‹ De la douche et des affusion d'eau froide sur la têteChapitre 11 sur 18 · OBSERVATION CINQUIÈME · texte numérisé non relu

OBSERVATION CINQUIÈME

Manie guérie principalement par le froid de la douche.

Madame L*", ayant éprouvé une vive frayeur peu de temps après son accouchement , lorsque les lochies n'étaient pas encore supprimées et tandis qu'elle nourrissait , se plaint tout aussitôt d'une vive céphalalgie occupant principalement la région frontale ; la lactation diminue beaucoup. Le surlendemain, délire vague, insomnie; deux jours plus tard, délire général avec fureur,

( 20) suppression entière de la lactation. L'enfant est retiré à sa mère , à laquelle on pratique une saignée au bras de 350 grammes. Le délire et l'agitation persistent pendant un mois encore malgré une diète sévère , des bains tièdes généraux , des pédiluves sinapisés et des boissons rafraîchissantes. La famille de Mme. L*** se décide à la conduire dans ma maison de santé. A son entrée, il y a encore chez elle délire général avec agitation et une irritabilité qui provoquent souvent une fureur aveugle ; point de sommeil , appétit vorace mais irrégulier, cris , vociférations , amaigrissement. Cet état de manie n'est interrompu que de loin en loin par des intervalles de repos et de demi-lucidité.

Le traitement employé jusqu'alors ne permettant pas d'affaiblir encore l'aliénée par une nouvelle saignée générale , je fais appliquer deux fois des sangsues , une fois aux genoux , et une fois aux malléoles , qui , loin d'amener du calme , semblent accroître l'agitation. Je crois devoir insister encore sur l'emploi des bains tièdes et des boissons rafraîchissantes ; mais , la manie persistant dans toute son intensité , je me décide à employer la douche.

Mme. L*** est placée dans un bain tiède , où je la laisse , selon mon usage en pareille circonstance , pendant une heure. Au moment de l'en retirer, la douche est administrée. A peine l'eau a-t-elle touché sa tête, qu'elle

(21 ) s'écrie : Mon Dieu , quel froid ! Elle répète la même plainte plusieurs fois de suite et n'accuse aucune autre sensation pénible. Lorsqu'elle est sortie du bain , elle est étourdie , mais ne se plaint encore que du froid qui a resserré sa tête , dit-elle , s'est propagé sur tout son corps et lui a donné un serrement d'estomac. Cette impression du froid est si forte et se prolonge si long-temps, qu'il faut placer la malade dans un lit chaud pour obtenir la réaction. Avec celle-ci reparaît l'agitation , mais la nuit suivante il y a plusieurs heures de sommeil , ce qui n'a point eu lieu depuis long-temps.

Le surlendemain , seconde douche , effets absolument semblables. Mme. L*** se plaint tout aussitôt du froid qu'elle éprouve dans la tête, elle jette des cris jusqu'à ce qu'on l'ait sortie du bain et placée dans un lit chaud , de manière à provoquer la réaction , qui , comme l'avantveille, rappelle le délire général avec agitation. Dans la nuit, le sommeil est plus long et plus tranquille que la première fois.

Huit douches sont ainsi répétées à deux jours d'intervalle ; à chacune d'elles l'aliénée se plaint exclusivement du froid violent qu'elle éprouve dans la tête ; mais après chacune d'elles aussi la réaction s'accompagne d'un délire moindre , d'une agitation moins soutenue , ainsi que d'un sommeil plus long et plus tranquille. Après la dernière , il ne reste plus chez Mme. L*** que ce délire vague , ce

(22) léger trouble de la raison que chacun a pu éprouver le matin en se réveillant après un songe pénible.

Je fais remplacer les douches par des aff usions. Quoique l'on verse de l'eau en assez grande quantité pour qu'elle forme la nappe et gêne la respiration , c'est encore seulement du froid que se plaint Mme. L**% qui redoute ce moyen encore plus que le précédent. Après quatre affusions administrées quotidiennement , pendant lesquelles la raison se raffermit , je laisse la malade tranquille ; mais un délire vague ayant reparu , la mobilité étant excessive , j'ai de nouveau recours à la douche , qui est administrée pendant trois jours de suite et amène une guérison complète. Huit années se sont écoulées depuis lors, Mme. L*** a fait plusieurs enfants qu'elle a nourris, et il n'y a pas eu menace de récidive.

Page 1