LX V III
A V ANT' PROPOS
Le capital fait la valeur du travail. Par la simplicité de vos mœurs attirez le capital sur la production nécessaire, chassez'»Ie peu à peu de la production superflue, là est le soulagement du peuple.
Qu’on retourne tant qu’on le voudra la question de l’amélioration du plus grand nombre, elle rentrera toujours dans cette première formule : l’accroissement du capital, c’est-à-dire de la propriété. Qu’on retourne tant qu’on le voudra la question de l’accroissement du capital, elle rentrera toujours dans cette seconde formule : épargnez-vous la jouissance, soit par une plus grande production de travail, soit par une moindre consommation de son produit.
Ce sont deux vérités universelles comme les nations, éternelles comme la morale qui fait leur loi. Si ceux qui veulent gouverner les peuples sont des Sages , ils les dirigeront dans la voie qu’a tracée le genre humain. Quoiqu’ils disent, le genre humain est un être sobre, puisqu’il a été déposé sur la terre, et puisqu’il y a laissé tout ce que nous possédons aujourd’hui,
La pensée que le plus grand nombre des hommes souffre a fait croire qu’il y avait une répartition avare. Car beaucoup ignoraient la quotité de la richesse; ils la croyaient le don établi d’une nature inépuisable. C’est ici que vient le statistique, terrible chiffre de la morale. Il n’y a pour l’homme sur la terre que les biens que sa vertu lui a remis; tout individu se trouve pris dans cette loi.
S’il fallait répartir la richesse non plus selon la justice, mais, comme on l’a demandé, selon les besoins, toute la richesse actuelle, et sa racine le capital, serait étanchée; dans quelques mois la population mourrait de faim,
La somme du revenu des quatre Etats les plus riches de l’Europe ne suffirait pas à satisfaire tous les besoins qui sont
en France. Ils ne douneraienl à chacun de nous que 800 francs de renie. Or je ne sache pas un célibataire ayant à dépenser celte somme, c’est-à-dire, 2 fr. 20 c. par jour, qui croie tous ses besoins satisfaits.
Les économistes nouveaux ont cru qu’ils allaient enrichir tous les hommes en décrétant une augmentation de salaire. C’est une augmentation de capital qu’il fallait pouvoir décréter. Le tarif des salaires est fait par une loi plus forte que les gouvernements , la loi de la nature des choses. Un gouvernement ne peut pas plus décréter le prix du travail que le prix du grain, du vin, de la laine, du fer.
Décréter le prix d’une chose serait décréter les frais avec lesquels on ia produit. Le prix d’un objet est le prix du capital, du travail et du talent, employés à le créer. Un accroissement de salaire ne peut venir que d’un accroissement de capital. Sinon l’accroissement du salaire n’aurait lieu que par une diminution de capital, laquelle amènerait peu après une diminution de salaire.
Ceux dont l’erreur vient de faire manger du capital au peuple, lui ont fait un mal qu’ils ne savent pas. Il ne faut pas payer les ouvriers avec le capital ; un capital détruit, c*esl une force détruite. Ainsi, décréter une augmentation générale des salaires, c’est décréter une diminution générale des travailleurs. Mais je prévois bien autre chose ! au lieu du bonheur d’augmenter le salaire, on le diminuera encore en augmentant les impôts.
Enlever une somme de plus à chaque propriétaire en France, c’est assigner le travail de moins qu’il pourra faire exécuter. A Paris, les Financiers savent peu comment le capital se ramasse. Le milliard et demi que l’impôt prélevait déjà, était précisément un milliard et demi tout liquide qui
AV ANT-r ROPOS.
allait s’ajouter à la somme qui pouvait se capitaliser en France après les plus urgents besoins arretés.
Toute augmentation d’impôt équivaut à une diminution de salaire. Non-seulement l’impôt absorbe une portion du revenu public, mais par le fait il s’empare du capital correspondant à ce revenu ; il le détruit par celte aliénation irréparable. Le budget, c'est juste autant d’enlevé^au capital du peuple. Il semble frapper le propriétaire et le capitaliste ; en fait il atteint celui qui ne possède ni immeubles, ni capitaux, c’est-à-dire le prolétaire.
500 millions d’impôt fournis par l’agriculture sont tout simplement 300 millions ajoutés au prix du pain, de la viande et de la laine consommés en France ; puis 300 millions enlevés au travail, qui aurait produit pour autant de pain, de viande et de laine à la population.
L’impôt a donc pour effet d’augmenter le prix des produits et de diminuer la quantité du travail. Augmenter le prix des produits, c’est ruiner les masses puisqu’elles sont au fond le grand consommateur ; diminuer la demande du travail, c’est amener la concurrence entre les ouvriers, c’està-dire une diminution de salaire.
Toute diminution d’impôt équivaut donc à une augmentation de salaire. Le fait économique est clair; c’est ici que nous verrons si vraiment vous aimez le peuple !
Avant de nous donner par des mots la fraternité et la solidarité, vous commencerez par nous rendre la justice.
AVANT-rROPOS.
XXIÏ.
Des hommes.
Vous quittez le Christianisme, et vous voulez conduire les peuples qu’il a formés. Vous n’êtes plus dans l’Évangile, et vous venez en forcer les applications. Vous saurez ce qui reste à faire pour que la République soit une vérité !
Voyez votre position ! vous allez être obligés partout d’admettre le principe, et partout obligés d’éviter les conséquences. Quel ouvrage ferez-vous ?
Quand on a pensé dans le faux, on ne peut retomber sur les pieds du vrai. La révolution que vousdésiriez s’est ouverte ; idées, principes, essais, problèmes, décrets, tout succombe à la première épreuve. On dirait que la société moderne accourue, est venue là se convaincre de son impuissance? Non point; mais de celles de vos idées. Pas un de vos mots qui en lui ne soit vrai ; pas un qui ne soit faux en touchant votre pensée !
Les hommes désirant d’ardeur la République étaient ceux qui, voyant l’homme perfectible, oubliaient en même temps rÉvangile. Les hommes la repoussant de crainte étaient ceux qui , sachant l’homme dépravé, sans croire le monde plus mal, en voyaient les difficultés. Les derniers, quoiqu’ils aient trouvé raison dans les faits, valent encore moins que les autres.
Les premiers ont du moins conservé le regard chrétien. Privés de la source de leur sagesse, ils seront présentement dominés par les hommes du fait. Le succès ne leur viendra