LX V I
AVANT-PROPOS
lilé humaine, en laissera couler le flol par le salaire, capital non assis. Au lieu d’atténuer la propriété, travaillez à l’accroitre et à l’étendre. Il faut que chaque homme forme autour de lui cet attérissement de la vertu.
Le capital est un fluide, la propriété est le vase qui le contient. Attaquer la propriété c’est donner un coup sur le vase et voir le fluide social répandu sur les sables.
Pour en donner à tous, il ne faut pas briser le vase, mais l’agrandir. Loin de répandre le capital, il faut le recueillir encore par l’épargne ; loin de lui ouvrir la porte de la jouissance, il faut la lui fermer par la vertu.
Quand le capital sera plus grand, un plus grand nombre en jouira; partout il escortera le travail. Le partage du capital en ce jour ne ferait que quelques pauvres de plus. Le déplacement de la propriété précipiterait le capital dans les canaux qui ne l’ont point recuelli et conduit jusqu’à nous.
Si l’on distribuait au travail le milliard et demi environ de la rente et du profit revenant aux entrepreneurs et propriétaires de France, la quote-part de chaque ouvrier pourrait s’élever de 12 centimes. Mais ce fait anéantirait d’un coup le capital d’approvisionnement, et suspendrait toute entreprise pour entrer dans l’année suivante.
Régler les salaires sur les besoins serait une chose si belle . que ce serait toucher le but. La vertu seule a ce pouvoir.
Malheureusement les besoins de l’homme dépassent deux ou trois fois tout salaire. Si le maître dans l’antiquité, puis le seigneur, enfin le propriétaire n’eussent pas été un obstacle à la totale répartition des produits, il n’y aurait pas un pouce cube de capital sur la terre !
Le capital a commencé le jour où quelques hommes, ayant satisfait leurs besoins, ont eu la possibilité d’épargner. Si l’inégalité ne fût surgie immédiatement parmi les hom-
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nies, les besoins eussent éternellement étanché les produits; ce Capital précieux, qui doit un jour nous rapprocher de l’égalité, ne serait pas encore fondé.
Le capital suit la loi de l’irrigation. La comparaison est frappante. Une faible source sort de terre, le filet d’eau est constamment absorbé par les trois ou quatre mètres de surface qui l’entourent. Creusez un bassin pour le recevoir, et son flot court arroser huit ou dix mille mètres de sol. L’eau revenant au réservoir, l’opération recommence. Que le pré eut demandé la destruction du bassin qui retient ses eaux, et trois ou quatre mètres pourris sous les joncs rem- ])laceraient . la fécondité d’un hectare. La propriété est le réservoir du capital.
Chez les sauvages, où règne une égalité inflexible devant la nature , le chef tout seul ne parvint pas à constituer un capital pour commencer une nation. Le capital fut le noyau de tout empire. Les premiers Rois ont été des hommes forts possédant un capital. C’est en rompant l’Egalité que la société naquit; et l’homme entra dans la voie du mérite. Alors, il trouva l’équité.
C’est pourquoi la charité est la dernière loi de la terre.
Pour protéger le travail, protégez plus que jamais le capital. A mesure que le levier sera plus long, le bras aura plus de puissance. Ceux qui veulent qu’on sacrifie le capital au travail compatissent aujourd’hui à sa douleur, et le sapent pour demain. Au total, c’est le capitaliste qui abuse le moins du capital : c’est lui jusqu’à ce jour qui l’a formé. .. Le travailleur en abuserait bien davantage : c’est lui jusqu’à ce jour qui l’a consommé... Les classes restent, les hommes qui les composent changent continuellement ; elles s’entretiennent sans cesse de ce qu’elles sont. La Société n’est que le tourbillon des mérites.