‹ De la domesticité chez les peuples anciens et modernesChapitre 20 sur 34 · ES · texte numérisé non relu

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d'un roi si lâchement préconisé par l’Académie française, quelques familles de la cour avoient conservé l'esprit d'ordre et de moralité, Un prince de Conti ne croyoit pas qu'il lui suffit de montrer Pexemple, il écrivoit sur les devoirs des grands (à).

Plusieurs dames du premier rang retraçoient le

portrait que Salomon a laissé de la femme forte,

La piété brilloit dans les maisons de Luynes, de Montausier , de Sévigné, de Longueville, / de | Liancourt, quoique les guerres ruineuses et le li- | bertinage dispendieux de François [° , Henri Ii et | Louis XIV, eussent déjà étouffé en partie les sen-

timens généreux, et préparé la subvyersion sociale.

Sous le régent:se forma, et sous Louis XV se fortifia, l'alliance si naturelle de l’impiété et de la Hi-

cence; elles eurent pour apologistes des écrivains qui leur prostituérent des talens distingués : la gangrène s’étendit rapidement de Versailles à la capitale, de Paris aux provinces, et circulant dans toutes

| les veines du corps politique, élle menñaçoit de le

dissoudre; la révolution éclate , la sagesse qui vou- Joit réformer succombe Hentst sous les efforts du crime qui vouloit détruire. Dans ce déluge de scandales, à peine on voit surnager quelques vertus. Des débris de ce naufrage, il a fallu reconstruire

la société et amalgamier des élemens hétérogènes.

(1) In-8.° Paris, 1677.

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( 162 ) Quelle fidélité peut inspirer à des domestiques l'aspect de fortunes cimentées par des banquerontes frauduleuses, des déprédations, des rapines , et contre lesquelles le sang du pauvre crie vengeance? Une vérité de fait ne tous les pays, c’est que, proportion gardée du nombre, il YA plus de fripons en carrosses qu'il n’y en a à pied; c’est ce qui fit dire au prince de Ligne : Les voleurs sont entendus de loin, car ils sont en voiture.

Si tu as un serviteur fidèle, dit PEcriture-Sainte, qu'il soit comme ton ami, et traite-le comme un frère (1). Madame de Lambert, développant cette maxime dans ses Avis d’une Mère à sa Fille, lui dit que le service étant établi conire légalité natu-

relle des hommes, il faut l’adoucir. Rien n’est si

bas que d’être haut avec qui nous est soumis. Îl ne faut appeler l’autorité que quand la persuasion est impuissante (2). Ces dernières réflexions sont judicicuses; mais reclifions l’erreur dans laquelle est tombée madame de Lambert, en supposant que légalité naturelle est blessée par la domesticité, puisque , fondée sur des conventions libres , elle résulte da respect réciproque pour le droit de propriété. Sans ce respect, tout seroit guerre, on ne

(1) V. Ecclésiastique , ©, 53, v. 3.

(a) V. Les Œuvres de mad. Lambert, in-8.° Paris, 1748, t.2,p. 203 et suly.

: | sortiroit jamais de l’état de chasseur, il ne pourroit ÿ avoir ni maisons, ni culture. |

On trouve d’excellentes réflexions sur le même sujet dans un ouvrage de J.-J. Rousseau, qui contient d’ailleurs des choses très-pernicieuses. Qui ne seroit attendri du tableau de cette famille où l’on n’aperçoit ni mauvaise humeur, ni mutinerie dans l’obéissance, parce qu'il n’y a ni hauteur, ni caprice dans le commandement; où ceux qui sont les maitres à prix d’argent, le deviennent par Pempire des bienfaits , parce que l'affection se paye en même monnoie; où les maîtres savent qu'il est un milieu. entre une dureté repoussante et une basse familiarité; où les domestiques assez raisonnables pour senür qu'ils ne manqueront de rien tant que Ja maison prospérera , s’y intéressent comme à leur propre chose (1)? La réalité de l’histoire atteint rarement ce tableau presque fantastique à l'époque où nous vivons.

Quel contraste présente la conduite de ces mattres durs, capricieux, impitoyables, à qui la bonté est aussi mconnue que la justice, dont le ton et les

manières repoussent toute affection, et qui veulent

| ne commander qu’à des automates ; qui, à l’opu- | lence associant tous les résultats d’une mauvaise

| éducation, sont étrangers aux procédés reçus par-

(1) V. La Nouvelle Héloïse ,t, 3, lettre 16.

ii les gens honnêtes, et qui, pétris de vices, exIgent que leurs domestiques soient sans défauts? [ls ont une place distinguée dans un livre anglais , intitulé: Essai sur Part de tourmenter ingénieusenent, où l’on expose les règles propres a cet exercice amusant (1); ouvrage attribué à miss Collier : il est dans le genre de celui de Swift.

Après quelques détails sur les inventions de certains pays, inapplicables à d’autres contrées, tels queles ventilateurs et les éventails qui sont inutiles aux Lapons, les poêles à chauffer des zônes glaciales qui sont inutiles entre les tropiques, elle donne des règles aux amis, aux époux pour $€ tourmenter réciproquement ; elle peint adresse avec laquelle des enfans, novices encore dans l’art de tourmenter, s’essayent sur des animaux au métier de Caligula, de Néron, de Phalaris. Si les maitres et maîtresses n’ont pas d’enfans pour fourmnen- 1er les domestiques , elle conseille aux premiers d’y suppléer en s’entourant d'animaux, pour lesquels ils auront une tendresse exiravagante.

Leshommesreligieux, reconnoissant l'empreinte du créateur dans ses ouvrages et les droits inalié-

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(1) An Essai on the art of ingentously tormenting with pro— per rules for the exercice of that amusing study, etc., In-12, 4. édit. London, 1806. On vient d’en publier une cinquième

#dition,

| mables de l'espèce humaine, ont toujours placé au

nombre des devoirs indispensables, non seulement celui d’être bons envers leurs subordonnés , mais encore de les instruire, d’être leurs modéles. « Si « quelqu'un, dit Papôtre des nations, n’a pas soin

| « des siens, et particulièrement de ceux de sa mai-

« son, il a renoncé à la foi, et il est pire qu’un in- « fidèle (1). » Certes, très-peu de gens compren-

| nent toute l'étendue de leur responsabilité sur cet

|article.

Lors de la canonisation du pape Pie V ,'les au-

diteurs de rote insistèrent vivement sur le soin qu’il | prenoiït de ses domestiques (2). 11 faut associer à

cet éloge le cardinal Barbarigo, Albergati, évêque de Bologne, saint Charles-Borromée, le vénérable

Palafox, le chancelier d’Aguesseau (5), Pierre Pi-

thou qui, dans son testament, déclare avoir toujours vécu avec ses domestiques comme avec des hommes (4); le marquis de Sévigné qui servoit les siens devenus infirmes (5); Joseph Dudley, gou-

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