SECTION PREMIÈRE
Quelles que soient les fonctions sur lesquelles nous dirigions notre attention, que nous la fixions sur les fonctions
( 1 ) Toutes les parties d e l’homme sont capables de douleurs , fort peu capables de plaisir , disait Charron. Les parties capables de plaisir n en peuvent recevoir qu’une sorte ou deux j mais toutes peuvent recevoir un grand nombre de douleurs toutes dllYérentes : chaud , froid , faim , soif, lassitude, piquure , froisseure, foulen're , esgratigneure, escorcheure , cuisson , meurtrisseure , lan« gueur , extension , oppression , relaxation , et infinis autres, sans compter ceux de l àme.
( Tr. de la Sagesse. )
nutritives ou sur celles que les physiologistes modernes ont appelées fonctions de relations, nous voyons la douleur solliciter tous les phénomènes qu’il est de leur essence de développer dès que son intervention est réclamée par notre intérêt personnel. C’est elle qui se montre sous cet état pénible de faiblesse, d’anxiété , dans ces tiraillemens épigastriques, dans ce malaise inexprimable qui, sous le nom de faim, nous avertit que nos mouvemens de nutrition sont en soiifïfance , et que nos organes réclament de nouvelles molécules alibiles ; c’est elle encore que nous retrouvons dans cette ardeur insupportable cju’ excite la soif, sentiment impérieux qui nous oblige de recourir aux boissons propres à nous rafraîchir, et à fournir de nouveaux matériaux à nos sécrétions j c’est elle enfin qui, dans quelque cas, provoque l’action des glandes et favorise leur travail sécrétoire. N’observons-nous pas plus particulièrejiient cette faculté dans les mamelles de plusieurs femmes grosses , chez lesquelles il n’est pas rare de voir poindre des douleurs Légères qui leur causent un peu d’inquiétude , il est vrai, mais qui cependant, loin de leui’ être nuisibles, favorisent la sé-
crétioii lactée en attirant clans ces organes sécréteurs les fluides propres à en fournir les matériaux (i) r Nous retrouvons encore la douleur lorsque , ne donnant pas à nos fonctions ci excrétion toute fattention convenable, nous laissons les organes c]ui y président surchargés par les matières c^ui ne doivent y séjourner c[u’un temps limité.
Qu’arrive-t-il , en effet , lorscjue nous ne rejetons pas à temps le mucus bronchique , nos urines ou les résidus de nos digestions ? Ne voyons - nous pas tous ces organes se plaindre par une douleur plus ou moins vive; cjuek[ues-uns par une sorte de chatouillement désagréable ; d’autres par un malaise , une
pesanteur, une tension particulière : sen-
timens divers c[ui ont pour but de nous éclairer promptement sur nos erreurs ou notre négligence ?
Mais c’est surtout dans l’accouchement cjue nous voyons la douleur jouer nn rôle singalièrement actif. Là elle est en effet le grand mobile des contractions utérin e"s, celui sans lequel la matrice n’aurait pas le degré d’énergie con-
(i) Voyez Gtu'dit'n, Traitddcs AccoucJiemens.
venable pour raccomplissement de la précieuse fonction dont elle est chargée.
Si des physiologistes ne voien t dans ce travail (pie des douleurs passives, effets nécessaires dn tiraillement , de la distension , de la dilacération des parties , ils ne peuvent méconnaître les douleurs actives ipii précèdent et entraînent probablement toutes les contractions de l’utérus. De célèbres accoucheurs, mais surtout Vouteau , n’eurent pas une opinion différente sur la nature de ces douleurs (i).
Levret , à la vérité , considérait les contractions de la matrice comme les seules causes prochaines des douleurs obstécri(:ales j mais il n’en était pas moins persuade que ces douleurs secondaires mettent en jeu à leur tour toutes les puissances auxiliaires de l’accoucheinent. C est ainsi qu’on voit quelquefois un gravier engagé dans le col de la vessie , solliciter cette poche musculaire a des contractions violentes et répétées par les douleurs qu’il détermine; douleurs qui obligent le malade à faire agir ses forces expulsives générales avec celles
(0 Pûuteau J OEuvres chirurgicales ^ vol. 3, page 4. c 7 ,
qui sont propres à cet organe ; tant il est vrai que , par la plus admirable de toutes les sympathies, tout se lie, tout s’enchaîne chez Thomme malade comme chez l’homme sain !
L’accoucliemeiit une fois terminé , la douleur, loin de délaisser l’accouchée, la seconde encore avec non moins d’efficacité dans l’expulsion des caillots sanguins qui se forment dans la cavité de la matrice après l’expulsion du fœtus. Tel est évidemment le but des tranchées j leur utilité est tellement démontrée dans cette circonstance, qu’il n’est pas un médecin vraiment digne de ce nom, qui se permît d’administrer des médicamens narcotiques pour anéantir ces douleurs : s’il faisait une exception à cette règle , ce ne serait que dans le cas seul ou il y serait forcé par une trop grande susceptibilité nerveuse.
La douleur concourt-elle à la conservation des espèces, comme elle concourt à la conservation des individus?
Nous pourrions répondre à cette question par l’affirmative, si nous considérions l’influence qu’exerce sur les organes générateurs la douleur que Tart sait quelquefois développer avec ménagement dans les parties qui sym-
pathiseiit avec eux. Mais en est -il de même de quelques autres douleurs spontanées que la nature , selon JÜarv> ln, semble produire dans cette unique vue?
Nous n’oserions raffinner. Mais écoutons ce célèbre zoonoiniste :
« Un grand nombre d’espèces d’ani- » maux mangeraient leurs petits ( ce 35 c[ui arrive d’ailleurs quelquefois aux 7)3 truies) sans l’intervention de la dou- 33 leur. A l’époque où les femelles met- 33 tent bas, le stimulus du lait, dans les 33 mamelles engorgées de la mère , lui l’ait 33 désirer et rechercher quelque chose 3) qu’elle ignore , pour la délivrer des 33 souffrances que lui fait éprouver la 3) distension de ses organes mammaires.
33 En même temps l’odeur du lait attire 33 les jeunes animaux vers sa source : 3i l’heureuse mère éprouve un nouvel 33 appétit, et sa tendre progéniture est 33 portée à recevoir et à communiquer 33 le plaisir par la plus belle de toutes 33 les affections (i). 33
S’il en est ainsi, pardonnons à la nature , et remercions - la avec Petit d’avoir marié un sentiment douloureux k l’acte heureux de la maternité , puisque
(1) Darwin, ZiOonomie y vol, i , page 240.
c’est à ce sentiment pénible que nous devons des soins plus affectueux , cette tendresse plus touchante et plus vraie , cet incomparable amour enfin qui attache une mère à l’être qui a puisé la \ie dans son sein.