SECTION IL DEUXIÈME PROPOSITION
La douleur régularise La marche de plusieurs maladies en soutc7iant et maintenant d action nerveuse et vasculaire dans le tgpe qui convient le mie U V à une bonne terminaison ; en Jais a nt dériver le principe de la maladie d’un organe qui joue un grand rôle parmi nos fonctions , sur un autre qui est subalterne.
Plusieurs des oracles de notre science ont signalé ces vérités pathologiques.
Grimaud ^ de Montpellier , à qui nous devons d’excellentes vues en physiologie, et qui était familier avec les anciens , nous assure qu’il a vu plusieurs ibis des fièvres dépendantes d’une af-
fection locale, guérir avec promptitude lorsf|ii^il se maiiilestait pendant leuis cours des douleurs fort vives et instantanées. cm ) dont la vaste
érudition nous a laissé des trésors inappréciables, a consigné dans son ComjnenLarlcL in Hernianni BoerJiciave aphorîsmos le fait d’une femme 9[ui, jiendant c|u’elle était atteinte d une lievre continue , éprouvait en meme temps une douleur très-aiguë dans les muscles postérieurs de la jainlie gauche. On couvrit cette partie dolente de compresses imbibées d’eau-de-vie. La douleur s’évanouit deux heures apres ; un délire affreux lui succéda , et le lendemain la malade périt dans les convulsions. Très - probablement la douleur Ibrmait chez cette malade un centie d’action vers l’extrémité inlérieure gauche , qui combattait en quelque sorte la tendance très-prononcée qui existait a la formation d’une phlegmasie des méningés.
Dans sa dissertation sur la fièvre jaune qui a régné à Philadelphie, ûeveze a constaté dans cette épidémie que , lorsqu’une douleur plus ou moins forte venait à se montrer et à se lixer dans une partie extérieure, les divers symp-
tomes de cette fièvre redoutable perdaient beaucoup de leur intensité j et qu’a u contraii e le délire et la mort survenaient promptement si cette douleur ne se manifestait point, ou disparaissait trop tôt.
Samoïlo'Witz observa dans la peste de Moscow que le pouls chez ses malades avait plus de force et de régularité lorsqu’ils ressentaient des douleurs de* tête. La céphalalgie disparaissait - elle , le lîattement de l’artère devenait petit, faible, inégal, fréquent, insensible même. Dans ce dernier cas la mort était constamment inévitable, suivant le médecin russe. Pouvons- nous méconnaître dans ces faits l’influence favorable de la douleur pour soutenir l’action nerveuse et vasculaire, si prodigieusement affaissée dans certains cas de peste et de typhus ictérode? Nous ne le croyons pas.
Mais dans aucune affection peut-être, la douleur, lorsqu'elle est Légère , n’est plus utile que dans la classe des phlegraasies : sans elle ces maladies ne se préfienteraient le plus ordinairement qu’avec des caractères fâcheux. Ce sentiment entre comme partie constituante tellement nécessaire des inflammations ff an-
elles, il est si utile à la régularité de leur marche, qu’il est aussi dangereux de ne pas rencontrer de douleur, ou de la Yoir cesser sur-le-cliamp , que de la trouver au milieu des phénomènes inflammatoires avec le caractère de la plus grande acuité. En effet, si la douleur ne marche pas de concert avec les autres symptômes de l’inflammation , si elle est nulle ou trop peu prononcée , la maladie est plus susceptible de passer à l’état chronique J elle détériore , elle métamorphose les tissus qui composent l’organe souffrant, menace le malade d’autres maux plus insidieux qu’elle, et presque constamment incurables. Si tout au contraire la douleur, après s’être montrée parmi les autres symptômes de l’inflammation, cesse trop brusquement, cette disparition annonce dès-lors que le système ner\eiix ne prend plus aucune part aux réactions locales ou générales, qu’il se forme des métastases funestes, ou que la gangrène est imminente. Les inflammations adynami- (jues et ataxiques en fournissent chaque jour de malheureux exemples.
Le premier devoir du médecin, dans les phleginasies , est donc non de détruire d’emblée la douleur qui en forme
l’uii des élémens principaux et des plus nécessaires J mais bien de la modérer lorsqu’elle est trop forte j de l’exciter si elle est au-dessous du degré convenable 5 de la maintenir enfin dans des proportions favorables à une bonne solution des maladies. C’est ainsi que se comportent les chirurgiens dans tous les cas d’inflammation du tissu cellulaire ; ils appliquent des éinolliens si la douleur est trop aiguë , et ils rejettent avec raison les narcotiques qui ne pourraient qu’éteindre la sensibilité dans le lieu malade. Ils emploient des topiques excitans si la douleur n’est pas assez prononcée ; ils font plus : ils s’arment de caustiques , même du fer incandescent si la douleur s’évanouit trop tôt , ou si elle n’est point assez exaltée. Telle est en effet la conduite qu’ils adoptent dans certaines parotides ataxiques , dans la pustule maligne , inflammation essentiellement gangréneuse (i).
(i) Ces réflexions peuvent s’appliquer à toutes les phlegniasies internes. C’est ainsi que Barthez dit en parlant de l’inflammation des muscles : « Dans la méthode analytique du traitement du rhumatisme aigu , la douleur est un des élémens
Si la douleur est un élément nécessaire il la régularité de la marche des plilegmasies , lorsqu’elle siège sur le lieu même où est la fluxion , elle ne se montre pas avec des caractères moins avantageux lorsque sur le decrenientum de ces maladies elle se déplace pour se porter près ou loin de rinflammation. Ici le rôle de la douleur est en partie changé. Lorsqu’elle faisait partie de la fluxion , elle maintenait tous ses symptômes dans une sorte de balancement, de pondération favorable à la résolution ou à une suppuration louable. Lorscpi’elle s’en clistrait pour se porter ailleurs, elle brise les liens qui semblent enchaîner les uns aux autres ces mêmes symptônies 3 elle détruit leurs rapports et leur fixité , en même temps qu’à cette distance elle soutient encore le ton des parties affligées. C’est ainsi qu’il n’est pas rare dans la pleurésie , maladie bien distincte de la pneumonie, quoi qu’en aient dit Haller , Tissot , Lui leu et Portai 3 de voir la douleur
de l’affection totale, qu’on ne doit pas -vouloir détruire absolument dans tous les cas. Il est seulement essentiel de la combattre lürscju’elle s’élève à un certain degré. 33
abandonner la membrane séreuse enilammée pour se fixer sur les épaules et les mains, et contribuer par cette translation à une guérison plus prompte d’une maladie fort dangereuse. TiiMer, qui a si bien disserté sur la pleurésie, a donné le transport de la douleur pleuréti(jue sur les parties que nous venons de désigner, comme le signe le plus assuré d’un prompt rétablissement (i).
Nous appliquerons la même remarque à la pneumonie , maladie où l’on voit assez souvent la douleur, qui est plus obtuse que dans la pleurésie, se transporter sur les parties qui recouvrent la clavicule , le scapulum , le bras , et même le dos \ régions qid toutes , comme l’a fort bien remarqué StoLL dans sa Médecine pratique y sympathisent très-activement avec le poumon (2).
Dans le catarrhe suffoquant , dajis plusieurs maladies soporeuses , on v6it encore avec plaisir un sentiment de douleur se développer spontanément sur quelque partie externe. Quelquefois
(i) Triller, Succinta commentatio de pleuritide ejiLsque eujatio7ie , 1740 5 , (2) On peut aussi voir sur le même sujet Va» Swieten , ouvrage déjà cité.
même l’art est obligé d’en exciter dom les résultats ne sont pas moins précieux pour le malade. Dans le catarrhe surtout la poitrine doit à une légère douleur le privilège qu’elle acquiert alors de se débarrasser plus promptement par d’abondantes expectorations. Cette inlluence bienfaisante de la douleur est d’autant plus assurée, que les systèmes nerveux et muqueux exoi-cent l’un sur l’autre une puissance d’action qu’on ne saurait contester.
De toutes les phlegmasies , celle où la douleur se montre avec le plus de constance et de violence, c’est la goutte. Eh bien 1 cette intensité même, cette violence , cette acuité ont leur avantage , puisque l’expérience démontre tous les jours ce qu’avait déjà dit Sydenham , quelle abrège alors la longueur des accès , et qu’en so utenant l’action des capillaires sanguins et lymphatiques, elle prévient la rétrocession de l’inflammation et ses nombreuses anomalies. La douleur au contraire estelle faible, les accès goutteux sont plus longs, plus réguliers et plus susceptibles de ces fâcheux déplacemens qui deviennent la source d’affections trèsdiversifiées, et promptement mortelles.
La douleur dans la podagre est donc un remède très-amer, il est vrai, mais utile pour précipiter les actes locaux <|ui constituent la goutte articulaire, pour maintenir l’action des vaisseaux tlans un rytlime favorable à la j^roduction de crises d’autant ]dus heureuses pourries malades, qu’ils paraissent devoir être plus assurés de parcourir une longue carrière sans voir la maladie se renouveler (i).
Lorsque les douleurs goutteuses se cléveloppent dans une ou plusieurs articulations des membres chez un individu actuellement atteint d’une maladie grave par sa nature, menaçante par ses résultats, elles amènent souvent la solution heureuse de cette maladie, soit que ces douleurs agissent en ce cas à la manière des révulsifs ordinaires, soit quelles fixent sur les articulations , comme le disait Barthez, un principe goutteux dévié de ses routes naturelles. On dit alors que la goutte est critique. Nous eji repmderons au prochain chapitre.
La douleur , sous des formes singulièrement variées , entre encore comme élé •
(i) DoIot amarissimum natnrâ pharmacum ct'gro de vitâ prospicit, à\%dàt Sydenham.
ment de la formation des hémorragies actives. C’est elle que le médecin retrouve dans les sentiniens de pesanteur , de compression , de dilatation , de démangeaisons, de tiraillemens qui se fout si souv'^ent ressentir dans les parties où le llux sanguin doit établir son siège, ou dans le voisinage de ces parties, hu se fixant sur le lieu qu a choisi la nature pour révacuation du sang , elles amènent , elles décident ])lus promptement les hémorragies. C’est ainsi par exemple que, dans le rnena liœmorrüïdaLia , la douleur qui se fait ressentir dans les régions lombaires et sacrées annonce , sollicite et détermine l’hémorragie anale. Dolores iri lumbis erupüones sanguinis signifie a nt, disait Hippocrate (i).
Sans doute, lorsque les hémorragies actives ne sont pas salutaires , et telle est l’hémorragie cérébrale , la douleur qui les dénonce et concourt à leur production ne peut être utile. Mais le plus ordinairement ces hémorragies présen-
(i) Le même auteur dit encore clans ses Prorthétiques : Lumbis dolentibus cardialgia accedentes sanguinis per hemorroïdas erupturi signa 8unt. Koy. aussi Hreyssig du JDiagn, medical.
tent un caractère tout opposé ; et ainsi que le démontre chaque jour l’observation , elles préviennent, lorsqu’elles sont inoderees, les maladies inflammatoires les plus graves. J’ai donné mes soins a une jeune dame d’un tempérament lyraphatico-sanguin, qui n’était pas toujours bien réglée. Lorsque sa menstruation était troublée, elle éprouvait une sérié d’accidens nerveux qui altéraient prodigieusement son existence. Ces accidens ne s’amélioraient ou ne disparaissaient même que lorsque cette dame ressentait de légères douleurs dans le centre de l’organe pulmonaire. Vingt -quatre ou trente -six heures après leur premier développement, il survenait un peu d’oppression , signe manifeste de la congestion sanguine qui s’établissait alors , et bientôt après un crachement de sang fort abondant décidait la cessation de tous ces phénomènes. Depuis plusieurs années les règles se sont régularisées , et cette dameii’a jamais cessé, depuis cette époque, de jouir de la santé la meilleure.
Dans les maladies chroniques la douleur qui se fait ressentir dans les parties malades tend plus généralement à les perpétuer, et à dénaturer les tissus
affectés. Il est cependant des exceptions que nous ne devons point passer sous silence. Dans quelques inflammations anciennes par exemple /une douleur un peu vive qui se développe spontanément, ou que l’art détermine avec ménagement en excitant l’action vasculaire , ramène toutes les propriétés vitales de Torgane malade au type le
Çlus convenable à une bonne guérison.
’rès-souvent des oplithalmies chroniques, durant depuis plusieurs mois , guérissent avec une promptitude surprenante lorsqu’on a bassiné la conjonctive palpébrale avec un collyre fortement astringent, qui suscite une douleur un peu vive dans les parties enflammées. J’ai donné quelques soins à une jeune femme qui souffrait depuis six mois d’un rhumatisme chronique au genou gauche , et pour lequel la médbcine avait tout tenté inutilement.
Elle guérit très-peu de jours après qu’étant tombée de voiture elle éprouva une légère torsion de la jambe malade, qui produisit une douleur fort vive. J’ai aussi connu un écrivain public, à Paris, qui depuis dix - huit mois était retenu chez lui par une sciatique qui le gênait beaucoup pour la marche. Ayant eu
l^imprudence de coucher une nuit le^ fenêtres ouvertes , il éprouva des douleurs extraordinairenient vives , ce qui ne lui était pas arrivé depuis un an.
Trois semaines après il était guéri.
Il existe aussi un bon noinljre d’engorgemens, de tumeurs indolentes qui ne s’acheminent vers la guérison que lorsqu’il se développe quelques douleurs dans leur centre. Les tumeurs ficrophuleuses sont quelquefois dans ce cas. On sait aussi que la douleur qui se manifeste dans les membres de quelques rachitiques, en remontant l’action nerveuse, contribue à la guérison de cette maladie.