VI PRÉFACE
la gravité que m'imposait un devoir public.
L'effet de ce travail fut progressif, mais sûr. A mesure que j'avançais dans ma tache, je sentais s'affaiblir, s'effacer les préventions irréligieuses que je devais à mon éducation, à mon siècle. De la froideur je passai bientôt au respect : le respect me conduisit à la foi. J'étais chrétien, et je voulais contribuer à faire des chrétiens. »
Dès lors, comme son caractère vaillant et passionné pour la vérité ne pouvait admettre un seul instant d'avoir une conviction sans la proclamer bien haut et sans consacrer toute son énergie à la propager, mon père conçut le cours qu'il allait entreprendre comme une défense et une glorification de la foi chrétienne. Ce qu^il entreprit de montrer dans l'histoire et dans le
développement de la société moderne, ce fiit l'influence souveraine et féconde du christianisme ; la vérité qu'il voulut prouver fut que cette civihsation, si fière d'elle-même, était née exclusivement de l'Evangile, avait grandi par l'Eghse et sous son égide, et que l'Eglise seule l'avait sauvée des périls qui plus d'une fois avaient remis son existence en question.
PRÉFACE. Vil
« C'était, dit M. Foisset, que j'aime à citer comme un témoin de ces faits, c'était une grande nouveauté qu'un tel enseignement ; il n'y en avait alors aucun exemple. Le prosélytisme des chaires publiques s'était souvent exercé contre le christianisme, quelquefois au profit d'une sorte d'impartialité philosophique; jamais il n'avait été catholique. M. Lenormant le fut à visage découvert, sans âcreté comme sans respect humain. Il portait dans sa chaire ce qu'il y a de plus rare en France, le courage civil. Ce fut un courage simple, familier, loyal, une liberté toute chrétienne et toute sincère. Un immense succès fut sa récompense : l'enceinte ordinaire des cours ne suffit point à l'afûuence des auditeurs, il fallut leur ouvrir le grand amphithéâtre. »
Mais l'éclat même de ce cours, la foule qui s'y pressait, l'influence qu'il exerçait sur la jeunesse, influence qui ne s'est jamais effacée chez la plupart de ceux qui furent alors les auditeurs de Charles Lenormant, tout cela ne pouvait manquer de soulever d'ardentes colères dans ce parti qu'anime une haine inextinguible