‹ De la douleur considérée sous le point de vue de son utilité en médecine et dans ses rapports avec la physiologie, l'hygiène, la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 15 sur 18 · TROISIÈME PROPOSITION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PROPOSITION

La. douleur fixe et déteruLuie les sécrétions critiques.

Lorsque les maladies sont parvenues à leur decrementum ; lorsqu’il se prépare des crises favorables; lorsque la nature dirige tous ses mouveinens dans le sens de ces crises, la douleur intervient ayec des caractères d’utilité non

moir ■ j^rands que dans les circonstances qui ont été l’objet des sections précédentes ^oit que la douleur prépare ou décide la crise, soit comme crise ellemême. Mais pour parvenir à une telle fin , pour susciter, créer même des mouvemens critiques, elle doit :

1.0 Ne se montrer que vers la fin du cours des maladies j tout ce qui est critique, observait Baglivi , ne semanifés-

'tant jamais dans lem’ ijicreinentuui ou leur status ;

2.0 Elle doit faire renaître dans certains organes l’activité qu’ils ont perdue J elle doit y accélérer la circulation languissante 5 y rétablir les sécrétions susj)endues ou supprimées, et opérer ainsi la solution de divers engorgemens chroniques, et l’expulsion des fluides altérés j

^ 3.0 Elle doit se montrer loin des viscères malades, dans des parties où elle puisse impunément produire des tumeurs salutaires (i). S’il survient des douleurs aux parties éloignées des viscères dans les maladies aiguës, disait 1 oracle de Cos , et que ces douleurs

(\) Qnihus ex morho rcsurgentihus aliquid dulet, ibi abscessusjiunt , 4, apli. 3a.

s*y maintiennent éloignées , c'<üst un signe favorable, lorsque surtout elles se montrent un jour décrétoire avec quelques rudimens de coction , et que les lieux sur lesquels elle dirige la métastase ont assez de capacité pour contenir toute l’humeur morbifique (i).

Kous pouvons citer , pour appuyer cette sentence, plusieurs exemples tirés du livre des Epidémies. Tels sont ceux que nous offrent Hérop^te d’Abdère ; La Viei'ge du même endroit; CLazomène , celui qui occupait le jardin de Déal^ cès ; un Clazoménien qui demeurait près du puits de Phrynichide; et Hérophon (2,). Au premier livre des Epidé^ mies on trouve encore cette phrase : La

(1^ Prorrhétiqiie , llv. 1.

(2) Vers la fin des maladies aiguës, les douleurs des membres sont quelquefois salutaires , a dit aussi M. Landré Bauvais^ elles annoncent des sueurs critiques ou des exanthèmes de même nature. (^Séméiotique, apfi. 744.)

C’est donc un fait à peu près constant que le« douleurs continues aux extrémités, sur-tout aux pieds , sont d’un heureux présage dans les maladies aiguës. Seules , elles ne forment cependant pas toujours une crise complète 5 si elles ne sont pas accompagnées d’évacuations , ellea peuvent être suivies de rechute.

fièvre s’adoucissait à la suite de la strangurie et des douleurs. De tous ceux qui " éprouvèrent ces symptômes, aucun ne périt, dit Hippocrate.

Nous devons olDserver cependant qu’il n’est pas d’une absolue nécessité , pour que les douleurs puissent être favorables , qu’elles se fassent ressentir dans les membres. Elles peuvent se développer dans l’une de nos grandes cavités viscérales, et porter encore avec elles un cachet d’utilité. Tous les bons observateurs ne l’ignorent pas. Double , par exemple, a noté dans son excellente^’dméïologie générale que les douleurs abdominales, suivies de borborygmes, sont souvent un très-bon signe dans le décroissement des maladies. Elles produisent quelquefois des évacuations alvines(i).

4.® Enfin les douleurs, pour être caltiques ou pour produire des crises ^ doivent être fixes. Si elles sont vagues, elles ne sont plus également utiles. Loin de là même : elles annoncent alors des rechutes d’autant plus assurées que ces douleurs s’accompagnent d’insomnies et d’abattement des forces.

C 1 ) Double , Séméiotique générale , tome a , page 52,(3.

Ainsi, au lieu de chercher à combattre les douleurs qui surviennent vers le décroissement des maladies, le médecin praticien s’attachera à les bien reconnaître pour en favoriser le développement. S’il y mettait quelque obstacle , le malade pourrait courir les plus grands périls. Baglivi, dans son livre des Crises , nous assure qu’il a connu ces dangers, et qu’il ne peut mieux faire que de nous recommander d’éviter les purgatifs en pareilles occurrences , si nous voulons éviter de contrarier les desseins de la nature.

Pour concourir à la guérison des maladies, nous pouvons donc dire, avec Dumas , que la douleur agit :

Page 1