CHAPITRE PREMIER
Origine de la Domesticité. — Différence entre l'état des Esclaves chez les Anciens; — Des Serfs dans le moyen . âge; —Et des Domestiques dans les temps modernes.
L'écarrrs naturelle des hommes consiste en ce que chacun ait un droit égal à exercer sa liberté sous la seule condition de ne pas nuire à autrui, et de jouir sans trouble de la propriété légitimement acquise par un travail innocent qui n’a gèné celui de personne. Mais du respect indispensable pour la propriété sans lequel aucune société ne pourroit se former , résulle nécessairement pour les uns la rie chesse, et pour lesautres la Pauvreté, car celui qui avec plus de force, de talent , de lumières de vertu,
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a été laborieux, heureux dans ses recherches, dans ses entreprises, ayant une propriété légitime plus considérable que celui qui manque de ces avantages, 1l ne reste aux moins favorisés de la nature ou des circonstances, pour participer à la richesse des premiers, que des conventions libres, afin de les aider, moyennant rétribution dans leur travail , et dès lors il y a maîtres et salariés ou servileurs.
Le premier chasseur qui a élevé des veaux, des poulains, ou des agneaux, et qui est devenu pasteur, comme les patriarches, a trouvé d’autres chasseurs qui, dégoûtés des fatigues souvent inules de la chasse, et craignant la guerre avec lux, ou respectant son droit, se sont faits pâtres ou pastoureaux sous ses ordres, pour avoir part au troupeau et pour être avec moins de peines bien nourris et bien vêtus.
De ces notions, il résulte que légalité naturelle des hommes est l'ouvrage du Créateur; que linégalité politique et civile est le résultat inévitable. des institutions sociales, car s’il est impossible que tout le monde commande, il l’est de même que tout le monde obéisse, excepté à la loi qui dans un état sagement constitué plane sur toutes les lètes, assure à chacun ses droits, impose à chacun ses devoirs. La loi, en prenant ce mot dans son accepüon la plus étendue, est cette force mo-
(635) rale qui maîtrisant la force physique en dirige l'emploi, en réprime les abus. Quand cette force morale exerce pleinement son empire, elle ga
rantit la liberté et la propriété des membres du corps politique; si au contraire la force physique fait taire Ja loi, ilsssont asservis. Cet état de choses est voisin de la barbarie ou de l’anarchie.
La pauvreté et la foiblesse furent toujours subordonnées , la première à la fortune , la seconde à la puissance. Dela , comme on vient de le dire, des maîtres, des serviteurs, et Fesclavage dont le joug , en Europe , modifié dans le moyen âge, est allégé présentement sous le nom de domesticité. Mais l'esclavage est un fruit de la violence et dela guerre , c’est un abus de la victoire , au lieu que la domesticité est fille de la justice et de la liberté:
Théodoret, dans un de ses discours sur la providence, examine comment les diverses conditions contribuent à harmonie de la société, et il prouve que, dans cette inégalité, les biens et les maux sont compensés. Les soucis sont le partage de celui qui commande et ils n’atteignent pas le serviteur qui, s’il n’est pas maître de son corps, de son temps, est libre d’esprit (1).
(Gi) Voyez Théodoret, in-fol. Paris, 1642, t. 4, p. 392 et sulyv. Discours sur la Providence,
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(4) Le code des Hébreux,qui parloit simultanément au sentiment et à la raison , qui étoit à-la-fois reli-
gieux et civil, est le premier qui, dans les siècles antiques , ait tracé les devoirs et assuré les droits respectifs.
Ïl étoit défendu de rendre à leurs maîtres les esclaves qui avoient fui (1). La loi présumoit que cette désertion avoit été occasionnée par de mauvais traitemens. Voler un homme et le vendre étoit un crime capital (2). Si l’indigence lavoit forcé à se vendre, il devoit être traité non comme esclave, mais comme mercenaire et cultivateur (3) , ayant le droit de se racheter , et, sil n’avoit pu le faire, le jubilé septénaire étoit l’époque de sa liberté , à moins qu'il ne consentit à prolonger ses services auprès d’un maître qui avoit captivé son attachement. Le chapitre 34 de Jérémie est, à cet égard, un monument bien remarquable. Par la bouche de son prophète , l'Eternel annonce au roi Sédécias et à son peuple qu’il va les livrer captifs au roi de Babylone , parce qu’ils ont déshonoré son saznt nom en prolongeant au-delà des sept ans la servitude de leurs frères. La loi recommande de ne pas refuser
(1) Exode, 21, 3. Deuter. 25, 15.
(2) Exode ,21,16.
(3) Lev., 25, 39-50.
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la liberté aux serviteurs fidéles (1), elle veut qu'ils soient chers au maître comme sa vie et qu’il les regarde comme ses amis (2) ; elle porte l'attention jusqu’à les appeler, comme membres de la famille À aux festins solennels qui avoient lieu à la suite des sacrifices (3). Ils pouvoient d’ailleurs user librement des comestibles, dont la culture et la préparation leur étoient confiées (4) ; et comment refuseroit-elle ce droit aux esclaves , lorsqu'elle défend de lier la bouche au tas foule les gerbes sur l'aire (5) ? On trouve même chez les Juifs une secte qui avoit donné plus d’extension aux idées de la liberté. Drusius assure , d’après Flavius Joseph, que les Esséniens s’étoient interdit la faculté d’avoir des esclaves (6); parce que cet état leur paroissoit un outrage à la nature,
Les dispositions des lois Hébraïques, dictées par la charité, présentent un contraste touchant avec la férocité des lois et des usages modernes concernant l'esclavage dans les colonies européennes. Aller en Afrique voler des hommes , ét surtout des
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(x) Eccles. », 23. (4) Job. 24, 10, 11.
(2) Ibid. 33, 31. (5) Deuter., 25, 4.
(3) Deuter: 12, 17.
(6) F. Flav. Joseph. Orig, liv. 18, ch, 2, et Drusius De ri bus sectis Judæorum , Liv. 4.
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(6) enfans, étoit un crime si commun qu'il a fourni à la langue anglaise le verbe kidnap et ses dérivés.
Les anciens mettoient aux esclaves (r), comme on met aux chiens , des colliers ou cercles de fer, sur lesquels étoient gravés les noms , profession et demeure du propriétaire, avec invitation de Îles ramener à leurs maîtres en cas de fuite. Dans le supplément aux Antiquités grecques et romaines de Poleni , on peut lire diverses inscriptions de ce genre (2). Des Colons avoient enchéri sur les anciens en inventions , pour torturer leurs semblables : telle est, par cable. l'énorme triangle de fer au cou des nègres pour les empêcher de fuir. Cependant la coutume de museler les esclaves, de leur cadenasser la bouche afin qu'ils ne PS désaltérer en suçant une canne à sucre, n’est qu’une imitation de l’antiquité , car Suidas et Pollux nous apprennent qu’on leur mettoitau cou une machine, nommée pausicape, en forme de roue, qui les empêchoit de porter la main à la bouche et de manser de la farine (5), lorsqu'on les occupoit à tourner LENS or TRS RES
(1) V. Fabretti Inscriptionum antiquarum explicalio. in-fol.
Rom. 1609, p. 522.
(2) Utriusque thesauri antiquitatum etc., nova supplementa ab J. Poleno,in-fol. Venitiis, 1737, t. 4, P. 1247.
(3) Pollux Onomasticon, liv. 5, ch. 8, et liv. 7, ch. 14 et 20.
la meule. Gottlieb Fischer établit, par des preuves multipliées , que chez les Esyptiens, les Babylomiens , les Perses, les Arabes , les Grecs , les Romains, ce travail étoit ordinairement le partage des
femmes esclaves (1). L'invention des moulins à eau fut pour elles époque d’une joie universelle , dont le poète Antipater se rendit l'interprète par une
pièce arrivée jusqu’à nous : « Femmes occupées à « moudre, ne fatiguez plus vos bras, dormez la « longue matinée... Cérès a ordonné aux nym- « phes de remplacer l’onvrage de vos mains, etc.» Dans la composition de tonte société, Aristote prétend qu’on doit trouver un homme, une femme et un esclave. Il érise en principe un usage universellement répandu dans Pantiquité. Chiez divers peuples , le nombre des esclaves surpassoit de beaucoup celui des libres. Athènes qui n’avoit que vingt où trente mille citoyens, avoit quatre cent mulle esclaves. Athénée en comptoit trois cent mille en Arcadie, et quatre cent soixante- dix mille dans la petite île d’Egine (2). A la bataille de Platée , où se trouvèrent beaucoup de Lacédémoniens, chacun d’eux avoit sept Ilotes (3).
(1) V. Disputatio philologica de molis manualibus Veterum, in-4.® Gedani, 1728.
(2) V. Athenée, £n-fol., Lugduni, 16:12. Deipnosoph., 1. 4, C. 20.
(3) FV. Hérodote, liv. 9, ch. 10.
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De tous les peuples de la Grèce , les Athéniens paroissent être ceux qui les ont traités avec moins d’inhumanité. Les tribunaux les protégeoient conire la dureté des maîtres (1). Ceux-ci ne pouvaient pas les battre en temps de guerre, sinon l’affranchissement étoit prononcé à l'instant, Mais , à peu d'exceptions près, la législation de la Grèce sur cet objet étoit féroce. Le témoignage des esclaves n’étoit pas admis en justice. Si quelques inscriptions recueillies par Gruter donnent à leurs femmes le titre d’épouses (conjuges), Venuti, VinK, et d’autres auteurs, vous en montreront un bien plus grand nombre où elles sont seulement concubines (contubernales )(2). L'union des esclaves avec des femmes ingénues étoit réprouvée à Lel point qu’en pareil cas la loi autorisoit le fils à tuer sa mère (3). Un parricide sanctionné par la loi, uniquement pour maintenir l'esclavage ! on ne connoït pas ailleurs une pareille monstruosité, et cette réflexion s'applique à une autre loi qui prouve à quel point étoient dissolus des peuples dont on a préconisé les vertus. Certain genre de débauche , très-commun dans la Grèce, étoit interdit aux esclaves,
(1) VW. Démosthène, Discours contre Midias.
(2) V. Monumenta Mathæiana , par Venuti, p.3,p.3, p. 42; et Danielis Vink, Amænitates philologico - medieæ, in-12, Trajecti ad Rhenum, p. 460.
(3) V. Philostrate, Vie des sophisles, |, 2, n.° 25.
non par respect pour les mœurs, puisqu'on autorisoit leur hibertimage avec les femmes , mais parce que le crime qui outrage la nature étoit une espèce de privilége des hommes libres, et, il fautle direavec horreur, de ceux qu’on citoit comme les régulateurs du goût et les modèles de la politesse. Ils n’y attachoient une flétrissure que quand la cupidité en avoit réglé pécuniairement le prix : hors de là, il étoit censé Zibéral, c’est l’épithète dont se sert, dans son discours contre Timarque, l’orateur Eschine, qui avoue son goût personnel pour cette infamie. Ces traits sufiroient pour apprécier la morale théorique et pratique de cette Grèce tant vantée. Solon étoit l’auteur de cette loi abominable (1). Deux mille cinq cents ans après Solon,un homme, qui se disoit et se croyoit philosophe, s’est constitué l’apologiste de ce vice hideux, en imprimant, dans l'Encyclopédie méthodique, que ceux qui s'y livroient n’en étoient pas moins estimables (2). Ainst s’exprimoit Neigeon, qui professoit l’athéisme. Tant il est vrai que dans la liste des prétendus sages , anciens et modernes , il y a beaucoup à élaguer.
Pline s’est trompé en attribuant aux Lacédémoniens l'invention de l'esclavage (3), mais de tous les D eat co on a SES
(1) V. Plutarque, vie de Solon.
(2) F article Académiciens par Neigeon.
(3) VF. Philostrate, vie d’Apollonius , 1, 6, e. 10; et Plutarque, vie de Lycurgue.
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(10) maîtres , ils paroissent avoir élé les plus atroces ; d’après les lois de Licurgue , ils pouvoient tuer leurs
esclaves. De temps en temps, ils faisoient un carnage d’Ilotes , lorsqu'ils en redoutoient la trop grande population. Tous les ans, on donnoit à chaque Ilote un certain nombre de coups, quoiqu’il n’eût commis aucun délit (1). Un décret du roi Agis leur Ôtoit toute espérance d'obtenir leur liberté (2). Deux mille de ces malheureux à qui Von avoit promis de les affranchir et qu’on avait en conséquence promenés dans les rues de Sparte; la tête couronnée de fleurs, disparurent sans qu'on ait jamais su les moyens employés pour les déitruire (5). Un autre fléau pour eux éloil Passassinat clandestin, que certains auteurs ont appelé la crypsie (xiÿw). Souvent de jeunes Spartalcs, Ja nuit, en embuscade, guettoient les Alotes , les égorgeoient de sang-froid, et, pour donner ut caractère légal à ces massacres, les nouveaux Ephores déclaroient la guerre aux esclaves (4).
Il n'entre pas dans mon plan de faire Phistoire de l'esclavage, histoire qui manque encore à la littérature, malgré la multitude, j'ai presque dt l’im-
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(1) F. Athenée, etc. liv. 14, p. 657.
(2) F. Strabon, Geogr. 1. 8.
(3) Thucydide, E 4,
(4) 7. Plutarque, vie de Lycurgue.
mensité d’écrits publiés sur cet objet. Cette cons:dération me dispense de présenter la nomenclature très-étendue des esclaves distingués, soit d’après les fonctions qu’on leur attribuoit, on peut consulter les auteurs, surtout Potter (1) et Rhodigin (2), soit d’après les dénominations reçues dans les pays qu'ils habitoient.
Runkenius dans son édition du Lexique de Timée le sophiste (3) et M. Clavier dans son Histoire des premiers tems de la Grèce (4), ont jeté quelques notes à ce sujet; mais malgré les recherches des érudits, il reste encore beaucoup de doutes à lever et d’obscurités à éclaircir concernant:
Les Periocques, les Clarotes et les Mnoïtes de Crète;
Les Mariandiniens d'Héraclée de Pont;
Les Corynophores de Sycione;
Les Callicyres de Syracuse;
Les Penestes de Thessalie ;
Les Thètes et les Pelates d'Athènes.
Les travaux, les lois, les usages et les mœurs modifioient le sort plus ou moins rigoureux de ces
(1) V: Archæologie de Potter, Liv. 1, ch. ro.
(2) V. Rhodigini variarum Lectionum 1. 25 ,e.18et to.
(3) F. Timæi sophistæ Lexicon vocum Platonicarum , par David Runkenius, édit. 2. Lugd.-Batav. 1789, p. 211 et suiv.
(4) Histoire des premiers temps de la Grèce, 2 vol, ên-5.° Paris, 1800,.t, 2, p. 315 etc.
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diverses classes , parmi lesquelles j’en cherche quelques-unes qui représentent la domesticité moderne; les seules qui s’en rapprochent, sont les Thètes qui à la vérité n’étoient pas desesclaves, mais descliens, des prolétaires, des journaliers qu’on n’élevoit jamais à la haute magistrature ; les Pelates ainsi que les Penestes se louoient de même à prix d’argent. Ces derniers étoient particulièrement voués à la culture des terres. Il sera question dans un auire ouvrage de ces tribus frappées d’injustes mépris.
La législation de Rome, non moins barbare que celle de Sparte, donnoit au maître le droit de vie et de mort sur les esclaves. Quand ils avoient subi la loi commune de la nature, il étoit défendu d'ondre leurs cadavres (1}, ils n’avoient pas même droit à être inhumés, suivant divers auieurs. Quelques inscriptions tumulaires, citées par George Darnaud (2), suffisent - elles pour établir une opinion contraire? Îls n’étoient pas au rang des personnes, mais des choses (5). C’étoit une denrée commerciale sur laquelle le fise levoit un impôt ; il en percevoit un autresurlesaffranchisse-
(1) V. Meursii opera, in-fol. Florentiæ, 1741, t. 2, p. 280 et 585.
(2) W. George Darnaud, Vartarum conjecturarum libri duo 4° Leovardini, 1744, dans la pièce De Jure servorum, p. 19.
(5) W. Histoire de la jurisprudence romaine, par Terras= son, tn-fol. Paris, 1750 , p. 134.
mens (1). Le sénatus-consulte Silanien vouloit que tous les esclaves demeurant sous le même toit , OÙ à portée de la voix, fussent mis à mort sit arrivoit qu'on eût assassiné le maître ou la maîtresse. On frémit en lisant dansTacite, que Pedanius Secundus l'ayant été, on immola sans pitié ses quatre cents esclaves (2), dont aucun peut-être n’étoit coupable. La loi Aquilia qui les ravaloit sans détour au rang des animaux, infligeoit la même peine pour avoir tué l’esclave d’autrui ou sa bête de somme (3). L’historien Florus considère les esclaves comme une espèce secondaire. A la manière dont il s’énonce , On seroit même tenté de croire qu’il se reproche cette Opinion comme trop indulgente (4). I étoit digne de Juvenalsde repousser les clameurs de la stupidité par ce cri de la nature : Quand il s'agit de condamner un homme, la précipitation est un crime.Tnsensés, lesclaverest-il pas un homme(5 )? On eût dit que ces lois étoient dictées par des tigres, parmi lesquels cependant quelquefois on rencontra des hommes.
. Alien et Diogène Laerce assurent que les Arca- Te litre pue di REA aigue sta,”
(1) FTite-Live, 1. 8, e. 16, et Barman De Vectigalibus Ro- Inanorum ; p.72 et ch. 10.
(2) Annal, 1. 14, c. 42 et suiv.
(3) 77 Caius, L. 11, Ad leg. aquil., À. 1, v, 1, de æqu. Hæred. |. 5, etc.
(4) Florus, 1.3, c. 20. (5) Juvenal, Satire 6,
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(14) dienset les Thébains après avoir bâti une ville, envoyèrent supplier Platon d’être leur législateur ; il s’informa s'ils consentiroient à une égale distri-
bution des biens, et sur leur refus, à son tour il refusa de rédiger leur code (1); car il regrettoit , dit-on, cette égalité primitive qui n’admettoit ni esclaves, ni richesses particulières. Quelques autres philosophes ont eu Ja même idée. Proscrire les richesses particulières, ce seroit condamner les hommes laborieux à devenir esclaves des paresseux, ce seroit metire un obstacle invincible à tout progrès dans Pagriculture, et dévouer les nâtions à Ja famine, à la misère. Platon avoit modifié ses opinions ; quand ailleurs 1l recommande de vivre avec ses inférieurs comme avec des ans malheureux (2). Aristote s'éloigne des maximes de son maître , Jorsqu’assimilant lâne et l'esclave, il assigne pour partage äu premier, la pâture, le fardeau et les coups, au second, le pain, le travail et la sévérité. Columelle veut qu'on use de bonté envers les esclaves, ensorte qu'ils redoutent l’autorité du maître sans avoir à cramdre sa cruauté. Hiéroclès donne à celui-ci pour règle de conduite, la manière dont il voudroit qu’on le traitât lui-
(1) 7. Alien, L 2,0. 42. Laerce, 1. 5, c. 23; (2) V. son Traité deslois, 1 5, et 1.6,
(15) même (1). Gette maxime se trouve textuellement dans une lettre où Sénèque, suivant son usage ; prodiguant{ lesprit, plaide avec force la cause du
malheur , “iges : « Dieu se contente d’être aimé,
« que cela te suffise , ils sont esclaves, mais ils sont « hommes, ils sont d’humbles amis... L’estime ne « doit pas se mesurer sur la nature des fonctions : & mais sur les mœurs.» Après avoir rappelé qu’autrefois on les nommoit fwrniliers , etle maître père de famille, À prescrit à celui-ci d’en admettre quelques-uns à sa table, ou parce qu’ils en sont dignes, ou pour les en rendre dignes (2).
Pline l’ancien nous apprend que ses esclaves des champs buvoient le même vin que lui; et la tendresse de Cicéron pour Tyron son affranchi fait augurer favorablement de la douceur du maître.
Mais dès ce tems la comme aujourd’hui , la comédie ne montroit les esclaves sur le théâtre que sous des formes avilissantes. Une seule fois T érence en introduit un bon dans ses Adelphes, c’est Géta; et comme si le poète, quoique affranchi, vouloit expier le tort de le présenter à l'estime , 1 le flétrit en l’envoyant prêter l'oreille au trou d’ane serrure pour entendre ce que dit son maître à un ami.
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(:) F. Hierocles et Commenturius in aurea carmina de Providentiä et Fato > 1næ8,9 Cantabrioiæ, 1709, (2) Lettre 47.