‹ De la divinité du christianisme dans ses rapports avec l'histoireChapitre 38 sur 57 · SUR LES PREMIERS SIÈCLES DE L*ÉGLISE · texte numérisé non relu

SUR LES PREMIERS SIÈCLES DE L*ÉGLISE

dehors du Nouveau Testament , toute la littémture de cette époque, quand, au xvii* siècle seulement,, on retrouva les sept lettres authentiques de saint. Ignace d'Antioche, qui, avec les relations des martyres de saint Ignace et de saint Poly carpe, constituent les monuments les plus précieux, nonseulement des mœurs et de la foi, mais encore de rorganisation primitive de TEglise.

Pour moi, je divise l'âge de la propagation et de rétablissement du christianisme en trois périodes : la première s'étendant depuis l'Ascension de Notre- Seigneur jusqu'au martyre de saint Ignace, en 107,. ou si l'on veut, jusqu'au martyre de saint Polycarpe, en 166; la seconde, qui est l'ère des grandes persécutions, depuis le règne de Trajan jusqu'à celui (Je Licinius ; la troisième enfin, que remplissent l'établissement temporel de l'Eglise et la persécution aiienne, depuis Constantin jusqu'à Julien.

Les caractères principaux de la première époque,, par opposition à celle qui suit, sont la sécurité relative de la condition du christianisme, l'organisation de l'Église aussi rapide que la diffusion de la foi nouvelle.

La sécurité dont jouit l'Eglise à ses débuts tint à plusieurs causes, l'obscurité des premiers chrétiens, et jusqu'à un certain point, la coniusion que 1 on faisait encore entre eux et les Juifs. Ceux-ci avaient bientôt cessé d'être politiquement redoutés. Quoique proscrits en masse avec les Juifs à plusieurs reprises, les chrétiens échappaient à la per-

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sécution par leur tranquillité et leur absence de passions politiques. Aussi ne les voyons-nous d'abord persécutés que par les mauvais princes, tels que Néron et Domitien.

Quant aux monuments qui nous font connaître l'organisation de l'Eglise à cette époque primitive, ce sont la lettre de Pline le Jeune à Trajan, les lettres de saint Ignace et la relation de son martyre. J'ai déjà traité la question des Thérapeutes et de la vie monastique au premier siècle. Le dogme de l'Eucharistie et la suprématie pontificale sont écrits dans les lettres de saint Ignace.

C'est Trajan lui-même qui ordonne le supplice de ce grand martyr. Alors commence la persécution politique, continuée par Marc-Aurèle. Les chrétiens, par leur nombre, étaient devenus redoutables ; le pouvoir conçut un plan d'extirpation complète du christianisme. En même temps, les hommes qui avaient vu les Apôtres achevaient de disparaître. En l'absence de ces témoins de la foi dans sa pureté première, ceux qui veulent, à l'exemple de Simon et de Cérinthe, expliquer le christianisme par le paganisme, commencent à trouver plus facile créance. D'un autre côté, naissent les opinions exaltées causées par la persécution, celles des Montanistes et Donatistes. L' Église défend contre les Montanistes la raison et le bon sens, et contre les Donatistes la faiblesse humaine.

On commence à ressentir le besoin de faire entrer les richesses intellectuelles et morales du paga-

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nisme dans le christianisme. C'est Tœuvre de la catéchèse d'Alexandrie, dont les représentants les plus éclatants sont saint Clément et Origène. Dans l'étude plus approfondie que nous ferons des développements et de la constitution de TEglise chrétienne, nous aurons à montrer Tadrairable parti tiré de ces travaux imparfaits par les Pères de l'époque suivante, à établir ce que saint Ambroise et saint Augustin ont dû à Origène.

Pour le moment, nous ne pouvons jeter sur tous ces grands faits qu'un coup d'œil général et sommaire. Nous rappellerons donc seulement qu'à la même époque de l'histoire du christianisme apparaît la littérature des apologistes. Elle jette les premières bases de la transaction qui finira par s'opérer entre l'Eglise et la société civile.

Au même temps appartiennent le schisme des Quartodéciraans, la grande question du baptême des hérétiques et les premières luttes contre Tautorité du Pape, luttes que la papauté du second et du troisième siècle parvient à traverser, grâce à de sages ménagements, en conservant toute son in^ fluence et même en l'agrandissant. C'est le temps où l'Eglise se réfugie dans les catacombes, se voit obligée de s'enveloçper des voiles de la discipline du secret et d'imposer des délais d'épreuve à l'admission des néophytes.

Pour tout résumer en un mot, le second âge que nous distinguons dans l'histoire du christianisme

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primitif est Tâge du martyre, mode de prédication par la constance au milieu des supplices, qui était nécessaire au triomphe définitif de l'Eglise. Dans les persécutions, le paganisme, impuissant à détruire ses adversaires, perd toute autorité morale. Mais le christianisme sort de la lutte troublé luimême, sans aucun progrès dans son organisation depuis les temps apostoliques, avec une disposition à abuser de la victoire et un immense danger intérieur, causé par la multiplicité des doctrines hétérodoxes, contre lesquelles TEglise, au milieu des persécutions, n'avait pu opposer d'une manière assez efficace, ni l'autorité du Pape, ni celle des Conciles, jusqu'alors tous particuliers.

Au début de la troisième époque, le principat se décide à traiter avec l'Église, à la reconnaître, à consacrer son triomphe, à lui donner une existence officielle, avec l'espérance de l'asservir en retour et 'd'en faire un nouvel instrument de domination. C'est ce que font les Flaviens, et le caractère de ces princes exerce alors une profonde action sur les événements.

L'auteur de la race. Constance Chlore, encore attaché dans la pratique extérieure à la vieille religion de l'Etat, philosophe dans son intime pensée et dans les tendances de sa politique, est un type de modération et d'humanité. 11 assoit les fondements de son pouvoir et de celui des siens, en protégeant les Chrétiens, en leur assurant la liberté dans les provinces qu'il gouverne, et en gagnant ainsi les

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sympathies de l'élément qui va bientôt triompher dans l'empire, A ses cotés brillent les vertus de sainte Hélène, son épouse, sacrifiée aux intrigues de la politique, malheureuse du vivant de son mari, mais devenue plus tard le bon génie de son fils, la seule qui dans la famille des Flaviens ait été sincèrement et profondément chrétienne.

Constantin repousse le paganisme par éducation; mais il ne demanderait pas mieux que de s'en tenir à la philosophie, comme son père. Cependant la force des événements Toblige à prendre un parti décisif. 11 sent, accepte et redoute à la fois la puissance morale du christianisme. Catholique pour affermir sa victoire, il est Arien pour Texploiter.

La politique a une part considérable dans Tarianisme, dans ses progrès et dans le succès apparent qu'il rencontre un moment. C'est la mainmise de la puissance impériale sur les choses de la conscience et de la foi. L'empereur cherche à reconstituer audessus de r Église son pouvoir païen de Pontifex maximus, et les Ariens sont les appuis de ses prétentions à la suprématie. Aussi rarianisme est-il l'objet de la faveur exclusive de Constance, homme médiocre, jaloux de son autorité, persévérant dans ses entreprises. L'Orient résiste mal à la persécution, combinée avec l'action des intrigues de cour; les erreurs ariennes semblent à la veille de triompher définitivement. Mais l'orthodoxie est sauvée par deux hommes qui se montrent à ce moment si

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critique : saint Athanase on Egypte et saint Hilaire

en Gîiule. La foi se réfugie au désert et dans les fo-

%f, rets. Les mœurs des Chrétiens s'y retrempent par

les austérités, tandis que les évêques, et jusqu'au

i Pape lui-même, succombent dtns la lutte. Les dan-

^ gers que court alors l'Eglise sont plus grands,

us pressants qu'au temps de la persécution

païenne.

Julien poursuit au fond le même but que Constance, mais par d'autres* moyens ;J1 croit être plus heureux par la restauration du paganisme. La tentative si courte de cet empereur a laissé dans les souvenirs de l'Eglise une impression profonde ; elle Ta voué à Texécràtion et au mépris des générations futures, en le flétrissant du surnom, justement mérité, d'Apostat. Par réaction contre la tradition ecclésiastique, Julien est devenu, au contraire, le favori des philosophas modernes. De quel côté se trouve l'appréciation vraie ? Les apologistes de Julien sont obligés de fermer les yeux sur sa superstition, sa perfidie, sa folie véritable. Ce philosophe dont on vante la tolérance avait d>éjà, dans le peu de temps qu'il occupa le trône, recommencé les cruautés contre les Chrétiens. 11 en serait venu certainement aux plus grands excès sans la catastrophe qui termina brusquement son règne et sa vie. Mais la tentative insensée de Julien eut un résultat providentieL La victoire sur le paganisme qui tentait de renaître ne pouvait avoir lieu qu'au profit du catholicisme. Dès lors l'arianisme, privé

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