zèle de Mathathias et de ses fils pour Thorreur des nations étrangères, inaugurent et dominent l'époque de la recrudescence judaïque sous les princes Asmonéens. Chacun, il est vrai, entendait alors l'esprit de la loi à sa manière. Les Pharisiens combinaient l'observation rigoureuse des préceptes ma • tériels avec des spéculations philosophiques d'une origine suspecte ; les Esséniens ne s'éloignaient de la religion du texte que pour tomber dans le magisme ; les Saducéens, avec une fidélité apparente à la lettre du texte sacré, sapaient toutes les bases de la morale. Dans la doctrine, ce terrain semblait trop étroit, et pourtant, dans la vie pratique, il ne paraissait pas y avoir aucun milieu possible entre la haine des nations étrangères et la désertion du judaïsme.

Ce qui encourageait l'immense majorité des Juifs à persister dans la voie adoptée au retour de la Captivité, c'est l'immense succès obtenu par le rétablissement des traditions mosaïques. La leçon de l'exil avait largement profité au peuple juif. La famille s'était constituée, grâce à la pratique des prescriptions de la loi, sur la base la plus large et la plus féconde. A la régularité des mœurs répondait l'empire du travail. En vain, les Juifs avaient laissé sur la terre d'exil une masse immense de leurs frères ;

en vain des colonies marchandes continuaient de se répandre sur tous les points de l'ancien monde ; le progrès de la mère patrie, visitée d'ailleurs chaque année par des millions de ses enfants étrangers, ne cessait de s'accroître. Ce progrès entretenait les illusions sur l'avenir ; on ne prévoyait aucune chance défavorable, et les imaginations les plus froides pouvaient se bercer de l'espérance de voir bientôt se réaliser, sous une forme matérielle, les magnifiques promesses de l'Ecriture sainte. En attendant, les principes et les traditions les plus contraires à une révolution semblable à celle que le christianisme a accomplie prenaient chaque jour une nouvelle force. Les prétentions nobiliaires des familles sacerdotales étaient excessives ; les habitudes militaires entretenaient la turbulence, la violence, l'espèce de sédition, la confiance dans les forces matérielles; l'attente d'une monarchie indépendante était universelle, et l'idée du Messie ne s'offrait que sous un aspect politique.

Cependant, au-dessous des castes sacerdotale et militaire, vivait une classe nombreuse et mélangée, dans laquelle les passions que nous venons de caractériser ne pouvaient germer avec la même force. Dans les provinces éloignées du centre surtout, dans celles que le prosélytisme uni à Tépée avait conquises, on ne devait rencontrer ni ces prétentions à la noblesse, ni cet attachement exagéré pour la monarchie hébraïque, dont Jérusalem et Alexandrie étaient les principaux foyers. Le sentiment de l'oppression com-

DBS FAITS DE l'ÉVANOILE. 2i9

mune devait y rendre indifférent sur la nature des maîtres : qu'ils fussent Syriens, Hébreux ou Romains, le joug d'un gouvernement tout à fait arbitraire n'en était pas moins odieux aux classes inférieures. Que si, dans cette donnée démocratique et provinciale, il se trouvait une situation spéciale où des motifs d'attachement aux traditions et de fidélité à la loi pussent s'allier avec un grand détachement politique, les idées devaient prendre un tout autre cours. C'est ce qu'il est permis de penser des nombreux descendants de la maison de David, qui, dans la société juive de cette époque, devaient être dispersés à la manière des descendants de Mahomet dans la société musulmane : jamais confondus avec la masse des fidèles, et cependant subissant toutes les chances de la dégradation sociale. Pour ces descendants de David, il ne pouvait y avoir qu'une espérance raisonnable, celle qu'un Messie spirituel naîtrait parmi eux. C'est dans ce point de vue que nous apparaissent saint Joseph et la sainte Vierge au milieu des Galiléens. Le descendant de David, c'est le Messie ; les Galiléens sont les disciples tout préparés à recevoir les semences de la doctrine.

Le Messie religieux, malgré l'innocuité de ses prétentions temporelles, pouvait-il être indifférent pour les princes qui gouvernaient alors la Judée? Quelque éloignées que fussent les chances des descendants de David à reconquérir le pouvoir royal, l'illégitimité des titres de ceux qui l'exerçaient devait les entretenir dans une défiance perpétuelle.

Déjà la dysnatie asmonéenne, élevée sur le pavois par la reconnaissance nationale, s'était perdue en usurpant une royauté qui ne lui appartenait pas. Mais quand un prince étranger eut renversé et détruit la dynastie des Asmonéens, qui avaient au moins pour eux la gloire, éclatante de leurs pères et la pureté de leur sang ; quand Tlduméen Hérode eut su, à force de crimes et de talents, se faire la plus étrange position entre Rome et la nation juive, esclave sans pudeur de Tun, tyran impitoyable de Vautre, cette âme, qui ne vivait que de soupçons, dut confondre dans la même cruauté le Messie politique et le Messie religieux. Si Ton s'imaginait qu'Hérode ne fut barbare qu'envers son propre sang, et que, Henri VIII dans sa famille, au dehors il devait garder une certaine modération, il suffit de se rappeler la recommandation étrange qu'il avait faite à sa sœur Salomé d'honorer ses funérailles par l'immolation des huit cents personnes les plus distinguées parmi les Juifs. A côté de ce fait rapporté par Josèphe, le Massacre des innocents, concentré dans le territoire de Bethléem (comme il Test effectivement dans le texte évangélique sainement étudié), n*a plus rien que de ^très-naturel.

Au reste, rien plus que le règne d'Hérode n'avait dû convaincre les Juifs de bon sens de la vanité des espérances que la nation avait conçues d'une entière dépendance. Si la situation de la Judée eût appelé le peuple qui l'habitait à une pareille destinée, la loi d'épreuve perpétuelle à la-

DES FAITS DE l'ÉVANGILE. 251

quelle Dieu avait soumis son peuple de prédilection n'aurait pu s'accomplir. Qu'on parcoure les annales du peuple juif en parallèle avec l'histoire des peuples voisins, on trouvera que la nation juive n'a pu acquérir un certain degré de sécurité et de développement qu'aux époques où la puissance des maîtres du Nil et de TEuphrate se trouvait simultanément abattue ou affaiblie. L'établissement dans la terre de Chanaan eut lieu sous les Fainéants de l'Egypte, et avant que le trône assyrien , renversé par la conquête égyptienne, ne se fût relevé. A l'époque de Salomon, il n'y a de puissance ni sur le Nil ni sur TEuphrate. Le second empire d'Assyrie, et la prépondérance des dynasties Bubastite et Saïte en Egypte anéantissaient chez les Hébreux toute

indépendance. Désormais l'existence n'est plus possible que sous le patronage d'une grande puissance. Les Juifs se relèvent, protégés par Darius, sans doute à cause des rapports de la doctrine de Moïse avec celle de Zoroastre ; par Alexandre, qui oppo* sait les petites nationalités à la grande unité persane ; par Ptolémée Philadelphe, obligé de donner des garanties aux peuples de la Palestine pour le& empêcher de se livrer aux rois de Syrie. Mais qu'à ces princes d'un sens juste et supérieur en succèdent d'autres d'une nature brutale et cupide, nulle barrière ne peut défendre les Juifs contre leurs attentats : c'est leur histoire avec Cambyse, Ochus, Ptolémée Philopator, et surtout avec Antiochus Epiphane, prince insensé, voué à la propagande

d'un hellénisme épicurien, et resserré d'ailleurs dans d'étroites limites par les progrès des Parthes. A ce moment, et quand, malgré l'héroïsme du sentiment national, le judaïsme semble prêt à succomber, apparaissent, sous d'autres noms, les deux grandes puissances entre lesquelles va de nouveau se balancer la destinée des Juifs. Judas Machabée s'allie avec les Romains contre les rois de Syrie. D'un autre côté, Orode et Phraate III se précipitent sur les pas de Tigrane, et la Judée n'échappe aux envahisseurs orientaux que pour reconnaître le joug de la puissance occidentale. Cette nécessité de céder à Tune ou l'autre puissance était si évidente du temps d'Hérode, que nous le voyons tout prêt à admettre la suzeraineté du plus fort; qu'il se nomme Phraate, Antoine ou Auguste, peu lui importe, pourvu qu'il satisfasse aux dépens de la Judée sa fastueuse ambition. Cependant, à mesure que les tragédies s'accumulent autour du tyran, et que, pour conserver le droit d'être parricide au gré de ses craintes, il cède chaque jour davantage à l'ascendant de Rome ; à côté des Juifs convaincus que le joug direct de Rome sera moins pesant que celui de son royal procurateur, se forme un parti exalté qui espère reconquérir l'indépendance nationale, non-seulement sur Hérode, mais sur Rome ellemême. Ces Zélateurs sont véritablement les Jacobins et les Montagnards du judaïsme, violents comme eux, mais n'ayant pas derrière eux cette force et cet avenir qui légitiment en partie les plus grands

0E8 FAITS DE l'ÉVANGILE. 253

excès. Au contraire, ce sont les Zélateurs qui, par leurs violences, consomment la ruine de Jérusalem . A ce moment où tout s'abîme dans une ruine commune, Tassociation chrétienne se montre à nos yeux dégagée des illusions de la vanité nationale, sans pourtant avoir à se reprocher ni désertion ni lâcheté. Jérusalem et le judaïsme ont péri pour eux sur la croix du Sauveur. A leur départ de la ville coupable et condamnée, ils deviennent citoyens du monde. Bien n'est à la hauteur de leurs idées et de leurs espérances que la grande nationalité romaine, préparée pour recevoir les semences du christianisme. Ils s'avancent ainsi, armés de VEpttre aux Romains^ prêchant aux Gentils la loi de grâce et de liberté. Ils sentent déjà que tout l'avenir du monde repose sur ces deux grandes unités, l'une spirituelle, fondée par le judaïsme transforme, l'autre temporelle, qui doit sa naissance aux conquêtes et au génie de Rome. C'est déjà V Église et VEmpire. MaisTÉglise ne doit pas changer, et l'Empire doit donner naissance à la fédération européenne.

Maintenant, pour juger, en dehors de Taction divine, en quoi a consisté la transition du judaïsme au christianisme, il faut comparer V Ecclésiastique à l'Évangile. L'Ecclésiastique est le cri jeté parle judaïsme aux moments des attentats d' Antîochus Épiphane ; la version grecque fut exécutée à l'époque des triomphes de la dynastie Asmonéenne. Le livre de Jésus fils de Sirach tient aux Saducéens par le

sentiment pratique qui respire dans les livres sapientiaux, si utile aux Juifs pour se préserver des influences de la théologie orientale; il tient aux Pharisiens par rattachement passionné à la loi, et aux Esséniens par la pureté morale et Tinnocence de la vie dont il donne les plus admirables exemples. La fierté nationale y va jusqu'à l'aversion pour les Gentils ; la doctrine s'y montre encore éloignée des sublimes spéculations et du détachement inaugurés par le christianisme ; et cependant les Juifs ont répudié r Ecclésiastique, parce qu'on y sent déjà le principe de la fusion avec les Gentils, et que la lueur des mystères révélés au christianisme s'y montre d'une manière évidente. De Jésus fils de Sirach on passe à Nicodème, de celui-ci à saint Matthieu et à saint Pierre, et de saint Pierre à saint Paul, Vapôtre des Gentils. L'Évangile plane au-dessus avec sa divine lumière.

Ainsi nous parvenons à restituer tous les traits d'un tableau dont les contrastes mêmes font l'harmonie. Tout devient clair et satisfaisant pour l'esprit. Déjà nous ressentons l'avantage de cette concession que nous avons demandée aux répugnances de notre orgueil, en nous courbant sous le joug de la vérité évangélique. Plus nous avancerons dans l'histoire, et plus nous sentirons circuler dans nos veines le bon sens et la vérité. S'il s'agissait d'un système qui me fût propre, j'aurais lieu de me défier de mon explication universelle de l'histoire ; mais je ne fais que montrer une voie que personne

DES FAITS DE l'ÉVANGILE. 255

ne peut se vanter d'avoir faite. Un peintre de nos jonrsa représenté les Beaux- Arts rendant hommage à la Vierge, et consacrant toutes leurs ressources, tous leurs prestiges à sa glorification. Nous, nous offrons à l'Eglise, c'est-à-dire à la vérité traditionnelle, des armes fourbies dans l'exercice de la critique : sans la direction religieuse, ces armes sont comme celles des Spartes, qui se détruisent les uns les autres ; mais consacrées à Dieu, elles deviennent dignes de couvrir des cœurs purs et unanimes, marchant à la conquête de la vérité et de la justice.

SEIZIEME LEGON

Page 1