OBSERVATION QUATRIÈME
« A la première douche, j'ai d'abord une sensation agréable de froid à la tête ; puis quand le besoin de renouveler l'air de mes poumons s'est fait sentir, ne pouvant respirer, j'ai éprouvé un sentiment d'angoisse horrible, qui est à peu près le même que celui qu'on éprouve quand on va se noyer, et qu'on a pu en se débattant revenir sur l'eau respirer un peu pour s'enfoncer de nouveau. (Je puis faire cette comparaison parce que j'ai manqué une fois me noyer.)
» Quand il m'a été permis de mettre la main devant la figure de manière à pouvoir détourner la nappe d'eau, j'ai ressenti l'impression agréable de froid dont j'ai déjà parlé, mais, en continuant à recevoir la douche , j'ai senti de la chaleur à l'endroit où frappait l'eau.
» A la douche des femmes , j'ai éprouvé les mêmes sensations ; mais , de plus , un sentiment de pesanteur , parce que l'eau tombait de plus loin , et la chaleur dont j 'ai parlé s'est développée plus vite. Dans la journée je n'ai rien éprouvé , je n'ai pas eu mal à la tête ; je dois même
( 18) dire , en faveur de la douche , que la première fois j'avais une céphalalgie frontale si forte que je pouvais à peine ouvrir les yeux ; sitôt la douche prise , mon mal de tête avait disparu. » D. L.
Les effets mentionnés par MM. Galtier et de Luppé se sont reproduits chez bien des aliénés qui étaient en état de rendre compte de leurs sensations. J'en ai rencontré même pour lesquels elles avaient été si agréables , qu'ils désiraient les prolonger. Il est vrai que c'était seulement dans le quartier des hommes , car la douche du quartier des femmes a été pénible pour tous , et je n'en connais aucun , je l'ai déjà dit , qui ait pu la supporter pendant quatre minutes sans en éprouver de vives douleurs , même lorsque je permettais de se servir des mains pour prévenir le sentiment de suffocation. La douche peut donc produire des effets tout opposés: terrible pour la plupart des malades , elle est agréable à quelques-uns. C'était là une notion importante à constater ; cherchonsen d'autres.
On croit , en général , que la douche a une action unique, c'est-à-dire qu'elle agit en déterminant une douleur plus ou moins vive : c'est ici une erreur qu'il faut détruire , si l'on veut que ce remède puisse être employé rationnellement. J'ai entendu souvent des aliénés crier qu'on leur glaçait la tête , que le froid qu'ils
( 19 ) ressentaient était insupportable ; d'autres se sont plaints de ce qu'on leur ébranlait le cerveau , disant que la sensation qu'on leur occasionnait ne serait point plus douloureuse si on leur donnait des coups de marteau sur la tête; d'autres, enfin, se récriaient contre l'asphyxie dont ils étaient menacés : J'étouffe , j'étouffe , disaientils avec angoisse. Certainement, par ces plaintes, ils faisaient bien connaître que l'action de la douche n'était pas la même chez tous. En effet, la douche agit au moins de trois manières différentes : elle détermine le froid , la commotion cérébrale , la suffocation. Parmi les faits nombreux que je pourrais citer à l'appui de cette proposition , j'en choisirai quelques-uns qui sont assez curieux par eux-mêmes , et qui me semblent plus favorables pour démontrer la proposition que j'avance.