‹ De la douleur considérée sous le point de vue de son utilité en médecine et dans ses rapports avec la physiologie, l'hygiène, la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 11 sur 18 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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cette science bienfaitrice qui, ayant pour objet l’étude de l’homme dans ses rapports avec la nature organique et inorganique , s’occupe spécialement des influences nuisibles ou favorables c|ue les divers corps exercent sur ses organes.

C’est par elle cme l’homme apprend à se soustraire à l’action de certaines de ces influences, à rechercher les unes, à corriger ou modifier les autres , et à prévenir la foule de maux qui l’attendent et ne le frappent c[ue trop communément sur le chemin épineux de la vie.

Qui le croirait! l’hygiène s’est emparée de la douleur 5 et , appuyée sur l’observation et l’expérience , ces deux principes de tout ce qui est positif, elle a su l’utiliser dans l’intérêt de la santé de l’homme.

L’un des premiers soins de cette science a été de s’intéresser à notre enfance , et

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comme chacun le sait,'

de claerclier à la familiariser avec les sensations les plus fortes et les plus opposées. C’est d’elle que nous apprîmes que , pour fortifier notre frêle machine lorsqu’elle est encore à son berceau, j)Our donner à nos organes toute la puissance d’action et de vie qu’ils sont susceptibles d’acquérir , pour augmenter la force de notre constitution , pour que nous puissions résister par cela même, avec plus d’assurance, aux causes de notre destruction , le moyen le plus assuré , le plus infaillible pour y parvenir , était de soumettre nos jeunes ans à une éducation sévère et mâle , de leur faire connaître les secousses de l’adversité, de tremper l’enfance, comme le disait seau, dans l’eau du Styx, de la soumettre enfin aux aiguillons de tous le5 genres de douleurs.

C’est en exposant sans cesse les enfans à de pareilles épreuves ( et combien de faits ne l’attestent-ils pas ! ) , c’est en variant ces épreuves suivant les circonstances, mais en les proportionnant toujours à la faiblesse d im âge aussi tendre , que l’on donne plus de stabilité et d’aplomb à leurs systèmes sensibles et contractiles 5 que l’on fortifie la texture de ces systèmes j quel’on agrandit l’étendu©

de leur action , et que l’on prépare pour les âges suiv ans une santé plus robuste,

, mieux adérmie, et des plaisirs sans amertume.

cc Loin d’etre attentif qu’Emile ne se >3 blesse , écrivait fort éloquemment le 33 philosophe de Genève, je serais fort 33 fâché f[u’il ne sc blessât jamais, et qu’il 33 grandît sans connaître la douleur.

33 Soufïrir est la première chose qu’il doit 33 apprendre, et celle qu’il aura le plus 33 grand besoin desavoir. Il semble que 33jes enfans ne soient petits et faibles 33 que pour prendre ces leçons sans dan- 33 ger. 33 Plus loin il ajoute : Concevezvous quelque vrai bonheur pour aucun, être hors de sa constitution ? Et n’estce pas sortir l’homme hors de sa constitution que de vouloir l’exempter également de tous les maux de son espèce f Pour sentir les grands biens il faut que l’homme connaisse les petits maux. Si le physique va trop bien , le moral se corrompt (i).

(i) Qui sait, au printemps de son âge, Souffrir les maux avec courage ,

A bien des droits sur les plaisirs.

(Beriiis, Epit. sur la Paresse.)

Si ces vérités étaient méconnues , si les applications en étaient contestées , riiistoire des penples viendrait nous prêter appui , et défendre nos propositions. Consultons, en effet, les Annales de Sparte ; interrogeons Hérodote ^ f]ui 310US a transmis celles des anciens Perses ; AT O cite , qui nous a fait connaître les mœurs des Germains : là nous apprendrons que les femmes de ces peuples int;repides, loin de craindre et de repousser, jcomme les nôtres, tout ce qui pouvait Idesser leurs enfans ou mettre en jeu leur sensibilité, les précipitaient en quelque sorte au-devant delà douleur en les soumettant àl’âpretédesfroidsles plus aigus, à l’action de la chaleur la plus insouteïiable, aux tourmens de la faim, de la soif, de la fatigue , de l’insomnie , et aux: coups même. Lycurgue fit plus. Il commanda que les enfansde Sparte allassent îius, exposés à toutes les injures des saisons j qu’ils fussent fouettés, déchires même annuellement, à coups de verges, dans un temple consacré à Diane , parce qu’il entrait dans l’esprit de ses institutions que Lacédémone possédât pour citoyens des hommes forts , étrangers à toutes craintes, et non des êtres effémhiés qui n’eussent pas su comljattre

pour la défense de leurs foyers et la protection qu’ils dey aient à leurs dieux.

L’histoire des siècles nous présente un grand nombre de législateurs , de phiïosoplies et de médecins, qui avaient lûen jugé de l’heureuse influence d’une éducation agreste sur notre organisation . Beaucoup d’entre eux ont dû à cette éducation une longue vie et une force d’esprit peu commune. On sait comment fut élevé l’ami de Sully, le plus illustre connne le meilleur de nos rois. Qu’eût fait une éducation molle sur une organisation aussi heureuse? Elle eût probablement perverti ce beau caractère , et peut-être même qu’avec elle il n’eût jamais été le grand Henri, le loyal ami, et le père des peuples qu’il était appelé à gouverner.

Mais , parmi beaucoup d’autres, nous nous plaisons à recueillir ce que pensait plus particulièrement Montaigne à ce sujet, ce Plus vous apprivoiserez les eny> fans avec la douleur, nous dit ce vérit 35 dique philosophe , plus vous leur ôterez 35 la pointure de l’étrangeté , et plus aussi 35 vous rendrez leur âme invulnérable et 35 dure. Hompez-les à la peine et aux 35 âpretés des exercices, pour les dresser 35 à la peine et aux âpretés de la don-

55 leur, de la colique, du cautère, de 55 la geaule et de la torture. 55

Nous bornerons là nos citations, quoiqu’il nous lut fort facile de les multiplier à volonté, et de nous appuyer des autorités les plus recommandables dans l’antiquité et les temps modernes. Tous les penseurs, tous ceux qui font autorité près de la raison humaine , ont tous dit que , par une éducation rude et sévère , nonseulement on ajoute à la puissance des forces physiques animales, qu’on leur donne plus de stabilité , de fixité en un mot J mais ils ont ajouté aussi que, par cette éducation, les enfans acquièrent incontestablement une plus grande vigueur morale; qu’elle les fortifie contre la crainte et le danger ; qu’elle les guérit de l’importune sensibilité qui ajoute au mal , l’impatience de l’endurer ; qu’elle leur apprend enfin qu’ils ne doivent jamais considérer la douleur comme le mal le plus grand et le plus cuisant qui puisse leur arriver.

Locke et Rousseau surtout attachent d’autant plus d’importance à ce genre d’éducation, qu’ils n’ont jamais ignoré qu’au physique comme au moral les ciifàns peuvent être et sont en effet tout ce qu'on veut qu’ils soient :

Ut quemque auum volt esse ( iiatiim) Ità est,

disait Térence dans sa comédie des Adelphes.

Mais, lorsque nous nous détermiuoiis à mettre en pratique des préceptes de cette nature , il est une remarque que nous devons faire , et que nous ne saurions oublier dans l’interet meme de l’enfance. Pour que la douleur lui soit utile, pour qu’elle n’entraîne pas a sa suite des maux plus graves que les avantages que l’on recherche en elle, il faut qu’elle soit suivie d’une réaction organique proportionnée a sa force , reaction sans laquelle la vie serait évidemment compromise j il faut que la nature puisse se relever avec énergie sous le coup que la douleur lui porte. Trop fort, ce sentiment, loin d’ajouter à l’énergie des forces de la vie , en pervertirait le jeu ou en anéantirait faction. Un médecin seul peut donc prononcer sur cette matière.

L’histoire nous cite cependant des peuples (pu n’ont pas même craint la violence de la douleur. Tels ont été les Lydiens. Suivant le père de l’histoire, Hérodote , ils ne redoutaient mdlement de recourir au feu, qu’ils appliqxiaient sur diverses parties du çorps de leurs

enfans. Ces peuples pensaient fpie, pai? de telles cautérisations, ils leur donliaient plus de force et une santé plus durable.

JMercurialis , qui vivait au seizième siècle , iio.us dit aussi que de son temps, en Toscane, on appliquait un fer rouge à l’occiput des enlans pour les préserver des aifections catarrhales et de l’épilepsie.

11 paraît, d’après Alpin, que

les Egyptiens se comportaient de même, et dans des vues en tout analogues à celles-ci.

On ne saurait donc méconnaître, quand on a pu apprécier toutes ces pratiques et leurs résultats définitifs , soit pour chaque individu, soitpouiTa grandeur des nations , quelle est la puisfiaiite influence de la doideur, et quels avantages prodigieux on peut en retirer lorsqu’on l’emploie comme moyen et comme puissance hygiénique.

Les bains froids ou glacés , tels que les prennent les peuples qui avoisinent les régions polaires, les frictions rudes, les chatovdllemeiis adroitement ménagés, l’urtication, la flagellation même, ont tour à tour été conseillés et etnployés dans les mêmes intentions.

Comme les précéclens , ces moyens agissent en suscitant divers modes de douleurs J en ébranlant par elles tout le système des nerfs -, en remontant les ressorts de son action ; en facilitant la distribution du principe de la sensibilité dans toutes les parties constituantes de ce système j en lui assurant la puissance convenable pour l’exercice et la régularité des actes vitaux.

Devons -nous dire maintenant que, si la douleur ne doit pas être ménagée à l’enfance, jDarce qu’elle en retire des avantages incontestables pour son organisation physique et morale, les âges qui suivent ne doivent pas se la rendre plus étrangère dans les mêmes vues et pour les mêmes fins ?

Cette proposition effraiera sans doute cet essaim de sybarites qui ne voient de bonheur et de jouissances pour l’homme que lorsqu’il est plongé dans la mollesse , et rassasié de plaisirs et de volupté. Mais devons - nous nous en laisser imposer par leurs clameurs aussi impuissantes qu’est leur faible courage?

IS on assurément. L’homme, répéteronsnous encore, est né pour souffrir. Voilà son arrêt que lui a dicté le destin luiiiiême. Oserait-il le récuser? L’histoire

Je chaque individu , du puissant qui commande et du iaible qui obéit, atteste ce que nous disons. Les nations elles-mêmes n’ont pas plus de droits au vrai boidieur que les individus. Tour à tour meurtries par les pesantes chaînes du despotisme, par les excès de la liberté et les fureurs de la démocratie , il faut qu’elles souffrent j et leurs efforts pour changer de condition n’ont malheureusement d’autres résultats que de leur apprendre la vérité qu’elles voudraient méconnaître.

Souffrir, voilà donc ce que l’homme doit apprendre. S’il se soumet à cet arrêt au lieu de s’en plaindre , son âme en recevra et plus de force, et plus de vigueur. La prospérité ne l’aveuglera jamais. Loin de là même : le malheur sera pour lui une occasion de manifester la noblesse et la grandeur de son caractère. C’est alors qu’il aura le courage de répondre à la puissance injuste ou cruelle qui voudra l’humilier ; Q^ue l^on me reconduise aux carrières l

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