SUITE DU MÊME SUJET
On a commencé à voir comment, étudiée avec soin, l'histoire évangélique s'adapte à ce que nous connaissons de Fétat des mœurs, des traditions et des idées dans la Palestine à F époque de la prédication du christianisme.
Ce que j'ai dit, du reste, doit être considéré comme encore incomplet, et j'ai besoin de développer quelques-unes des idées que j'ai émises, afin de les placer dans leur véritable jour.
Ainsi, quand j'ai opposé les Juifs fanatiques et féroces de la capitale aux pêcheurs et aux artisans de la Galilœa genlium^ je n'ai pas voulu faire entendre par là que la loi nouvelle ne pût être acceptée que par de demi- Juifs, et que le pur judaïsme ne renfermât pas des hommes disposés à
en embrasser les doctrines. A ce sujet il nous faut revenir encore sur le livre connu sous le nom d'J5cclésiastique ou de la Sagesse^ par Jésus fils de Sirach. Dans notre dernière leçon nous n'avons pu toucher qu'en quelques mots aux précieux renseignements qu'il fournit.
Nous n'avons ce livre qu'en grec; mais on ne peut douter que l'original hébreu n'en ait existé. Le premier auteur vivait dans le second siècle avant notre ère, au moment où Antiochus Epiphane entreprit d'abolir la loi de Moïse dans la Judée. Le traducteur grec, petit- fils de l'auteur hébreu, alla en Egypte sousPtolémée Évergète II, l'an 1 32 avant l'ère chrétienne, Jean Hyrcan, fils de Simon Machabée, étant souverain sacrificateur à Jérusalem. Nous devons donc avoir dans ce livre un monument de la plus belle époque de la renaissance hébraïque sous les Asmonéens. Les Juifs n'ont pas admis V Ecclésiastique dans leur Canon, non plus que les deux premiers livres des Machabées, et les Protestants ont suivi l'exemple des Juifs. Mais l'autorité de ces livres n'a jamais été contestée dans l'Église catholique.
Nous comprenons la répugnance des Juifs à admettre comme canonique le livre de Jésus fils de Sirach : car on y trouve tout le parfum de la révélation . La distinction entre le Père et le Verbe y est plus clairement établie que dans les autres livres de l'Ancien Testament. L'attente de la conversion des Gentils y est exprimée avec onction et conviction.
DES FAITS DE l'ÉVANGILE. 259
Mais Tempressement qu'ont mis les Protestants à accepter la répugnance des Juifs a droit de nous étonner ; c'est se priver à plaisir d'un moyen certain d'établir la liaison entre les dernières productions de l'école des prophètes et la propagation de rÉvangile. Malachie, le dernier prophète, avait paru à la fin du v* siècle avant l'ère chrétienne.
On remarque dans V Ecclésiastique une plus grande tendance au langage positif que dans les livres plus anciens. L'auteur reprend le ton pratique des livres sapientiaux : il n'a point de répugnance pour un certain tour épigrammatique et même familier; il entre dans le détail des mœurs; il mêle aux préceptes d'une sagesse supérieure des conseils pour la conduite purement temporelle de la vie ; on sent chez l'auteur la prudence d'un homme obligé de vivre sous une domination étrangère. La prière pour le salut et le triomphe d'Israël ne manque pas cTâpreté, ni de l'aversion traditionnelle pour les nations étrangères. Par conséquent, la confusion que certains critiques ont voulu établir entre la morale de l'Ecclésiastique et celle de l'Évangile ne repose sur aucun fondement raisonnable. Mais ce qui distingue par-dessus tout l'Ecclésiastique, c'est la séparation d'avec toutes les sectes que Josèphe nous représente comme divisant le judaïsme. L'auteur n'a été certainement ni Saducéen, ni Pharisien, ni Essénien. Par conséquent, il ne faut pas entendre ce que dit Josèphe comme prouvant une séparation intégrale des Juifs en plusieurs sectes différentes.
260 LE GADBE HISTORIQUE
maïs seulement l'existence de trois sectes dans la masse de la nation. Josèphe prétend, il est vrai, que les Pharisiens séduisaient facilement le peuple fidèle, par leur rigide observation extérieure des prescriptions de la loi ; mais il ne va pas j usqu'à dire que cette séduction fût générale. Dans toutes les classes de la nation sans exception, dans la capitale comme dans les provinces, devaient exister des Juifs qui entendaient sainement les promesses faites à Israël, et qui, ne plaçant pas leurs espérances dans un triomphe politique impossible, vivaient dans Tattente du Messie spirituel, réalisée par rincarnation de Jésus-Christ.
C'est ce qu'exprime admirablement la liaison qui existait entre la famille sacerdotale de saint Jean- Baptiste et la famille, d'origine royale, de Joseph le charpentier. Il paraît encore que Marie était aussi d'une famille lévitique, puisqu'elle était cousine de sainte Elisabeth, ce qui donnerait un certain fondement aux récits du Protévangile. Celles des familles sacerdotales qui ne s'étaient pas engagées dans les illusions de la politique et les plans de l'ambition devaient en eflfet cultiver des relations d'aflfection et de respect avec les branches de la maison royale, d'où le Messie devait sortir. Joseph et Zacharie demeuraient à une grande distance l'un de l'autre, l'un dans la Galilée, l'autre à Hébron, ville de la tribu de Juda, au sud de Jérusalem. Mais la pratique du pèlerinage annuel vers le temple faisait des voyageurs habituels des Juifs de tout âge et de tout
DES FAITS DE l'ÉVAMOILE. 261
sexe, et le voyage empressé de Marie vers Elisabeth n'a rien que de conforme aux mœurs présumées de répoque.
L'Évangile établit des rapports d'amitié et de parenté entre les familles de saint Jean-Baptiste et de Jésus-Christ ; il ne dit rien sur la liaison qui avait pu exister entre eux dans leur adolescence, et avant que tous deux ne fussent entrés dans raccomplissement de leurs missions. Toutefois, ce qu'il y a de plus vraisemblable, c'est que le développement de tous deux eut lieu isolément. Seulement, indépendamment des lumières surnaturelles, saint Jean- Baptiste, instruit par ses parents des circonstances de la Visitation, dut vivre dans le pressentiment et l'attente de la mission de Jésus-Christ.
Il faut rassembler avec soin les personnages de diverse origine groupés comme témoins autour du berceau de Jésus-Christ : les bergers, les Mages, le saint vieillard Siméon, la prophétesse Anne. Les bergers désignent Tattenterépandue dans les classes les plus humbles de la nation. La venue des Mages est d'accord avec l'impression profonde que le judaïsme avait dû produire sur les écoles sacerdotales de la Babylonie pendant la Captivité et la dispersion d'Israël; des esprits d'élite, noums de la lecture des Livres Saints, qui devaient leur être familiers à cause des analogies de langue, partageaient sans doute avec les Juifs l'attente du Messie spirituel. Quelque exagération qu'on découvre dans le récit de Josèphe relatif aux dons de Ptolémée
Philadelphe pour le temple de Jérusalem et à la version des Septante, on doit penser qu'un eflfet semblable et même plus grand avait été produit dan^rôrient.
La légende a défiguré le personnage de Siméon, en le transformant en souverain sacrificateur. C'était un de ces Juifs qui aspiraient à la venue du Messie, et dont la passion avait dû être redoublée par le scandale de la royauté iduméenne; ir vient dans le temple au moment où Jésus-Christ y est présenté, poussé par une révélation du Saint-Esprit. Mais la prophétesse Anne y faisait depuis de longues années sa demeure ; elle proclame que Jésus est le Messie, elle parlait de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël. Cette association si intime des femmes à la fondation du christianisme n'est pas un des caractères les moins frappants de cette merveilleuse histoire : elle annonce un changement radical dans les idées et les mœurs de Thumanité.
Quoique TÉvangile ne le dise pas expressément, on devine que l'émotion causée par ces discours dut, indépendamment de Tarrivée des Mages, éveiller la jalouse susceptibilité d'Hérode, ce qui motiva la fuite en Egypte, pays où les Juifs exerçaient alors leur culte avec plus de liberté encore que dans la Palestine. Du reste, les routes de terre et de mer devaient être journellement fréquentées entre les deux pays, que ne séparaient plus des divisions politiques.
Ainsi, nous trouvons à Jérusalem même les élc-
DES FAITS DE l'ÉVANGILE. 2G3
ments du futur christianisme; mais là, sous les yeux du sacerdoce et la surveillance du pouvoir politique, la grande réforme religieuse est frappée d'impuissance et de terreur. Les provinces éloignées, et surtout le désert au-delà du Jourdain, offrent un théâtre beaucoup plus libre et beaucoup plus ouvert à la prédication. C'est pourquoi nous trouvons Jésus-Christ et saint Jean-Baptiste, dans toute la plénitude de leur mission, aux environs du Jourdain et du lac de Génézareth. Puis, tandis que saint Jean rencontre la captivité et la mort pour s'être rapproché du siège du pouvoir politique qui gouvernait la Galilée, Jésus, après une première apparition à Jérusalem et dans la Judée, ne se décide à revoir la capitale que quand il a jugé la semence de sa doctrine assez répandue, et le temps venu d'accomplir son douloureux sacrifice.
Quelle fut positivement la nature des rapports de saint Jean-BaptisteavecJésus-Christ,aprèslamission de chacun d'eux commencée? 11 semblerait naturel que si saint Jean se fût borné au rôle de précurseur, il se fût, après le baptême de Jésus, qui par là rendait hommage à sa priorité, confondu parmi les disciples du Sauveur. Mais celui-ci ne l'appelle point à lui ; il marque nettement l'imperfection de la doctrine du précurseur. Et quand saint Jean est en prison, lui qui doit n'avoir pas perdu le souvenir de la descente du Saint-Esprit au moment du baptême, il envoie cependant deux de ses disciples pour demander à Jésus : « Êtes-vous bien celui que nous
attendons ?» Il est vrai qu'on peut croire que saiiort Jean ne s'exprime ainsi que pour décider les disciplff fidèles à son malheur à suivre la bannière de celia ^^. dont il proclame la supériorité et la divine origine. Mais il ne s'ensuit pas de là que saint Jean ait per» suadé tous ses disciples, et la tradition orientale, qifc reconnaît des Nazaréens disciples de saint Jean et originaires de la Galilée, n'a rien d'invraisemblable Ces remarques ne doivent pas être pour nous un sujet de scandale ; nous devons, au contraire, lel considérer comme précieuses, en ce qu'elles nom montrent l'action de la liberté et le côté humain df ces commotions intellectuelles, dont le retentisse* ment devait être sans limites.
Une autre rectification importante de l'impression qu'ont pu laisser mes paroles dans la dernière leçon concerne l'abaissement social de la famille de David. J'ai montré, comme exemple analogue, sous un certain rapport, l'avilissement des descendants de Mahomet ; mais cet avilissement est l'ouvrage des Turcs et non des Arabes, et l'on comprend que les descendants de David aient vécu dans une humble situation, sans que pour cela on pense que leur dignité naturelle en ait souffert, ou que le respect de leurs compatriotes leur ait fait défaut. Et ici, l'étude, qu'on peut appeler permanente de l'Orient, doit être d'un grand secours. Dans nos régions occidentales, la noblesse des habitudes et des manières est un résultat de l'éducation : dès que cette condition manque, les idées peuvent
DES FAITS DE l'ÉVANGILE. 2G5
avoir une élévation intime, mais cette élévation ne se produit pas au dehors par une dignité correspondante dans les gestes, le langage, les attitudes et tout l'extérieur de Thomme. Avec les idées que nous puisons dans Tobservation de tout ce qui nous entoure, Marie, pleine de grâces^ quoique femme d'un humble charpentier, est un personnage surnaturel. Il n'en est pas de même dans TOrient, tout désolé et tout dégradé qu'il est aujourd'hui. Là, la dignité est naturelle, comme la beauté. Dès que rhomme échappe à l'excès de sa misère, il atteint la plus haute limite dans son développement intérieur et extérieur. Les idées les plus hautes lui sont familières ; il reflète dans son langage et ses manières la dignité calme et naturelle de sa pensée. La femme, il est vrai, porte chez les Musulmans l'empreinte de la servitude : ses sentiments sont atrophiés comme sa condition ; mais dans les tribus chrétiennes, elle est la digue compagne de l'homme, et, avec une ingénuité et un calme admirables, elle participe de la noblesse extérieure de son époux. Les Bethléhémites catholiques constituent, sous ce rapport, au dire de tous les voyageurs, la population modèle. Un cachet de la majesté évangélique est resté empreint sur le front de cette population persécutée.
Si l'on retrouve encore tant de dignité extérieure chez les Musulmans, dont le seul élément intellectuel est le Koran, livre rempli de pensées grossières et de contes ridicules, qu'on s'imagine
ce qu'il devait en être d'une nation qui, telle que la juive, se nourrissait constamment delà lecture de la Bible dans la sublime majesté de Toriginal? La loi était dans toutes les synagogues : on la lisait, on l'interprétait sans cesse, on lui appliquait ces sens allégoriques qu'on trouve dans Philon, et que Jésus- Christ et saint Paul ont constamment admis. Si Ton réfléchit que les plus sublimes génies des temps modernes se sont formés à cette école, que doit-on penser d'un peuple chez lequel les hommes de la plus humble condition puisaient constamment à ces livres sacrés ? Les gens simples et ignorants que Jésus-Christ appelait à sa suite, de préférence aux * riches et aux docteurs, avaient donc néanmoins subi une préparation qui les disposait au rôle sublime auquel le Christ les élevait. Jusqu'ici, sous ce rapport essentiel, Raphaël a été le meilleur interprète de l'Évangile.
A côté de la dignité naturelle de l'âme et du corps, il faut encore constater la présence de la liberté. Ce qui aurait été absolument impossible sous le gouvernement d'Hérode ou de ses prédécesseurs, se produit avec une facilité merveilleuse en présence d'une autorité, comme celle des Romains, indifférente au mouvement intellectuel du pays, tant qu'il ne se traduit pas en révolte. Tous les éléments d'une discussion ouverte et d'un choix parfaitement libre se retrouvent dans la prédication de l'Evangile. Jésus-Christ, entre les Saducéens et les Pharisiens, se montre à nous dans une situation
DES FAITS DE l'ÉVANGILE. 267
humainement semblable à celle de Socrate entre les rhéteurs et les sophistes de la Grèce.
Mais comment les miracles n'ont -ils pas frappé un plus grand nombre d'esprits? Comment Jésus n'a-t-il pas subjugué tous les Juifs par Tautorité seule de sa parole? A cet égard, l'Évangile est d'une sincérité sans bornes. On voit autour du Christ la curiosité, Témotion passagère, la jalousie, la haine, les passions et les faiblesses de toute nature se produire sans voile, et obscurcir presque le tableau des conquêtes plus profondes et plus durables. Le Christ compte un traître i)armi les douze apôtres de son choix ; au moindre danger, les disciples se dispersent, et le chef de la future Église renie son maître et son Dieu d'une manière éclatante. N'oublions pas que la vie de Jésus-Christ est le type sur lequel l'humanité entière doit se modeler : Dieu a donc placé cette vie au milieu d'une humanité tout à fait réelle. Le temps, le lieu, les nations les plus favorisés par la Providence n'ont pas échappé à la loi commune : Beaucoup d'appelés et peu d'élue. Ici se manifeste une leçon profonde, et que nous devons avoir sans cesse présente à notre esprit.
La plupart des hommes dont l'âme est honnête et le cœur généreux passent d'un enthousiasme confiant, produit par l'inexpérience de la jeunesse, à un découragement qu'amène la connaissance du monde dans l'âge mûr. D'abord, nous avons cru tout facile, et nous n'avons pas même soupçonné
Texistence des obstacles : mais, en reconnaissant que la plupart des hommes vivent sous Tempire des vices et de T intérêt, le désespoir nous prend, et il n'est pas rare d'entendre les hommes, ainsi abattus par Texpérience, proclamer leur temps comme le pire de tous et considérer l'humanité comme désormais sans ressources. C'est ici que Thistoire, offrantuneautresorte d'expérience, devient d'un grand secours. Alors se révèle la loi constante des grands effets produits par le petit nombre et sur les petits théâtres : la Grèce, Rome naissante, la Judée, Florence, la Rome papale, la France de Louis XIV. On entend dire sans cesse : tout est corrompu, gangrené ; les hommes manquent, rien ne survivra ; nous assistons à la décomposition du monde moral; Et pourtant, si nous interrogeons les souvenirs de l'histoire, sur ces théâtres si restreints de l'action destinée. à devenir générale, combien le nombre des instruments véritablement purs et puissants n'estil pas restreint? Dieu consent à sauver Sodome, pourvu qu'il y ait rfia[?yw5/e5 dans cette grande ville. Dix justes font donc la sainteté de toute une nation. Si, depuis le christianisme, il y a plus de dix justes dans une capitale, y a-t-il dix hommes dignes de soutenir le fardeau de la lutte contre le mal î Le don des grandes vertus est aussi rare que celui du génie : quand il se manifeste, il importe de ne pas le méconnaître, de ne pas le laisser étouffer sous le venin de l'envie. Mais il n'est pas moins essentiel d'empêcher que ce nom de vertu ne soit prostitué
DES FAITS D£ l'ÉVANGILE. 269
à d'indignes illusions, de peur que, ces illusions une fois évanouies, nous ne tombions dans les désespoirs et les malédictions contre Thumanité qui sont le péché contre le Saint-Esprit^ celui que l'Évangile a déclaré être sans remède et sans rémission (Matth. xii, 31 ; Marc, m, 28). Ce qu'enseigne sous ce rapport un long labeur appliqué à Thistoire universelle se trouve immédiatement révélé à quiconque médite FEvangile. C'est làle complément nécessaire des leçons données par la vie typique du Sauveur. Tout ce qui peut éclairer sur la lâcheté des riches , la faiblesse des hommes en général, Tindifférence du pouvoir aux droits de la vertu,' la mobilité du peuple et son passage de Tenthousiasme à la haine, le dévouement des femmes, la souffrance inséparable du génie et de la vertu, la loi constante qui veut que justice ne soit rendue aux hommes qu'après leur mort, et cent autres vérités également essentielles, se trouve résumé dans le récit de la passion de Jésus-Christ. L'art combiné de tous les génies les plus éminents qu'ait produits l'humanité n'aurait pu enfanter un récit plus complet, plus vrai, plus touchant, plus profondément et plus habilement combiné. Qu'on se figure dès à présent ce que la méditation d'un tel récit a dû produire sur l'imagination et le jugement des hommes pendant dix-huit siècles ! Que d'espérances nourries ! de courages soutenus ! de sacrifices acceptés avec ardeur!
Qu'on se représente pourtant une nation polie,
270 LE CADRE HISTORIQUE DES FAITS DE l'ÉVANGILE.
spirituelle, généreuse, arrivée à un grand développement de civilisation, et qui, pour mettre le comble à ses progrès, croit n'avoir rien mieux à faire que de mettre de côté ce code de la conscience, ce résumé de rhistoire, cette règle de tout devoir et de toute conduite, pour recommencer les expériences sur nouveaux frais, et reprendre ab ovo Tétude de notre destinée ! Et cette admirable résolution a été prise au nom de la raison et de l'expérience ! Et l'on a mis la morale de Jésus-Christ entre celle de Confucius et celle de Lycurgue, pensant rendre au premier une large et plus que complète justice, en faveur peut-être de quelques préjugés encore dominants I Alors rédifice social a craqué ; alors ont recommencé les illusions et les découragements sans bornes : tellement que tout aurait péri sans le sacrifice et les prières de ceux qui n'avaient point laissé l'Evangile s'effacer de leur cœur. Grand et sublime enseignement qui renouvelle les anciennes leçons et force l'esprit de convenir que l'humanité obéit à des lois aussi sûres que celles qui font graviter les mondes dans l'espace infini des cieux !
L'étude de l'Évangile est la base de toute observation historique.