CHAPITRE III
feu ^oufeiuy dau(ù Je<ù tappozi<(} civeê feu ff'atfiofopia .
JA douleur, étudiée sous le rapport purement pathologique, considérée ellemême comme malaclie , ou comme s’associant à toutes les lésions morbides qui sévissent sur l’économie animale, nous présente une série de considérations dont l’étude offre un genre d’intérêt qu’on ne saurait trop apprécier. En effet , elle entre comme partie essentielle ou principale dans un si grand nombre de maladies , elle se complique si souvent avec ellés , ([u’à l’exception d’un très-petit nombre, on ne saurait sans elle concevoir la plus grande partie des maux auxipiels nous sommes sujets. Souvent la douleur précède ces maux , ou les développe 5 plus souvent encore elle les fortifie , les soutient et les termine. Sans doute elle est le plus ordinairement une compagne fort fâcheuse qui aggrave , qui complique les autres symptômes qui caractérisent les maladies 3
sans cloute son acuité, sa violence, M continuité sont avec juste raison redoutées par le médecin et le malade ; sans doute encore le médecin ne saurait trop faire pour lui opposer, lorsqu’il le peut, toutes les ressources de son art pour suspendre les tortures cj^u’elle cause, l’adoucir, l’anéantir même dans un grand nombre de cas. Mais combien n’est-il pas d’autres circonstances où, lorsqu’elle est modérée, la douleur se présente à nous avec des caractères et des avantages dont nous ne saurions récuser l’utilité? Que d’occasions multipliées qui s’offrent chaque jour au praticien , où son premier devoir est de l’exciter si elle existe déjà , de la faire naître même, pour diminuer la violence de certains actes morbides , en régulariser d’autres , faire taire la souffrance d’un organe qui semble particulièrement accablé par le mal pour favoriser certaines terminaisons des maladies , ou ]>révenir le développement d’accidensredoutables. Bientôt nous justllierons toutes ces assertions par des exem])ies assez multiplitis et assez autlienti(|ues pour qu’aucunes d’elles ne laissent du doute dans notre esprit.
Maintenant nous avons à prouver par
anticipation que la douleur, principe constituant, élément essentiel de prèsque toutes les maladies , est d'une uti- LUé positive pour le développement et la régularisation de leur marche. Le ])lilegmon , i’irdlammation la mieux connue comme la plus vulgaire , nous servira d’exemple. Le médecin qui aura bien saisi le caractère de cette maladie , qui par sa nature ne diffère en rien des phlegmasies membraneuses et viscérales , celui qui connaît la dépendance réciproque des divers symptômes qui constituent cette inflammation , se permettra-t-il jamais de diriger ses moyens thérapeutiques contre la douleur seule, sans chercher en même temps à combattre de front les phénomènes qui dépendent plus spécialement de l’action vascidaire , comme la rougeur , la chaleur et la tuméfaction? Non assurément. S’il combat directement la douleur, c’est dans le cas seul où elle est prédominante, et où elle pervertit l’acte inflammatoire par son intensité. Si au contraire elle est modérée , si elle se balance convenablement avec les antres symptômes , le médecin ne peut et ne doit rien faire contre elle. Il ne l’attaquera alors que par les moyens
qu’il pourra opposer avec succès à tous les symptômes réunis. Si, poussé par d’aveugles systèmes encore trop cominuns au siècle où nous vivons, le médecin s’écarte de la route tracée par les grands maîtres de notre science j s il méconnaît les lois vitales fpii régissent nos organes; s’il attaque la douleur sans songer à modérer l’action vasculaire : qu’arrivera-t-il ? Par ses sottes erreurs il jettera les forces vivantes dans la prostration la plus complète, et la gangrène, en venant mettre un terniô aux soufïrances de ses malades , lui fera connaître ses fautes, et la nécessité pour lui de revenir à de meilleurs principes.
Ces considérations ne sont pas moins applicables aux douleurs qui se montrent aux approches des crises des maladies. Près de ces douleurs le médecin doit rester simple s pectateur , et son rôle est d’autant moins actif alors qu’il s’aperçoit que la maladie s’améliore vers le temps de leur apparition , et qu’elles entrent dans les vues aussi secrètes qu’incompréhensibles de la nature. Hippocrate ^ Arétée j Ccelius chez les anciens j BaiUou ^ Ferneli Huret, FlouUier , Sydenham , Boerhaave , Jlojfmami , Freind chez les modernes >
nous ont signalé dans leurs immortels écrits la conduite que nous devions tenir dans ces cas divers 5 et ceites ce ne serait pas sans danger (jue nous nous peiinettrions de suivre des bannieies dilïérentes. Ecoutons d’ailleurs ce qua dit à ce sujet un médecin de ce siecle , qui par ses travaux s’est placé au premier rang parmi ses contemporains :
« Un grand nomi^re de douleurs locales , de céphalalgies, de pleurody- 33 nies, de coliques, peuvent être con- 33 sidérées comme des aiïeclions parti»
33 culièresqui, ne s’étendant pas jusqu au 33 système des vaisseaux, n’en sont pas 33 moins des mouvemens de la nature, 33 dont le but est de réparer quelque 33 désordre caché dans les lois organi- 33 ques du corps humain ; et si ces dou- 33 leurs sont souvent chroniques , c’est 33 précisément parce que le système vas- 33 cul aire auquel les crises et les solu- 33 tiens des maladies paraissent parti- >3 culièrement attribuées , n’y prend au- 33 cune part , et r|ue la résistance vitale 33 se trouve trpp faible (1). 33
(1) Allbert, Traité des Fièvres pernicieuses , quatriùme édition , page 169.
Ainsi donc , soit que nous considérions la douleur , i.° comme prévenant le dévelojjpeinent d’une maladie grave 5 2.*^ soit qu’au contraire, accompagnant les maladies , elle en régularise la marche , en soutenant les actions nerveuses et vasculaires j 3.^ soit qu’elle fixe , qu’elle détermine les sécrétions critiques, ce phénomène a des avantages multipliés en pathologie , qu’il serait dangereux d’ignorer. Entrons dans l’examen de chacune de ces propositions , et voyons d’abord s’il est vrai que la douleur prévient quelquefois le développement de maladies beaucoup plus à redouter qu’elle ne l’est elle-même.