OBSERVATION PREMIÈRE
Un aliéné d'une forte constitution , jouissant d'une bonne santé , était sujet à de fréquentes hallucinations , surtout pendant la nuit. Lorsqu'elles survenaient , il croyait voir une grande quantité de personnes qu'il avait connues , dont plusieurs étaient mortes depuis longtemps, qui sortaient, disait-il , de leurs tombeaux pour venir se montrer à lui sous leurs formes premières , et lui donner les ordres souvent les plus bizarres. Ces hallucinations le tenaient éveillé et provoquaient en lui une si violente excitation , qu'il sortait de son lit, poussait des cris de possédé , frappait contre les portes , les fenêtres , et privait de sommeil toutes les personnes qui
couchaient à une certaine distance de sa chambre. Une nuit, pendant laquelle ces hallucinations se renouvelèrent avec une nouvelle intensité , l'aliéné poussa des cris si furieux , que le médecin fut appelé ; il voulut entrer dans la chambre de l'aliéné , mais celui - ci s'y opposa , tint sa porte fermée , et plaçant ses épaules derrière , tandis qu'appuyant ses pieds contre son lit il formait un arc-boutant , il résista long-temps aux efforts de plusieurs domestiques réunis. La porte fut forcée cependant , mais l'aliéné se défendit encore ; il donna des coups aux personnes qui voulurent s'emparer de lui , et qui ne réussirent qu'avec beaucoup de peine à lui mettre la camisole et les jarretières. Lorsqu'il fut ainsi contenu , le médecin sentant la nécessité de le punir et de le forcer pour l'avenir au silence, prescrivit la douche , qu'on savait qu'il redoutait beaucoup. Il se débattit encore, poussant des cris violents ; mais enfin la force l'emporta, la douche fut administrée. La colonne d'eau était faible , la douche ne dura pas deux minutes , et néanmoins l'aliéné qui avait continué à crier tomba tout-à-coup dans un silence profond , il pâlit , sa tête se pencha sur sa poitrine , il était mort. On tenta en vain les réactifs les plus énergiques , il n'y eut plus signe de vie.
Lorsque le lendemain on fit l'ouverture du cadavre , on ne trouva absolument aucune altération qui pût expliquer la folie ni la mort.
Il est probable que les efforts prodigieux que l'aliéné avait faits pendant sa longue résistance avaient déjà diminué sa force d'innervation , que ses cris si violents et si long-temps répétés avaient provoqué un commencement d'asphyxie, et que, dès-lors, il suffit qu'un obstacle momentané empêchât l'introduction de l'air dans la poitrine, pour qu'il survînt une suffocation mortelle.
La seconde observation qui prouve que la douche est un moyen dangereux , je l'ai recueillie dans le service de l'Hôpital des aliénés :