‹ De la douche et des affusion d'eau froide sur la têteChapitre 8 sur 18 · OBSERVATION DEUXIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION DEUXIEME

Le nommé A*** était atteint de manie depuis longtemps ; il délirait sur tous les sujets , était d'une mobilité extrême, et se portait souvent à des actes de violence envers les autres aliénés. Des divers moyens de punition que j'avais employés , la douche seule avait produit de l'effet, lorsqu'elle avait été long-temps prolongée. Un jour cet aliéné frappa brutalement et blessa un des infortunés renfermés avec lui , la douche fut prescrite ; on l'y conduisit , et comme il ne pouvait douter que je ne l'épargnerais point , il se débattit et poussa des cris non interrompus. La douche fut administrée; elle durait depuis trois ou quatre minutes , lorsque les cris cessèrent tout-à-coup ; les yeux s'étaient

( 13 ) fermés , la pâleur s'était répandue sur le visage et sur tout le corps , le pouls ne battait plus , il y avait lipothymie. Des réactifs furent employés tout aussitôt , de l'eau presque bouillante fut appliquée sur les extrémités , on fit des frictions rudes sur tout le corps, un llacon d'ammoniaque fut placé sous le nez , et la respiration se rétablit. Quelques minutes plus tard , l'aliéné avait repris son état normal.

Dans cette circonstance , je fus moins malheureux que mon confrère; mais bien certainement, si je n'avais pas été si attentif à l'action de la douche, ou si j'avais été dans l'impossibilité de mettre en œuvre à l'instant même les réactifs les plus puissants, la douche eût encore occasionné la mort. Je l'ai vue chez plusieurs autres aliénés causer un commencement de défaillance, et toujours alors ils n'avaient cessé de pousser des cris pendant qu'ils la recevaient. Il est probable que, dans ces cas, l'eau était entrée dans la bouche et avait provoqué un resserrement spasmodique du larynx, peut-être aussi de la trachée-artère et des bronches. Un resserrement semblable peut bien avoir contribué à la mort du sujet de ma première observation et à la lipothymie du sujet de la deuxième.

La douche est donc un moyen qui peut devenir mortel et qui d'ailleurs détermine souvent des sensations trèsdouloureuses. Il faut bien qu'il en soit ainsi , puisque

tant d'aliénés la redoutent au point de se soumettre aux privations les plus dures , aux travaux les plus fatigants, aux aveux les plus humiliants dans leur esprit , plutôt que de se la laisser infliger. Combien n'en ai-je pas entendu me dire qu'elle était pour eux un supplice affreux ! Combien n'en ai-je pas connu qui conservaient un long désir de vengeance contre le médecin qui la leur avait fait infliger I Combien, dirai-je encore, ne me serait-il pas facile d'en désigner qui , après leur guérison , qu'ils reconnaissaient eux-mêmes devoir à la douche, en gardaient un souvenir si pénible , qu'il suffisait de prononcer ce mot pour déterminer en eux un vrai frémissement ! Il n'est donc pas étonnant que quelques médecins se soient élevés avec force contre l'emploi d'un pareil moyen , que des hommes politiques aient voulu le défendre ! Us étaient poussés par un sentiment généreux , mais exagéré. En médecine , ce sont les remèdes héroïques qui peuvent seuls être employés avec succès contre les maladies rebelles. Le tartrate d'antimoine et de potasse, le quinquina , l'opium ont eu leurs détracteurs; bien des hommes de mérite ont voulu les proscrire , épouvantés qu'ils étaient de la violence de leur action dans quelques cas ; cependant ces remèdes sont restés puissants, et aucun praticien aujourd'hui ne craint de les ordonner. Il en sera de même de la douche , lorsqu'au lieu d'être donnée au hasard et par des personnes inex-

( 15 ) périmentées, son action sera bien déterminée et que les médecins seuls auront le droit de la faire administrer. Alors on n'aura plus à en redouter les conséquences ; elle deviendra , ce qu'elle a été entre les mains de plusieurs médecins illustres , un moyen thérapeutique d'une haute valeur. Pour moi , je n'hésite point à le dire , je la prescris souvent , je lui dois d'importantes guérisons , et sans elle je ne connaîtrais pas la possibilité de maintenir l'ordre dans un asile d'aliénés. Mais poursuivons l'étude de ses effets.

J'ai dit que , dans quelques cas , la douche produisait une sensation agréable , surtout si le malade la recevait volontairement. Voici ce qu'ont éprouvé deux jeunes médecins qui ont voulu en apprécier les effets par euxmêmes. Je transcris exactement les notes qu'ils m'ont données; elles constatent ce fait, que l'un et l'autre, quoique par des causes différentes , ont éprouvé momentanément une sensation agréable (1).

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