CHAPITRE IX
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Continuation du Mme sujet. — Projet d’une société en faveur des domestiques. —— Conclusion,
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La législation : plus occupée à punir qu’à récompenser , n’a guère connu que les mesures répressives, parce qu’elle doit seulement protection à celui qui, obéissant : aux lois, remplit avec fidélité les chgagemens du pacte social. Les récompenses
ne sont dues qu’à homme qui, ne se bornant pas à ce que prescrit la loi, par des découvertes i impor-
tantes, des actions « ‘éclat, rend des services émi-
nens à a société ; mais si, comme il est arrivé tant
de fois éhez tous fs per pour ses bienfaits , il
| ‘ne recueilloit que des persécutions , nennte
nationale n’amortiroit pas le zèle de celui qui, con-
“naissant toute l’étendue de ses devoirs, soulève le
rideau de l'avenir et entrevoit un fe ordre de choses par de là les bornes de la vie. Ta tâche de décerner des prix à la vertu fut souvent aban-
dorinée aux sociétés de bienfaisance et aux parti-
“culiers, dont les uns ont fondé des prix pour les
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bonnes mœurs , sous le nom de fêtes de Rosière ;
les autres ont ouvert à l’indigence , au malheur des
asiles sur lesquels les Gouvernemens étendojent. leur protection. Quand on aura exposé ce qui à été projelé ou exécuté en faveur de la domesticité, on connoitra mieux ce qui manque et ce que lon peut essayer. | |
Le cardinal Le Camus, évêque de Grenoble , établit un maison de-refuge pour les filles saus condition, jusqu’à ce qu’elles en eussent tronvé : c’étoit peut-être la seule existante alors dans toute la France. |
À la fin du livre intitulé : L'Auteur Laquais, dont on a parlé , est un projet de maison de retraite pour les domestiques, qui ; après un service de vingtans, se trouverolent par leur âge , ou
pour d’autres causes , incapables de continuer le
service , «il ny admet que des domestiques des « états supérieurs ; c’est-à-dire , dont les maîtres « soient militaires., ou ecclésiastiques ; on du:bar- «reau , on des six corps des marchands , ou des « gens vivant de leurs biens, » Il établit une espèce de subordination entre les valets de chambre, officiers d'office, etc, et les décore chacun d’une médaille qui aura pour inscription : Chevalier de la Constance , ete. À ces bizarreries près ; son projet mérile d'èlre examiné ; ilkadmet temporai-
ement, moyennant une modique rétribution., Îles
domestiques qui sont sans maison, ét même ceux:
qui auront quitté leurs maîtres pour des raisons prouvées légitimes.
. Cette idée fut reproduite avec quelques modi-
fications dans un ouvrage qui, en 1777, parut à Avignon sous ce titre : « Projet d'Établissement « d’une maison de retraite pour les domestiques, « par MicuEz ;'officier de maison. » Son plan est simple : il suppose qu’un certain nombre de personnes des deux sexes, en service , font chacune
une mise de 100 francs ; avec ce fonds, il établit.
. une tontine et quatorze maisons de retraite à Paris ;
Lyon, Marseille, et autres grandes villes. Ce plan pouvoit être accueilli, sauf à l'améliorer par les mesures propres à en assurer le succès.
.… Chamousset, le Howard ,le Hanway de la France , et dont le nom ne doit être prononcé qu'avec attendrissement , avoit conçu, dès l'an 1754 , un projet d'association pour les domestiques. Au moyen d’une somme modique, chaque souscripteur devoit y trouver toutes sortes de secours. Lorry, Tissot, Petit, Bertrand , et d’autres savans non moins distingués, ayoient approuvé ses vues ; à exécution desquelles il avoit su intéresser même Je roi de Danemarck, à cause des Danois voyagent en France ; mais la destinée de ce qui est sage et utile r’est-elle pas d’éprouver des contradictions ? elles pulluloient pour ainsi dire sous les pas de
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(ar) Chamousset. Les maîtres refusoient de souscrire pour leurs domestiques ; sous prétexte que ceuxci auroient les hôpitaux pour dernière retraite. Il défendit en philosophe, dit quelqu'un , le projet qu'il avoit conçu en citoyen. Hi loua à la barrière de Sèves une maison pour essayer son plan, et tenta de le faire goûter, en le modifiant , sous le titre : d’Etablissement pour les Domestiques malides , d Asile pour les Servantes hors de condition; afin de les encourager, il sraduoit les récompenses , purifoit Pidée de loterie par un tirage annuel de lots au profit des associés qui auroiént des certificats de bonne conduite. Ames sensibles! lisez les œuvres de Chamousset. Peut-être qu'un jour les rêves de cet homme de bien , comme ceux de l'abbé de Saint Pierre, ne seront plus des rêves.
Dépuis quelques années, les sociétés de prévoyance se multiplient à Paris.
Société des ouvriers de la Pompe à Feu et de la Fonderie de MM. Perrier , a Chaillot.
+ Des Amis de PHumanité, principalement conrposée d'imprimeurs.
Des garçons de chantier de Fe Louviers.
Des Amis de l’Egalité, autrefois Bourse des Malides , etc. etc. etc. R (
On compte actuellement dans la capitale environ quatre-vingts corporations de ce genre, qui Etibrassent au moins six mille familles, ce qui les
( 215 ) | porte à l’économie, aux bonnes œuvres, à Passistance réciproque.
Le mouvement imprimé | à Paris s’est communiqué aux départemens. Des sociétés semblables ont été formées à Mont-de-Marsan, Montauban, Tou- Jouse, Bruxelles , Colmar ; il ÿ en a sept à Grenoble. On peut consulter à ce sujet les excellens rapports présentés annuellement par M. Petit de Beauver- -ger, et surtout par M. Dupont de Nemours, à la Société Philantropique de Paris; elle suit de l'œil ces établissemens , les encourage , les compare, elle deviendra peut-être bientôt le point central de leur correspondance. En formant ce vœu, Joignons-y celui de voir publier louvrage le plus étendu et le plus profond qui ait été fait sur cette matière, et qui a pour auteur M. Duwilards Cor aspoisdeg de l’Institut.
L’hospice de Saint-Janvier, hors des murs dé Naples, est spécialement destiné à recueillir les gens de livrée devenus invalides; ils sont habillés en bleu , et n’ont guère d’autres occupations que d'assister aux funérailles des personnes riches qui font ordinairement des legs à cet hôpital. En 1769, on y comptoit deux cent trente-trois domestiques invalides (1).
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(1) V. Nuova descrizsione etc. delle Sicilie, de Gius Calanti, 2n-8.° Napoli, 2780, t. 5, p. 147.
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( 214 ) Le magnifique hôpital de Wurzbourg , l’un des plus beaux de Europe, et qu’on appelle Julius,
du nom de l’évêque qui la fondé, est un monument soutenu , angmenté, Seeru tot par ses
successeurs. On y reçoit les domestiques des deux sexes. Ehlen, qui en étoit administrateur, publia, en 1802, « un projet d'établissement en faveur « des domestiques, pour servir de supplément à « Ja question proposée par le gouvernement de « Prusse sur là manière de secourir les domes-
« tiques invalides (1). » Il suppose que leurs gages:
annuels en Allemagne sont (calcul moyen) de dix écus d’Empire; il en demande le dixième, payable en deux termes, forme une association de 1500 membres, détermine les secours et les encouragemens à raison de la durée des services ; le magistrat municipal seroit invité à prendre le capital à cinq pour cent : ce capital s’'augmenteroit par une imposition sur les biens privilégiés, c’est-à-dire ceux du clergé et de li noblesse, etc.
L'Allemagne a retenti des éloges donnés à M. de
NVoght de Hambourg. Ses voyages ,-ses lumières,
ses travaux ontété dirigés vers le soulagement des pauvres dans cétte ville, où l’on comptoit il y a quel-
(1) Entwurf eines pensions und belohnung instituts fur Piensthother beyderley Geschlects in Stadten, von Lothar— Frans Ehlen, ën-8° Wurzbourg, 1802.
ques années 16000 domestiques. Cette classe faisoit des aumônes considérables, actuellement elle en fait peu. L'expérience a prouvé que la plupart des familles pauvres étoient d'anciens domestiques. On y a formé un hospice pour les servantes malades; et la société patriatique a distribué en 1810 des médailles aux domestiques des deux sexes qui avoient résidé EPA NE ol ans chez le même maitre. .
A Brieg en Silésie s’est foriné pour les domestiques femelles un autre établissement de bienfaisance auquel avoient souscrit en 1811 deux ou trois cents fanulles (1).
En Suède, la société finlandoise d'économie politique distribuoit des prix aux domestiques, en récompense de leur fidélité (2),
Desréglemensétendus sur la domesticité ont été publiés en 1810 par les gouvernemens de Prusse et d'Autriche. Ce dermier , persuadé que l'attrait des récompenses est un moyen aussi efficace que linfliction. des peines pour assurer Pobservation des lois, ajoute à la sienne une fondation sur laquelle le cœur se repose avec complaisance ; il ac—
corde cent cinquante florins de récompense à dix
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(1) V. Le Moniteur, 13 mars 1811.
(2) V. Le Nord politique et littéraire, par M. Olivarius, no15,p. 258.
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( 216) « domestiques mâles ou femelles de Vienue , qui j ayant servi avec sagesse et fidélité pendant vingtcinq ans, ont résidé dix ans au moins chez lemême maitre. Onoione cette capitale ne soit pas à l'abri de l’immoralité qui infecte toutes les grandes villes, au premier concours pour les prix, en mai 1611, la liste des aspirans fut de sept cbtcinatiunite 4 dont cent - quatre - vingt -neuf hommes et cinq cent-soixante-deux femmes, parmi lesquels seize avoient servi plusde cinquante ans, soixantedix-huit. plus de quarante, deux cent-tréntetrois plus de trente , et quatre cent- vingt-trois plus de vingt; dans ce nombre étoient des vieillards de soixante à soixante - dix ans, qui conünuoient. l’état dans lequel ils avoient lnehi Il fut vérifié qu'environ ciñq cents avoient rempli toutes les conditions requises par la loi. Les prix furent décernés à trois hommes et sept femmes. Qu'on me permette de citer nominativement la dernière, Rosalie Swoboda; elle n’avoit servi que vingi-neuf ans, mais toujours dans la même maison, et chez une veuve maltraitée par la fortune. Les gages de Rosalie n'ayant pu être payés, s'éloient accumulés au point d’en former un capital assez considérable; loin de réclamer cette somme, elle avoit continué de dévouer au soutien de la famille de cetie veuve son temps, ses forces, et iont ce qu’elle posédoit. La distribution de ces prix