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III

Le luxe est le paganisme de nos jours. Il s’est reproduit sur ses deux faces, l’esclavage et l’impiété. S’il a frappé le

AVANT PROPOS

corps de celui qui le produisait, il n’a épargné ni corps ni âme dans celui qui en usait. La vanité a disputé l’homme à son Dieu , et le vice a disputé i’âme à l’homme ! Certes , l’arbre antique fut parfaitement transplanté; et le beau fruit économique a reparu sur toute l’étendue des branches...

Le luxe sur un point de la société a eu pour contre- coup le communisme à l’autre bout. Dés l’instant qu’on ne traverse cette terre que pour la vanité et le plaisir, il est juste que chacun en tire sa part. Votre morale ne demandait qu’à s’étendre ! Aristocrates et Communistes, reconnaissez-vous enfin ; de part et d’autre est le principe de jouir! La fortune se tenant toute d’un côté, et la misère toute de l’autre, i! est simple qu’on procède à l’éconlement qui rétablira le niveau !

ïl faudrait prendre, sans doute, mille ménagements sur ce qu’il est à-propos de dire à une époque oü tant d'hommes ont un tact si fin nir ce qu’il est â-propos de penser?,. Peutêtre faudrail-îi encore pratiquer du mensonge pour mieux nous sauver de l’erreur , prodiguer les petits soins au mal de crainte de louclier au bien P Déjà vous avez sur ce point consulté les prudents? Eh bien, ce sera le sage parti que vous continuerez de prendre ; laissez- moi la sottise de ma simple question :

•Sonl-ce les ouvriers des campagnes, produisant le pain, la laine et le vin, qui vous menacent en ce jour; ou bien les ouvriers des villes, que vous avez appelés à produire tous les objets de votre luxe?

Vous avez arraché les bras à la terre, ils se retourneront contre vous !

Ce ii’csl pas le cultivateur qui fait ces révolutions. L’homme qui lient suspendu sur vos têtes le glaive du désordre , est celui que vos besoins ont enlevé à la destinée que lui

AVANT-PROPOS

XII r

avait faite Dieu, pour venir fondre comme une cire dans vos cités , en produisant pour vos plaisirs. Car voilà que le luxe a pourri maintenant et la classe qui le consomme et la classe qui le rapporte ; voilà que le peuple est tout semblable à vous! En seriez-vous irrités?

ÎV.

Il faut bien qu’on vous le dise. De trois hommes [>roduisant le pain, le vêtement et le toit de l’homme, le luxe en a usurpé un. La vanité et la sensualité ont prélevé sur le ])ain et sur le sang ; ils ont prélevé sur le genre humain cette fleur du produit qui fut rentrée au capital d’où devait sortir l’avenir. Et comme l’homme adore ce qui est de ses mains, il appela son impiété du doux nom de luxe. Puis il a dit à la foule ; U t’enrichit...

Je veux que vous connaissiez le grand canal de vos maux. Après, nous en verrons la source.

C’est le luxe qui enrichit le peuple? Les Juifs ont donc [iréché chez nous! Le capital et le travail employés à le produire donnent-ils des fruits à la terre? Sachez-le ; l’homme n’est point pauvre pour manquer d’objets somptueux, mais pour manquer de pain, de laine et d’un toit. Ils ont pensé que les nations devaient être riches à la manière d’un homme de luxe. Où onl-iis puisé celte science ; dans la sagesse, dans les faits? Ils l’ont puisé dans leur cœur.

Encore si tant de luxe, trempé de pleurs, avait conduit sa sève dans la branche de l’art! si tant de pain s’était converti en pensée, et tant de sang en vertu, pour élever l’esprit do l’homme! Mais on vil des femmes baptisées porter

AVANT-raopos.

plus de richesse sur elles que n’en avait tout un temple de Dieu; et des hommes dont l’orgueil a mis sur le front plus de vices que l’âme n’a reçu de dons !

Tout prospérait de la sorte. Les sciences de leurs côtés accouraient ; on allait obtenir de la matière tout ce qu’elle pouvait donner. L’esprit avait enfin compris le parti que les sens devaient tirer de la terre. A l’homme nouveau, il faut bien une morale nouvelle, une religion nouvelle, enfin, pour être franc, un Dieu nouveau. Tout était prêt, les canaux de la richesse achevés, les réservoirs de l’opulence ouverts, Dieu a sa place, les lois parfaitement repassées, on dit à la société : Vas! La société n’a pu faire un pas de plus...

L’homme a cru bâtir sa tour sur la terre ; il a cru se faire un rempart dans ses lois. Mais voilà que la terre n’a connu que les siennes, et les faits n’ont point reçu le nouveau Roi I

Franchissez les lois de l’esprit, vous ne franchirez pas celles du monde. Si l’homme ne peut sortir du Globe, la société ne peut sortir des lois qu’il lui fait. Dieu n’a pas fondé un ordre physique d’où l’ordre moral s’échapperait! Dieu n’a pas pu donner le christianisme pour loi à la terre et cacher dans son sol des ressources pour l’esquiver! Vous pensiez ouvrir les portes à une ère nouvelle, et vous avez donné l’heure où la civilisation va baltre en retraite sur un demi-siècle de chemin...

La société rencontrera un empêchement dans chacun de nos vices. îl faudra en détruire un quand on voudra marcher d’un pas. Avant de changer vos gouvernements, il fal -

AVANT-PROPOS

lait vous changer vous-même *, la révolution serait faite. La société n’a rien à attendre des pouvoirs; qu’elle ne compte que sur elle. La loi ne décrète pas la vertu; et quand cette dernière est loin, le décret reste sans arme. La Religion entre seule dans le cœur pour en faire sortir la volonté.

La République, c’est la forme naturelle d’une société de chrétiens. Le temps va dire qui nous sommes... On n’a pas le gouvernement qu’on veut; on a celui que l’on mérite. Si vous restez dans votre mal, vous passerez au despotisme ; si vous voulez la corruption, vous marcherez encore plus loin... Les lois de la morale et de l’histoire restent aussi inflexibles que les lois de la nature.

La République, au fond, n’esl qu’une diminution d’autorité. Cette diminution ne saurait avoir lieu d’un côté, s’il n’y a de l’autre une augmentation de vertu. La liberté n’est que le droit de pouvoir faire plus de bien. Faites en celui d’exécuter plus de mal, et la loi qui conserve le monde, reprenant la forme du sabre, viendra de nouveau courber la personnalité. Le pouvoir n’est qu’une barrière promenée devant le mal.

Détruisons en nous tous les effets de la chùte,et la Force, née de la chute, en proportion disparaîtra. Raliumons-les, la force rentrera sur la terre.

Ce n’est pas des maux de la Révolution qne nous aurons à souffrir, mais de ceux qui l’ont amenée. Tout pliait sous le paganisme, et la croissance de dix-huit siècles de christianisme s’arrêtait. Quand les hommes perdent de vue les nécessités morales, Dieu fait sortir la lumière des nécessités d’un autre ordre... Veillez ceci : si la foi n’est plus enseignée par l’oreille, elle sera enseignée par la faim.

Le jour est venu. L’homme qui lança le mauvais exemple a aiguisé un poignard contre lui. Les barbares ne sont pas à nos

AVA.N T -PROPOS

portes, mais au-dedans, ceux que dix-huit siècles de christianisme n’ont pu arracher à votre vieille souche du Monde. Le mal a donné le jour à l’homme. Nos vices ont partagé notre société ; ils ont mis deux civilisations l’une dans l’autre. L’ennemi n’est plus en Terre-Sainte. Position unique dans l’histoire ! la civilisation ouvrira ses propres flancs pour donner la bataille.

Le christianisme constituera la société moderne, ou la fera voler en éclat. Prenez, si vous voulez, vos mesures!

Au fond nous ne nous battons que contre l’antiquité. Les faux dieux ont été détruits, il faut qu’ils sortent de nos cœurs... Toute pensée contraire est perdue, tout effort ailleurs contre vous. La société ne s’établira qu’à la place du Monde ; que cela favorise ou non les mouvements de la rente !

Les faits économiques, avant peu, mettront les vérités à nu. La loi aura tout reconnu, tout consacré et tout administré, les moyens humains seront employés : arrivé au bout des causes secondes, le fait lui-méme butera contre la cause ju’emière ! Ce ne sera plus la doctrine élevée qui parlera, ce ne sera plus la conscience inécoutée qui criera, la société sera là, son peuple debout! Une pensée peut attendre, la \ ie ne patiente pas. Alors les faits parleront leur grande voix. La Religion descendra de la parole ; elle entrera dans le pain que nous mangeons, dans le sang dont nous vivons. La lumière sera le feu ! les hommes se verront entre la vérité et la mort,., auront-ils l’esprit de choisir?

AVANT-PROPOS

Que la France, que l’Europe rouleiil sur une penle inconnue, c’est ce qu’on ne peut plus nier. Lois, mœurs, religion se précipitent. Quand on marche de la sorte il faut savoir par quel esprit on est porté. C’est bien qu’un siècle pousse l’autre, mais qu’il ne le renverse pas !

De quelque manière qu’on le regarde , le 18® siècle n’a été qu’une réaction de l’esprit de l’homme contre l’esprit du christianisme. Il fut une réapparition de d’antiquité dans les idées et dans les lois, comme venait de l’élre la Renaissance dans les arts et dans les mœurs. Ce n’est plus le moment de dire quels instincts vrais de la nature humaine ont pu conduire sur les peuples modernes cette lourde nuée de l’erreur; il faut dégager la société du triste déblai qui l’encombre. Qu’il a donc coûté à Dieu pour que l’homme prit conscience de lui-méme * Quoiqu’il en soit , je sais le total de sa jeune sagesse : il a voulu tout édifier en ce monde du point de vue humain.

Vous avez prétendu construire le société ; et voilà que vous avez détruit l’homme.

Dès qu’il n’est plus au sein des âmes une Vérité souveraine et universelle, produisant des croyances communes, d’où dérivent des devoirs communs: mais, au contraire, des opinions individuelles relevant de la souveraineté de chacun, il ne saurait exister aucune société de droit parmi les esprits. La société civile vil dans ses lois; ses lois viven*dans ses mœurs ; ses mœurs vivent dans ses croyances. Où se tiennent les vôtres?

AV ANT-P R OPOS.

« Or, la société civile, a dit l’homroe qui a jeté le regard « le plus profond de l’époque depuis Napoléon (1), repose « sur la société spirituelle; en détruisant la société spirituelle, « on détruit aussi la société civile. » Les nations n’ont pas d’autre sol que lésâmes. Quand l’homme pour unique fondement du vrai est réduit au jugement privé, à l’instinct encore plus particulier des passions, il s’arrache de la réalité, il se détache du genre humain, il sort delà civilisation. Ne vous plaignez donc plus s’il demande lui-méme à grands cris un pouvoir libre comme lui de toute loi divine, prenant base dans la volonté purement humaine. Son âme doit se connaître en servitude ! A l’homme purement humain, certes il faut un pouvoir purement humain, une société purement humaine! afin que, semblables à lui, société et pouvoir restent suspendus en l’air, ou s’assoient dans les nuages, sur le trône des tempêtes...

Déjà l’anarchie est en nous. Elle est dans les croyances, qui demandent plusieurs sortes de Foi ; dans les pensées, qui sont la proie d’innombrables opinions; dans les mœurs, qui n’ont de loi que l’intérêt ; dans les lois, qui ne se rattachent par aucune raison à Dieu; elle est enfin dans l’Etat, qui ne vit que par les croyances, par les idées, par les mœurs et par les lois. Que dis-je, l’anarchie a rongé la société : elle entre déjà dans les faits...

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