CHAPITRE IV
feu S^oufeuv' <)art(0 Jecù tappotttù avec f(u ZSezapeutifjuej .
Il y a plus d’un siècle qu’tin poète qui n’était pas sans mérite, malgré le jugement contraire porté par Laharpe , a dit :
Il est des maux de difficile cure ;
Les remèdes eu sont d’autres maux apparens.
Cette pensée de Lamothe , que nous appliquerons à la médecine , est l’exjiression simple de tout ce que contiendra ce chapitre. Notre tâche se bornera à développer toutes les vérités thérapeutiques qu’elle comporte.
Il est, en effet, une multitude de circonstances dans la science hippocratique ou le médecin ne saurait mieux faire , lorsque les maladies c[u’il est appelé à diriger se présentent à lui avec un caractère d’opiniâtreté alarmante, lorsqu’elles n’ont cédé à aucun des re-mèdes internes dirigés contre elles, que de recourir à divers procédés qui tous ont pour but de développer une dou-
leur plus ou moins vive , soit qu’il puisse obtenir cette douleur seule , ou bien accompagnée d’inflammation, de pustules, d’escliarres , et de suppuration.
Assurément ce sentiment physique , quelle que soit d’ailleurs sa force, ne peut rien contre les profondes altérations organiques , contre ces transformations de tissus qui font si souvent le désespoir des médecins. Mais s’il est vrai que ces altérations des tissus , que l’on étudie avec un zèle si louable au siècle où nous vivons , découlent d’irritations négligées ou méconnues, d’inflammations chroniques si communes pour qui sait les observer, si mal jugées et traitées par les médecins routiniers , il restera hors de doute que la douleur que l’on saura faire naître avec discrétion dans quelques-unes de nos parties extérieures, ne pourra qu’exercer une influence favorable sur ces actes morbides en brisant les élémens qui semblaient les constituer, et les maintenir à l’état de chronicité.
Le therapeutiste peut faire plus. Loin de se borner à produire de la douleur sur le système cutané , il peut encore porter quelques-uns de ses instrumens sur les surfaces de nos membranes mu-
qneuses les plus profondes , et y exciter des douleurs dont les résultats ne seront pas moins avantageux que ceux qu’occasionnent les douleurs plus superficielles. C’est ainsi que, par des purgatifs actifs , par des lavemens âcres , par des fumigations de tabac dirigées sur la surface muqueuse intestinale, il ébranle le système nerveux des ganglions 5 il réveille sa sensibilité engourdie chez les asphixiés , certains apoplectiques, les cataleptiques, chez quelques hystériques. Dans toutes les maladies avec stupeur, résolution des forces ^ dans les affections soporeuses , la douleur qu’excite le médecin est souvent encore le seul moyen sur lequel il fonde toutes ses espérances. S’il veut décider un mouvement fébrile dans toute l’économie animale, s’il veut ébranler tout le système vasculaire, la douleur Hoffmann appelait l’aliment de la fievre , est pour lui le plus sûr moyen d’y parvenir. Mais lorsque nous avons recours aux moyens dolorifêres , gardons-nous bien , dans le plus grand nom bre des cas , d’exciter une trop forte douleur 3 ménageons les stiniulans si nous ne voulons pas obtenir des effets fâcheux au lieu du bien que nous cherchions. Une
jeune et jolie femme fut atteinte, il y a dix ans , d’une maladie grave que son chirurgien crut être une fièvre ataxique. Le dix-septième jour de sa maladie, après une amélioration notable, la malade fut prise d’un spasme à la gorge , qui effraya non sans raison peut - être l’homme auquel elle avait accordé sa confiance. Celui-ci, redoutant la suffocation pour sa malade, et n’osant se fier à des moyens dont l’action fat trop lente, fit appliquer à la plante de chaque pied une compresse ployée en quatre, que l’on trempa dans l’eau bouillante . La douleur, résultat de cette application, f ut extrême j la malade l’exprima par les cris les plus aigus, et deux minutes après elle n’était plus. Cette vérité d’observation a été sentie par tous les bons observateurs. Elle n’avait point échappé à Dar^viri , qui s’exprime ainsi en parlant des trop vives stimulations : cc Les forts stimulans causent de la douy* leur eu même temps qu’ils produi- 5> sent de l’irritation. Le stimulus de 3» cette douleur détermine noii-seulement des contractions musculaires ^ •3 mais aussi la volition. Mais quelquefois si plusieurs stimulans agissent en 39 même temps, par leur association ils
produisent une excitation tellement » violente, qu’elle épuise toute la puis- 55 sauce sensoriale. Üne paralysie coin- 55 plète ou la mort en sont alors les ré-
65 SUltatS (l). 55
Mais lorsque la douleur est ménagée en proportion de la sensibilité de l’in» dividu , ses effets sont tout autres. Dans certains cas elle donne au principe de vie de nouvelles forces j dans d’autres elle transporte de l’intérieur à l’extérieur des irritations toujours dangereuses lorsqu’elles se développent dans la profondeur de nos organes; quelquefois elle déplace certaines concentrations de la sensibilité ; elle fixe une douleur vagabonde , ou l’atténue lentement par l’irritation dont elle est la source , ou par la suppuration qu’amène cette même irritation; enfin la douleur est curative , parce que , comme le disait Gaubius dans son excellente Pathologie , elle introduit des changemens nombreux dans nos fonctions ; que pas une seule n’échappe à son influence, et que par cette influence elle détruit les actes morbides auxquels on l’oppose.
(i) ZooTiomie f vol. i , p. 146.
Quant aux moyens proposés pour exciter de la douleur, ils sont aussi multipliés que la douleur elle -meme peut présenter de nuances différentes ; mais tous n’ont pas la même énergie. 11 en est qui ne produisent que des do uleurs piireinent locales j d’autres en excitent dont les irradiations s’étendent à des distances plus ou moins grandes de l’endroit primitivement irrité. Il en est enlin , comme les fers rouges , les moxas, qui ébranlent quelquefois tous les systèmes organiques avec une telle force, que pas un. n’échappe à rinflnence des douleurs qu’ils causent (i). Les agens dolorifères ne se bornent pas toujours à produire uniquement de la douleur. Quelquesuns suscitent en même temps des érîthèines , des phlogoses sur le lieu où ils sont appliqués. Quelques autres , comme la flagellation , furticatioii , les frictions rudes, déterminent en outre des papules de diverses sortes. Il en est qui, comme les vésicatoires, les légères brûlures, soulèvent l’épiderme, et causent des phlyctènes. Enfin il y en a d’au-
(2) Voye:* pratique.
Percy, Pyrotechnie chirurgicale
très qui, conjointement arec une inflammation plus ou moins vive , produisent des escliarres^ et une suppuration abondante à laquelle on ne saurait refuser quelquefois la part qu’elle a dans beaucoup de guérisons. Cependant gardons-nous bien de donner , comme les anciens, trop d’importance à cet écoulement de matière. Ceux qui entraînent rinflammation la plus vive, la suppuration la plus grande, sont loin de produire un plus grand nombre de guérisons. Plus au contraire la douleur est vive, profonde, mais courte , plus le succès du moyen qui la produit est assuré. Il n’est pas rare de voir la maladie cesser au moment même du développement de la douleur. Dans le courant de l’année 1812, une jeune fille se présenta à la consultation de M. le professeur Dupuytren, dont jem’lionored’être l’ami et l’éïève. Depuis six mois elle était tourmentée par des hoquets continuels.
Les bains , les antispasmodiques avaient été inutilement employés. M. Dupuytren proposa à cette malade l’application du cautère actuel sur le point qui correspond au centre phrénique. Ce moyen fut adopté immédiatement. Le cautère <îhauffé à blanc était à peine appliqué.
que le hoquet disparut pour ne plus revenir. Coiiiinent les humoristes, qui veulent que la suppuration soit pour tout dans les faits de cette nature , expliqueraient-ils la guérison de cette jeuriu fille? Je l’ignore. Les anciens, qui, au lieu de forger des systèmes, ne savaient qu’observer, avaient des idées plus justes du mode d’action d es moyens dolorifères, et particulièrement du cautère actuel.
Aucun parmi eux n’est tombé dans cette erreur , qui n’apprécie les effets du feu que par la suppuration qui viejit à sa suite. Ils avaient sagement et soigneusement distingué l’action primitive de ce grand agent, de ses effets consécutifs. En cela ils ont été imités par Ppu~ teau. que les chirurgiens des provinces ne lisent point assez , et qui leur apprendrait toute l’étendue des ressources qu’ils peuvent retirer du feu. Voici comment s’exprimait ce célèbre chirurgien en parlant du rhumatisme :
ce Que la suppuration excitée par le feu ne puisse beaucoup coopérer k la guérison d’une partie rhumatisniée , cela est hors de doute j mais ce serait méconnaître la vraie manière d’agir du, feu si on bornait la brûlure à ce faible avantage , qu’il
( lOO )
est si facile de se procurer à moins r> de frais (i). j»
Il est cependant des cas où la suppuration paraît devoir réclamer à elle seule toute la guérison. En voici un exemple :
Un propriétaire, cultivateur des environs de Mirebeau , était atteint depuis six années d’une maladie des entrailles. Souffrant beaucoup dans la région de l’estomac , et près de l’ombilic 5 éprouvant en outre de la chaleur, de la pesanteur dans les parties dolentes, il se détermina à consulter un homme dont les talens justifieraient tous les éloges. A cette époque ce malade avait perdu tout appétit J il n’éprouvait aucune altération , il est vrai : sa peau n’avait point changé de couleur ; son pouls conservait son rythme habituel; son embonpoint était à peine altéré; mais il ne pouvait prendre aucun aliment sans ajouter beaucoup à ses douleurs et à ses angoisses, et sans être forcé de se mettre au lit où il ressentait quelque soulagement. Nous ajouterons qu’il était constipé, et que beaucoup de gaz s’échappait habituellement par les issues du canal digestif. La maladie ayant
(1) OJümres chirurg. , vol. 1 , page 267.
( lôl )
été regardée comme le résultat d’une tumeur développée au-devant de l’estomac , cet individu fut mis à l’usage des sucs d’herbes, des pilules savonneuses, mercui’ielles et aloétiques , et des eaux: de Vichy. Il n’obtint aucune amélioration dans son mal. Il vint me consulter sur ces entrefaites. L’ayant palpé avec attention, je ne pus découvrir aucune tumeur , et je pensai dès-lors que l’on avait pris pour telle la partie supérieure très- développée des muscles droits de rabdomen; erreur très-justifiable, puisqu’elle a été commise par des anatomistes du plus grand mérite.
Je jugeai qu’il était plus probable que les phénomènes ci-dessus décrits étaient dans la dépendance d’une inflammation chronique de l’estomac, ou de quelques parties de l’intestin. Croyant à l’inutilite de tous les remèdes intérieurs, je proposai un large moxa sur le point le plus douloureux 3 il fut accepté , et applique de suite : ie malade souffrit peu. Pendant les quinze premiers jours il ne se manifesta aucune amélioration ; il Il en survint que lorsque la suppuration commença à poindre. La douleur, les nausées , les aigreurs cessèrent en grande partie , et en raison directe d©
l’abondance de la suppuration . La plaie une fois fermée, le malade \irit me retrouver pour me dire que, depuis la cicatrisation de sa brûlure, les maux qu’il éprouvait commençaient à reprendre plus d’intensité , et que l’appétit qu’il avait recouvré se perdait de nouveau. Nous lui appliquâmes un second inoxa ; le mieux est revenu avec la suppuration : le malade est aujourd’hui parfaitement guéri.
Passons en revue maintenant les divers moyens auxquels le médecin a recours pour susciter de la douleur dans nos organes.
Le plus énergique , le plus assuré dans ses effets, celui qui compte le plus grand nombre de succès , c’est sans contredit le l'eu , qu’on l’applique à l’aide du fer rouge à blanc , ou par l’intermède d’une matière combustible que l’ou brûle plus ou moins vite. Tels sont les moxas. Quelle que soit la matière à laquelle on donne la préférence , les effets sont à peu de chose près les mêmes. Si le fer rouge produit une douleur plus vive, plus instantanée , les moxas en causent une plus prolongée, qui souvent doit faire réclamer pour eux la préférence. Hippocrate avait connu
tous les exce-llens efïets qu’un médecin habile et prudent pouvait en retirer.
Aussi brûlait-il du lin sur la partie postérieure et supérieure de la cuisse dans la sciatiipie. Celse pratiqua aussi cette opération. Dans ces temps modernes il est beaucoup de médecins qui ont imité les anciens. L’érudit l 'an S'wieten appuie surtout beaucoup sur l’importance pour tout médecin de savoir dans les spasmes et les convulsions vaincre un spasme par un autre. Il ]>arle lougueinent à ce sujet de la métliode hip|JOcratique, et du louable usage des fers rouges appliqués sous la plante des pieds dans la colique et diverses maladies convulsives.
Dans une foule de catarrhes et de rhumatismes chroniques, dans beaucoup de névralgies, la douleur causée par le feu a produit des résultats non moins favorables. Mais c’est surtout, dit Fouteau, dans les phthysies qui ne se montrent vers l’extérieur par aucune douleur contre nature , par aucun engorgement qui indique le point du plus grand embarras, qu’il faut investir les poumons de toutes parts, les attaquer par Les puissantes commotions nerveuses que peut causer la douleur du moxa j com^
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motions qui les réveillent de l’inertie sous laquelle ils languissent opprimés par les humeurs qui les engorgent.
Les hémorragies cèdent aussi fort souvent à une douleur vive et en quelque sorte inattendue. Zacutus parle d’une maladie de cette nature qu’aucun remède ne pouvait arrêter, et fjui fut suspendue sur-le-champ par la douleur que causa un cautère actuel appliqué à la plante des pieds.
Quant aux fonticules , aux exutoires que les praticiens emploient tous les jours pour suspendre la marche d’une maladie, ou pour la guérir, on ne saurait trop quelquefois donner la préférence aux moyens qui causent le plus de douleurs. Les anciens, qui avaient mieux ajiprécié que nous l’influence de co sentiment physique, étaient dans l’usage d’ouvrir les fonticules avec le cautère actuel. Ambroise Paré pratiquait avec un poinçon ardent l’ouverture destinée à recevoir un séton. Il est peut-etre même fort à regretter que , dans quelques cas plus communs qu’on ne pense généralement, on ait perdu cette coutume , et que l’ouverture des fonticules ne se fasse plus aujourd’hui (pi’avec le cautère potentiel, ou avec l’instrument
trancliant. Ce dernier surtout nous a privés d’un des plus grands avantages du procédé des anciens , celui d’imprimer un courant irrésistible à l’action vitale, ou de contre- balancer par une irritation salutaire une irritation qui menace de devenir mortelle. Dans notre siècle on se propose 'd’épargner autant que possible des douleurs aux malades.
Or ce sont précisément ces douleurs qui , dans le plus grand nombre des cas, sont nécessaires et indispensables , parce (lu’elles seules peuvent provoquer 1 irritation dérivative sur l’eflicacite de laquelle on compte.
On sait quels prodigieux avantages l’on retire , dans la pratique , de 1 appli*» cation bien raisonnée des vésicatoires ; et incilgrë Fespèce cl aiiatliGine lancé contre eux par , de iisu et ebusià
Yesicantiiun 3 il n en reste pas moins vrai que ce moyen est un des plus puissans et des plus efficaces dont puissent se servir les médecins. Peut-etie meme que dans beaucoup d’occasions la pratique moderne perd en puissance lorsqri elle prélère les médicamens internes à ces agens topiques si énergiques. C est surtout dans l’application des vésicans que beaucoup de praticiens ne voient
que le travail local, et l’issue ouverte aux liumeurs inorljifiques. Ils semblent ignorer que 1 influence que leur action ' topi(|ue exerce sur l’économie animale, 1 ébranlement, la secousse que la douleur lait ressentir à tous les systèmes , J excitement qu’en reçoivent les vaisseaux, sont les élémens réels de la puissance thérapeutique des A^ésicatoires.
ont-ils jamais observé, ces praticiens, des ameliorations notables, des guérisons^ meme, dès les premières heures de 1 action vësicante, et à une époque ou il n est pas permis de rien réclamer en faveur de la suppuration f Qu’ils étudient attentivement les phénomènes que manifestent les fièvres nerveuses passives, adynamiques , soporeuses avec résolution des forces , après l’apposition des vésicatoires, et ils verront que la grande excitation nerveuse que ces épispastiques occasionnent , est la source de tout le bien qu’ils produisent fi).
L observation leur aj^prendra encore plus : elle leur dira que les vésicatoires qui suppurent trop abondamment énervent les forces, et que dans les fièvres
(i) ^"oyez Dumas, Alçni. de la Société de Santé de Lyon,
cl^clessus désignées, cette suppuration cause une débilité très- contraire aux vues que le praticien sc propose dans leur traitement. Nous connaissons des cas cependant où la suppuration d un vésicatoire, ou bien le travail qui la créé, peut réclamer les principaux lionneurs de la guérison. Le lait suivant en tournit une preuve évidente =
Madame de femme de l un de
MM. les capitaines des cuirassiers de la Reine , m’amena un jour son entant, â-é de deux mpis, pour me consulter sur les causes qui avaient pu produira chez lui le marasme le plus grand que j’aie jamais vu. Ce malheureux entanÊ était alors dans cet état de decrepituda elfrayant que l’on remarque^ quelquefois chez les jeunes sujets qui ont reçii le o^erme du virus vénérien avec celui de^la vie. L’ enfant vomissait tous ses alimens. Jusqu’alors on lui avait administré lessiropsde quinquinaet antiscorbutique , qui n’avaient produit aucuns
bons effets. Bien persuadé que cet entant allait périr, je recommandai a la niera
de suspendre tous les reniedes intérieurs, et de se borner à lui donner son lait pour nourriture; de lui taire des frictions sur toute la surface üu corps,
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«t d essayer l’application d’un très-petit vesicatoire sur le centre de la région épigastrique. Le seul avantage que ron retira, de ces nouveaux moyens, fut de suspendre en partie la marclie de l’efïroyabJe lievre hectique qui dévorait cet
Consulté une seconde fois, j’appris que 1 enfant avait eu les quinze premiers jours de sa vie un très-léger suintement derrière l’oreille gauche , et que ce n était que depuis la disparition de ce suintement que cet enfant était ainsi malade. Sans espérance plus grande pour la vie de cet infortuné, je recommandai a la mère de lui frotter tous ies matins le derrière de cette même oreille avec une goutte ou deux de teinture de cantharides. Peu de jours après ie suintement reparut, et avec lui une amelioration des plus heureuses et des plus inattendues. Maintenant l’enfant se porte beaucoup mieux. Ses vornisseinens sont rares. Les nombreuses rides qui sillonnaient sa figure et tout son corps ont fuit place à l’embonpoint et *i la fl aicheiir , et sous peu de temps tout jiorte à penser qu’il ne lui restera plus rien d une maladie qui paraissait ne lui avoir plus laissé qu’un instant
à vivre. Mais , chose remarquable chez cet enfant, c’est que le retour à la santé marchait d’autant plus vite que l’écoulement était plus abondant. Deux fois il se supprima, et deux fois la maladie parut acquérir de nouvelles forces.
Lorsqu’on a recours aux vésicatoires dans les phlegmasies aiguës et chroniques, on n’a pas seulement l’intention de produire une phlogose sur un des points de la peauj on veut aussi causer de la douleur, et changer par elle la direction vicieuse qu’affectent les forces vitales. Bartkez pensait sur ce point comme nous, au moins pour les affections rhumatismales. Ils agissent alors, disait ce célèbre vitaliste, en excitant la sensibilité de l’organe cutané , et en affaiblissant celle qui est concentrée sur les parties enflammées.
INûus employons encore ces irritans dans les spasmes, dans l’intention de les transporter sur des endroits où ils ne puissent plus compromettre l’existence, et pour régulariser l’action nerveuse. Ce que nous avons dit des vésicatoires , nous pouvons le répéter en partie pour les synapismes , et les divers épithèmes irritans si souvent employés naguère. C’est par la douleur qu’ils eau-
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sent, aussi ]jlen que par rexcItatioH vasculaire qu’ils ]noduisent, qu’ils font cesser une foule d’irritations et de douleurs internes. Autrefois les médecins du plus grand nom avaient recours à ces épitliemes pour guérir plusieurs affections générales C’est ainsi Hoffmann recourait à eux pour combattre des fièvres quartes opiniâtres et rebelles ; il les faisait appliquer aux poignets. M. j4ndouard y médecin militaire très-distingué , s’est servi dans ces derniers temps des synapismes pour anéantir de pareilles fievres rebelles au quinquina (i).
Mais c’est surtout aux pieds que l’on a l’habitude, fort bonne d’ailleurs, d’appliquer ces sortes d’agens dolorilères, comme révulsifs^ dans plusieurs maladies de la tête et de la poitrine , mais toutefois cependant lorsqu’on s’est assuré préliminairement que le système sanguin a été réduit à un état tel qu’il ne répondra pas trop à l’excitation que l’on veut produire sur le système nerveux, et sur une portion limitée du système vasculaire. qui a si bien.
(i) Voy. Annales de Clinique de Montpellier y tome 25.
écrit snr les maladies nerveuses, n’imsitait pas à attribuer à la douleur tous les bous elïets obtenus par ces excitans. En afl’ectant tout le système nerveux, dit-il, la doideur diminue la peiHif». ception de l’irritation dont le siège est dans le cerveau 5 irritation qui est si . souvent la source de beaucoup de délires (1).
Paul cfÆgine avait encore l’habitude d’arrêter les hémorragies nazales qui résistaient aux moyens ordinaires, en suscitant des irritations douloureuses sur diverses parties, mais particulièrement-sur la partie muqueuse du prépuce (2).
La flagellation a par sa manière d’agir beaucoup d’analogie avec les moyens qni précèdent immédiatement. Par la douleur qu’elle excite , par l’espèce de titillation qu’elle exerce sur les capillaires de la peau flagellée , elle fait cesser des concentrations vicieuses des forces vitales; elle anéantit des spasmes internes, en attirant et accnmulant eu, quebjue sorte une grande partie tle la sensibilité animale sur le point frappé.
(1) Oiiv. cité, toni. 1 , page 352.
Çi) De Art. médic. , iiv. 2 , chap. 5cy,
Ou Lien, si la flagellation est employée sur des sujets qui manquent de force, de vie, de tonicité, en secouant le système nerveux, elle favorise le jeu de ce système, elle excite le dégagement de la chaleur animale , et ranime toutes les forces organiques. C’est en agissant de cette manière qu’elle a pu guérir des fièvres quartes anciennes , ou faire cesser les accès d’une sombre et désespérante mélancolie causée par les chagrins les plus cuisans, ou par la tristesse la plus profonde. C’est par des effets organiques aussi puissans que la flagellation a eu les succès les plus étonnans dans des lipothymies , des syncopes, des attaques épileptiformes, dans certaines émaciations causées par des irritations chroniques cachées. Au reste nous sommes fâchés (lue les médecins n’aient pas recours plus souvent à ce mode particulier d’excitation cutanée. ISious croyons, par exemple, que dans 1)011 nombre d’engorgemens de l’utérus, qui si souvent conduisent à des lésions de textures irréparables, la flagellation des lombes jiroduirait des résultats favorables. Dans le rhumatisme chronique , dans les névralgies , la flagellation a eu des succès non moine
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incontestables. Le supplice militaire des vern^es, employé autrefois, a guéri plusieurs militaires atteints de ces maladies. Il paraît d’ailleurs ([ue c est aussi en partie par ce moyen Antoiuus Musa a guéri César-Auguste d une scia-
^L’ urtication, qui , indépendamment des démangeaisons vives de la douleur cuisante qu’elle suscite, produit aussi des éleviires , des papules , a des avantages thérapeutiques encore plus ndncés que ceux ciue détermine la fla- .rellatlon. J’ai eu lieu plusieurs fois de m’en louer lorsque je l’ai employée pour des engorgeraens scrofuleux. Uodart y avait souvent recours pour le cas de goutte chronique avec engorgement des articulations.
Elïdtwus paditanus la conseille encore dans la variole lorsque l’éruption ne se fait difficilement que parce qu’il
existe à l’intérieur des spasmes, ou des
points d’irritations qui peuvent se convertir en inflammations mortelles.
Nous ne pouvons non plus passer sous silence les frictions rudes prônées
(i) Yoy. Suétone Tranq. , vita, Octav.) n.° So.
fivec tant crenthonsiasme par Celse. Par elles on peut aller jusqu’à rubéfier la peau , augmenter fortement la sensibilité des parties frottées^ mettre en jeu la sensibilité générale ^ la réveiller lorsqu elle est engourdie^ briser ses mauvaises directions; remonter l’action vasculaire, ou dissiper les irritations dont ce système est le siège. Elles sont surtout singulièrement utiles dans une touJe d engorgeinens lents, scrofuleux dans certaines stases de nos fluides.
On les a surtout beaucoup vantées dans les affections rliumatisinaîes. Les Morlaques qui, suivant V ü.hhé Fords ^ y ont souvent recours pour la guérison de ces maladies , les poussent jusqu’à écorcher d un bout à l’autre le dos du malade (i). s’en servait dans la né-
vralgie sciatique.
La nercussion a aussi ses prôneurs.
Sans doute nous ne proposerons à personne d’imiter le procédé dont parle hartholin ^ qui dit avoir vu quelquefois des douleurs extérieures se dissiper coinnie par enchantement lorsqu’on appliquait de grands coups de poingg
(i) Voyage en Dalmatie , tom. j , p., i5^.
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s^,r la partie dolente (i). Nous ne conseillerais pas davantage d muter ,e ne sais quel chirurgien qui gueiit a i .
madame Chahuet dune douleur ort vive , (lui depuis cinq ans revenait (luatre ou cinq fois chatiue année, en eiterraiit sur ses membres malades des toisions \dolentes et cruelles.
La percussion dont nous youlons parler est plus douce. On irappe des coups répétés pendant un temps plus ou moins long sur la partie malade (la partie postérieure de la cuisse par exemple dans la sciaticpie) soit avec une baleine , ou un petit roseau , jusipi a ce que le malade éprouve un leger sentiment de douleur. r i •
D’après Barthez, Fiezel, raedecm
hollandais , a guéri par ce moyen un homme de oimpiante ans , c^ui éprouvait deiiuis sept à huit ans de vives doreurs dans une hanche, douleurs <lui le iaisaient boiter.
Le docteur Se aman ayant observe souvent (lue les personnes (pii (iprouvent des douleurs aiguës sont capables de prendre une grande quantité d opium ,
(i) Act. de Copenhague y au 1679 , collect. îvcad., tom. 7 j p. 3ÜJ*
(iiC)
sans en éprouver les effets narcotiques o“vifrri’'*“tî pourrait bien
obvier ai influence mortelle d’une forte
elose d opium prise à dessein on par nieprde. Une feinine avait avalé nue
ietée d*3 Urjuide qui l’avaiü
, jetee dans une telle stupeur que ses
pareils firent de vains efforts pour l’en tirer. Seaman prit alors une petite baguette, et lui en appliqua des coups assez orts sur les bras et' sur les épauls , qu il avait recouverts d’un linfre fin . [[ U frappa egalement sur les janibes. Au bout de fort peu de temps , et presciu’imipediatement après la première apnlicatioiidii remède, elle s’éveilla, et pria le medeom de cesser. La guérison succéda ensuite assez promptement à des vomissemens sollicités par l’administra-
cua'îia^i)!"^^''^^ l’ipéca.
Les praticiens savent encore oue l’éis Yulsion, l’arrachement des poiir es une source de douleurs qui nous prête quelquefois de salutaires secours chez les noyés, les apoplectiques, les épileptiques, la catalepsie, la syncope, rhys.
^oL 8,^age 555.'^'' étrar^gère ^
térle. Je l’ai vu employer très-utilement dans k, fièvre putride. Un malade qui allait succomber sous les atteintes d’une fièvre cérébrale soporeuse, recouvra sa:
connaissance et la parole toutes les fois qu’on lui arrachait quelques poils des cuisses et des jambes. Ce procédé employé avec constance pendant deux jours, est entré, suivant nous, pour beaucoup dans la guérison de ce malade. De- Jieeî's (i) nous a rapporté qu’il avait empêché deux chirurgiens de trépaner un homme qui, depuis quatre jours , était en léthargie par suite d’ivresse.
Deheers lui arracha quelques poils de la barbe, et la douleur vive que suscita cet arrachement suffit pour le tirer de son état de torjDeur.
cc Dans la suffocation de matrice qu’on » tire à la femme , dit encore Ambroise »» Faré y le poil des tempes , de derrière >» le cou, ou plutôt celui des parties hon- M teuses , afin que non - seulement elle >» soit éveillée, mais davantage que par 5» la douleur excitée en bas, la vapeur •> qui monte en haut, et fait la suffoca- » tion, soit retirée, et rappelée en bas *• par révulsion. Aussi il leur faut lier
(O Obs, médic, ) llv. obs. 19.
(ii8)
Vî les Ijras et jambes de liens douloureux y ensemble qu’on les frotte rii- 15 dénient avec gros linges âpres et rii- 05 des avec douleur (i). 55
La compression exercée sur nos par-
ties développe encore des douleurs que l’art sait utiliser n^ncî
propos. C’est ainsi que , pour arrêter les hémorragies , 011 se servait autrefois de ligatures appliquées autour des membres, lesquelles n’agissaient en grande partie que par le sentiment douloureux qu’elles faisaient naître ; sentiment qui , s’étendant j usqu’aux vaisseaux malades, amenait plus ou moins promptement les changemens favorables à la suppression de l’ecouleinent sanguin. Ces ligatures sont maintenant tombées en désuétude.
Cependant, lorsqu’elles sont assez fortes pour causer de la douleur, nous sommes loin de croire qu’elles sont sans utilité. On convient assez généralement aujourd’hui, dit Lordat , que l’effet des ligatures dépend surtout de la compression douloureuse et révulsive qu’elles
Ï)roduisent (2). Van S'wieten conseille es ligatures dans l’hémoptysie. Le tra-
(\) OEriv. cJiir. . 24-^ üv. , chap. 5']. (2) Traité des Hémorragies , p. 027.
tlucteur de TThyU dit avoir fait cesser des éternumeiis incommodes par leur continuité, en comprimant fortement l’angle interne des paupières ; ce qu’il attribue à la sensation douloureuse quefai- «ait naître la compression qu’il exerçait.
Les tractions , les dilatations douloureuses, les titillations, sont pour un chirurgien habile trois moyens qui lui offrent de grandes ressources dans quelques circonstances. Il les emploie particulièrement sur le col utérin, dans une maladie des plus redoutables pour les femmes accouchées, dans ces effroyables hémorragies qui dépendent de la faiblesse , de la torpeur , cfe l’inertie dans laquelle la matrice tombe quelquefois après l’accouchement. Instruit par les dangers attachés à ces sortes de pertes , le médecin, à l’imitation du célèbre Puzos , s’empresse alors de solliciter des douleurs dans le col de la matrice, en le titillant , en le tiraillant , en le distendant même. Excitée par la douleur, la matrice revient sur elle-même, et l’hémorragie s’arrête.
Le chatouillement, mélange de douleur et de plaisir, a été quelquefois utilisé par des praticiens habiles. Nous avons ouï dire qu’une femme qui s’é-
tait élevée au plus haut rang des grandeurs humaines, ne pouvait goûter les douceurs du sommeil sans de légers chatouillemens qu’une suivante luij3ratiquait à la plante des pieds. Nous avons aussi connu une autre dame dont la digestion s’accompagnait ordinairement d’une grande émission de gaz, et qui ne parvint à se guérir de cette incomîiiodité qu’en recourant à de forts chatouillemens qu’on exerçait sur ses lianes. Ces faits n’ont d’ailleurs rien d’extraordinaire lorsqu’on connaît les effets immédiats que déterminent les chatouillemens modérés. Ils excitent le rire, dilatent la poitrine, mettent en jeu les organes des deux grandes cavités pectorale et abdominale j ils suscitent des contractions musculaires rapides, qui peuvent remplacer jusqu’à un certain point l’exercice. Tissot s’est souvent servi de ce moyen avec succès chez des enfans faibles , ou atteints de carreau et de rachitisme. Dix ou douze jours de cet exercice , en donnant plus de force et de vivacité aux enfans, suffisaient quelquefois pour changer très-sensiblement leur état. (i). Poussés trop loin,
(i) Maladies nerveuses , vol. 3, p. 402.
les cliatoullleniens pourraient produiredes convulsions, comme la vu Kiœchof. On sait d’ailleurs c|ue la secte des Moraves faisait périr ceux nu elle^ ne pouvait convertir par des cliatouillemens long-temps continués.
L’eau froide employée en bains, en Ablutions, en douches, agit sur notre économie non-seulement en soustrayant nos organes la chaleur animale surabondante dans beaucoup de maladies, mais encore en suscitant de vives secousses dans le système nerveux, en lui communiquant des impressions trèsdouloureuses f[ui brisent ses spasmes, et changent la direction des mouvemens nerveux. Ainsi s’expliquent les grands succès que les anciens ont olîtenus de son emploi dans la fièvre ardente , dans la synoque. Currie et Giantiini n ont pas été moins heureux dans ces temps jiiodernes. C’est dans 1 ouvrage de ce dernier qu’il faut lire tout le parti que cet habile médecin de Milan a su tirer de l’eau froide.
Il est encore un très-grand nombre de moyens qui peuvent causer de la douleur , et que le médecin peut employer 'Selon l’occurrence. C est ainsi qu’il peut avoir recours à l’insolation ,
«11 feu tenu à une certaine distance de Jias parties , à Télectricité qui découle de nos machines, ou à celle que produisent le raya torpédo et le gymnotus electricus; aux pincemens de la peau, à sa torsion , aux cliatouillemens de la membrane pituitaire ou de l’auriculaire à l’aide des barbes d’une plume , ou en soufflant dans le nez, par le moyen d’un chalumeau, des sternutatoires puissans; à l’eau bouillante , à la cire d’Espagne enflammée , à une mèche allumée , à des extensions et flexions fortes des membres. Il suffit souvent, a dit Cullen , à’ ex.citer des sensations désagréables dans les parties voisines de celles qui sont malades, comme en faisant tenir de forte eau-de-vie dans la bouche , en inspirant de l’eau de Luce ou de l’ammoniac par le nez pour produire des effets que l’on attendrait inutilement des meilleurs remèdes internes. Par la même raison on a dû quelquefois chercher à susciter de pareilles sensations pénibles sur des surfaces encore plus sensibles.
C’est ainsi qu’on a vu des praticiens arrêter des héniatemèses en faisant boire de l’eau-dervie ou du rhum à leurs malades 3 que SydenhanL traitait les panaris en plongeant le doigt affecté dans l’esprit de vin ou dans l’eau bouil-
lante; moyens puissans qni épuisent la sensibilité locale , et font taire par sa diminution les symptômes inflammatoires.
N’est-ce pas à l’influence d’une douleur vive, causée par l’evulsion dune dent très-sainè , qu’un malade cité par Sauvages a pu être guéri d’une ondontalgie rlminatismale qui avait résisté à la saignée et à l’usage de l’opium ? Un nommé Galimand , tailleur à Paris , se frappe violemment le coude. Une douleur aiguë se fait sentir, et persiste. Il se saisit d’une porte, et exerce sur elle des tractions violentes. La douleur devient intolérable , et cesse presque de suite pour ne plus revenir.
Mais ce n’est pas seulement la douleur excitée sur nos parties extérieures , et par des moyens appliqués immédiatement sur elles, qui peut nous être utile. A l’aide de médicamens actifs , portés au -dedans de nos organes, ou peut encore développer des douleurs intérieures dont l’influence est quelquefois salutaire. Sans doute ici on ne saurait user de trop de circonspection pour np pas donner naissance a des irritations ou à des inflammations qui pourraient devenir mortelles. Souvent même ces moyens sont trop incertains pour qu’un