‹ De la domesticité chez les peuples anciens et modernesChapitre 3 sur 34 · PE AT ST EE · texte numérisé non relu

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Un des plus fous scélérats qui aient torturé Îles peuples, Elagabale, pour tenir ses esclaves tou jours occupés, ordonnoit à l’un de lui amasser des araignées, à l’autre de lui tuer , par exemple , onze mille mouches.

Caton le censeur vouloit que les siens travaillassent ou qu'ils dormissent, comme si le repos éloit nécessairement accompagné du sommeil. I les avoit d’abord traités comme ses égaux ; assis à la même table que lui, ils partageoient la même nourriture , mais 1l s'enrichit, et suivant l'usage, son cœur s’endurcit ; craignant qu'ils ne fussent unis, 1l semoit entr’eux la division, dit Plutarque (1), ce qui prouve que cette tactique appartient à tous les genres de despotisme. L’un d’enx avoit-il commis un crime grave ? il le faisoit mourir en présence des autres. Etoient-il usés par le travail? If les exposoit en vente, sans égard pour leurs services. On sait qu'à Rome, communément les esclaves exténués par l’âge ou la maladie, étoient , les uns vendus à des iyrans plus cruels encore, qui épuisoient le peu de forces qui restoient à ces malheureux, les autres jetés dans les îles du Tibre, où ils péris-

soient de faim; ailleurs on les égorgeoit sur le

tombeau de leur maître. Mais rien n’égale la bar-

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(1) V. Vie de Caton le Censeur. C’est un des morceaux les plus curieux de Plutarque.

(17) barie de Vedius Pollion, ciloyen romain, qui faisoit tuer des esclaves pour nourrir de leur chair les murènes de ses viviers (1). Jules Capiiolin assure que le sang desesclaves ruisseloit dans la maïson de Macrin , au point qu’elle ressembloit à une boucherie (2). Titus lui-même surnommé les délices du genre humain ( car il y a tant de choses qu’on croit sur parole, et qui, à force d’être répétées, passent au rang des vérités! ) Titus ayant fait prisonniers et réduit à l'esclavage les habitans de la Judée , les traita avec la férocité la plus révoltante. Dans les jeux et les spectacles qu'il donna à Césarée, une foule de captifs périrent, déchirés par les animaux, ou forcés de combattre les uns contre les autres. On en égorgea quinze cents dans la même ville, pour célébrer le jour de la naissance de Domitien son frère, et un grand nombre à Beryte, en l'honneur de Vespasien son père. Il paroît qu’il en fut de même dans les autres villes de la Syrie. Thomas Newton et Belbey Porteus, évêques anglicans, celui-là de Bristol, celui-ci de Londres, ont déja retracé avec force (3) cette con-

(1) V. Pline, Hist. natur., 1. 0, c. 23, et Tertul. De Pallio, à la fin de l’ouvrage.

(2) In Vitd Macrint, ce. 13.

(3) V. The Works of the B. R. Th. Newton, etc., 3 vol. in-4° London, 1782, t. 1. Dissertation 20 on the Prophe-

See duite barbare d’un prince auquel ’adulation contemporaine et Ja crédulité des siècles suivans ont décerné Papothéose.

L'un de ses successeurs, coupable dans un autre genre, n'eut pas du moins le tort qu’on reproche à Titus. L'empereur Adrien ôta aux maîtres le droit de vie et de mort, attribua aux tribunaux la connoissance des crimes commis par les esclaves, et abolit les prisons particulières qui leur étoient dcatindes:

Divers auteurs et spécialement Popma, Pigno-

rius et Potgiesser (1) ont de ces traits épars composé des tableaux où lon voit que chez les Romaïns le sort des esclaves étoit une agonie prolongée au milieu des fatigues, des outrages et des tourmens; quelquefcis on en livroit aux bêtes féroces, mais les maîtres n’avoient pas formé des meutes de chiens dévorateurs , invention infernale que l’on doit à des planteurs des Antilles, et dont un écrivain nommé Dallas ose prendre la défense (2). Ainsi ne désespérons pas de voir publier des ouvrages sur les vertus de Tibère et Néron.

à cies, p. 442, et l’ouvrage de Porteus Sur les heureux effets. du Christianisme.

(1) V. Titi Popmæ Phrisii De operis Servorum , in-12. ÀAmstelodami, 1672. Laur. Pignorii De servis, in-12. Amstel. 1674. Joach. Potgiesseri Commentar. de statu Servorum ,, in-/. Lemgoviæ, 1736, ouvrage rare et curieux.

(2) V. The History of the Maroons from their origin, elc., by Dallas. 2 y. in-8.° London, 1803, t. 2, Lettre 9,p.4et suiv.

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Soit pour alléger le joug imposé aux malheureux, ‘soit, comme l’observe Boxhorn, pour avertir les maîtres de l'instabilité des choses humaines (1), qui du faîte des grandeurs précipite souvent même les dominateurs du monde , Babylone , l’île de Crète, Athènes et Rome avoient, en faveur des esclaves, quelques fêtes tolérées platôt qu’approuvées (2). C'étoient les seules époques de l’année qui leur rap

pelassent l'égalité primitive. Mais les Anthesteries .

d'Athènes , les Compitales, les Matronales, et surtout les Saturnales, étoient moins des solennités que des orgies, et bientôt les esclaves reprenoient leurs chaînes, devenues plus pesantes, après le spectacle de la licence qui, sous le nom de liberté , leur avoit souri momentanément.

On objectera peut-être, que cependant à Rome des affranchis s’éleyèrent à une haute considération ; que, même des esclaves, furent admis au sénat ; c’est Dion Cassius qui nous l’apprend (3).

Ventudius Bassus, d’abord muletier, devint en-

suite tribun du peuple, préteur, consul]; vainquit ——————

(1) F. Gronov. t.5, p- 556.

(2) Macrobe saturnal passim. Goguet, Origine des lois, 1. 6, c. 2. Ste.-Croix, Des anciens Gouvernemens fedératifs, P+ 379. SpA :

(3) Dion Cassius, in-fol. Hamburgi, 1750, 1. 40, p. 261, lib. 43, p. 360, etc.

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( 20 } les Parthes et obtint les honneurs du triomphe. Mais quelques faits très-rares ne comportent pas une induction générale, Adrien envoie souflleter

un esclave, parce qu'il se promenoit avec des sé-

nateurs (1). Pline le jeune se fâche sérieusement de ce que le sénat avoit élevé'un esclave à la préture (2). Et pourquoi pas, s’il en étoit digne? Or, Pline ne dit pas qu'il fût dépourvu de mérite : la qualité d’esclave est le seul motif de sa colère.

Dans nos colonies modernes, on à vu quelquefois des esclaves avoir des esclaves; bizarrerie étrange qui conslitue propriétaire du temps, du corps, des forces d’un individu celui qui est la propriété d’un autre : la même contradiction existoit chez les anciens. Ces mots, vicarius-serpus; dans les ouvrages des poètes et des } jurisconsultes romains, équivalent à ceux d’un vieux glossaire cité dans Brisson, servi servorum (3).

Voilà donc des rangs entre les esclaves; mais x Rome on connoissoit encore une classe d'individus dans la dépendance, sans être dans Pétat de servitude. De là s’établit la différence entre ce qu’on nommoit servus , ancille, qui perdoient Qu D RSR Re RS PE

(x) V. Spartien, c. 24.

{>) V. Pline, Epistol., 1. 1, c. 20.

(ah até esse sal est servum ; jam nolo

Vicarius esse.

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