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comment une société extérieure subsistera-t-elle parmi les hommes? En dehors des saints, dont le lien reste éternel, comment retiendrez-vous unis les hommes? Recourrez-vous à la force? alors, vous la ferez monter à la pensée et entrer dans les volontés ! Vous soutiendrez aussi le sol économique ; car toute production est le fruit d’une vertu, et toute consommation ne saurait faire un pas hors du devoir. Oui , comme depuis bientôt un siècle le vice et le luxe fondent et dissolvent tout capital, je demande sur quoi vos nations mettront leurs pieds?
Si vous avez oublié Dieu, vous ii’avez pas oublié l’or... Apportez aujourd’hui le lien qui doit remplacer celui de Dieu dans les âmes; fondez cette société parfaite qui se passera de son assistance ! Et , puisque les vieux siècles ont eu tort en tout, même lorsqu’ils ont trouvé du pain pour le corps et pour l’âme des populations pressées sur l’étroit continent de l’Europe, venez apprendre à q.ui la foule ira demander le sien 1 Approchez- donc, vous saurez sur qui un peuple déraciné fera retomber ses maux ! Riches fils de Brutus, celte fois c’est le tour de César...
Une situation de cette nature ne pouvait durer plus longtemps. L’erreur n’avait plus de bornes que la destruction même des âmes. Toute intervention était inutile. Quelle armée opposer à un siècle entier; quelle vertu pour refaire ce que chacun détruisait? Toute puissance était déjà vaincue. 11 fallait une époque qui, plus logique que les hommes, tirât décidément de tant d’idées leurs fatales applications. Cette époque, la voilà !
Courage, enfants du présent, frappez à toutes vos idées ; n’en laissez pas passer une sans lui demander ses actes. Peut-être reconnaîtra-Lon l’erreur quand on la verra dans un fait! Dans ce cataclysme d’un continent antique tout en-
i V A N T - P R OP O s.
lier versé sur le nôtre, les principes oui été écrasés ; la sagesse, doîU la voie se dirige vers le Ciel, est rompue; l’ex- ])érieuce, dont le sentier est tourné vers la terre, offre seule le débris d’un tracé sous les pas ; le temps est obscurci par une effroyable poussière, la vérité, la vérité n'est plus qu’un nom depuis qu’elle est hors de portée, le fait reste la seule réalité que l’on puisse sentir du pied ; Allez à lui. Courage, enfants du présent, vous ignorez tout ce que l’avenir devra à votre logique et à vos malheurs !
Et moi-méme je serais comme la voiûr dans le désert^ si je restais dans la parole des principes. J'approcherai aussi du fait. En France, où l’esprit s’estime tant au-dessus de la raison, on croit qu’il fa-ut s’élancer après quelques idées lointaines pour entrer dans la profondeur. Nous n’aurons point celle jieine. J’ouvrirai un ou deux faits économiques, les plus près, les plus oubliés aujourd'hui : mais sans me rien dissimuler.
Dans les moments semblables, celui qui vint apporté sur le flot de la vérité fut toujours intempestif en ce pays
Du Capital.
Ek genre humain a collé ses bras aux lianes de la terre ; il vil de celle croûte du Globe qu’on appelle végétale. Où la couche s'augmente, ses peuples s’accumulent; ils s’éclaircissent où la couche s’épuise. Avec la terre végétale les civilisations ont couvert ou délaissé les continents.
Quand elle s’est ramassée avec les âges, les nations ont
AVANT-rsoros,
déposé de longs siècles. Quand elle s’csl écoulée comme le temps , les peuples ont vu leurs Ilots se retirer. Thèbes, Babylone, Jérusalem n’ont laissé que le sable. Jamais deux civilisations antiques ne se sont succédées au même lieu, Rome n’a pas porté deux fois les esclaves.
Si les peuples sortent de terre, la» terre d’où est-elle venue ? Memphis, Carthage et Athènes ont apporté puis emporté leur territoire avec elles. L’arbre secoue ses feuilles sur ses pieds, il recouvre ses propres racines ; le jour où ses branches sont mortes, un vent le met à bas, le torrent passe et ne laisse que le rocher.
C’est une loi : la population humaine est en raison des subsistances, les subsistances sont en raison de la terre végétale. En raison de quel fait est donc la terre végétale ? Où est la main qui transfère ainsi les royaumes, et les établit à son gré ?
Un être a été créé libre. Les conditions de son existence doivent être à la fois son œuvre et l’origine de son progrès. Pour connaître l’homme, il faut savoir comment au premier jour la Terre vint à l’homme...
Au premier jour économique, la Terre était, comme au premier jour biblique, inanis et vagua ; la liberté devait venir la remplir. « Informe et nue, les ténèbres couvraient sa face, les plantes n’étaient pas dans les champs, et la pluie n’était point encore répandue sur elle ; e n i m h o rn o non erat qui operaretur terram, ajoute la Genèse ! Le Globe sortit nu et sauvage du refroidissement
AVANT-PROPOS
géologique. Il était marqué pour les enfants de la liberté.
Dieu créa tout en puissance devant l’étre qui devait tout mettre en développement.
L’avance de la création c’est la terre cultivable. La terre végétale est de création et de conservation humaine. Les forets n’ont donné que la première mise de fonds. L’homme en a produit la couche toutes les fois que sa vertu y déposa le travail et l’engrais. Il l’a détruite aussitôt que son vice lui demanda plus qu’il ne voulut lui donner. La culture ne fut jamais l’art de créer quelque chose de rien ! Le monde a été donné à Tétre qui est le fruit de ses œuvres...
Celui qui a étudié la hase des choses sait que l’homme a créé son sol; que le sol a créé son climat ; que le climat a créé son sang ; que le sang a multiplié les nationSjCt que les nations ont élevé lésâmes. Et celui qui a suivi les peuples à leurs pas sait que quand les âmes sont tombées, les nations se sont écroulées, le sang est redevenu appauvri, le climat inhabitable, le sol ingrat, et l’âpre nature, qui fit faire nos premières armes, occupe de nouveau la terre.
La Terre a été successivement couverte par les eaux, par les forets et par les hommes. Quand ils en ont mangé la couche jusqu’au granit, les déluges ont repris les continents. L’histoire racontera ses annales ; voilà celle que le Globe lui fait.
Toute la terrp fut faite pour l’homme, à condition que l’homme fil toute la terre. De meme l’homme fut créé com- ])let, à condition de se créer complètement lui-méme. Arrivé en ce monde, il n’y trouva pas plus son sol qu’il ne trouva son âme formée, la société toute prèle et la civilisation élevée,
La liberté naît d’un sol vierge.
A celui qui ne pouvait être créé que dans son germe,
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Dieu a donné le germe de tout... On vit les forêts défrichées, les marais desséchés, les fleuves régularisés, Tatmosphére purifiée, le climat constitué, le sol composé, le blé inventé, l’animal subjugué, le sang de l’homme enrichi, sa poitrine élargie, ses muscles augmentés, son cerveau développé, et son visage embelli ; car l’àme fut faite en lui à mesure qu’il faisait toute chose.
Et pendant qu’il tirait ce monde brillant du chaos, son propre monde, la Société, sortait peu à peu de son âme.
De là chaque peuple a vu sa gloire ramassée dans son territoire. Et chaque peuple a vu son sol aussi inviolable que son âme. Mais quoi ! le sol est-il une substance sacrée ? Renferme-t-il la liberté en dépôt? Quelque chose de plus encore, la vertu ? Âh ! sachez ce qu’il renferme.
Si le premier homme avait été déposé en Europe, le genre humain eût disparu. Les fruits spontanés eussent donné leur limite à la population, le climat eût achevéde ladétruire. Les hommes devaient être déjà libres pour entrer dans la nature occidentale. Il fallait que la personnalité fût formée pour que l’espèce pût s’approcher des pôles. La riche nature d’Orient fut la natte étendue sous les pas de l’enfance. Le climat et le sol commencé de l’Asie ont été le berceau. L’avance est offerte en raison inverse de la liberté...
La société humaine a débuté en Orient, pour s’accomplir en Occident. Ce fait dit la haute donnée de la création (1).
(i) Les plantes naissent du soleil ; les arbres de leurs propres forces,
AVANT-PROrOS.
Au sortir des jardins de Phisons et d’Héviialh, ie genre humain s’est donc répandu sur la terre, multiplianl ses populations à mesure qu’il étendait ses oasis sous leurs pas. Le sol n’est qu’un produit épargné. Les instruments qui l’ont formé, les valeurs que renferme son sein, les objets qui couvrent sa surface, habitations, villes, ports, roules, canaux, animaux domestiques, attelages, machines, usines, meubles, vêtements, numéraires, approvisionnements, qui on font partie intégrante, ne sont comme lui qu’un produit épargné.
Et tous ces objets, par lesquels fut formé le sol, sans lesquels il ne serait plus rien, et qui devieiiuenl l’instrument de sa production, sont si précieux, si considérables pour l’homme qu’il leur a donné le nom de Capital (1).
Sans l’existence du Capital le genre humain ne serait pas sur la terre.
Le Capital, c’est l’outil, c’est la vache, le mouton, le cheval , le champ prêt, le pain d’avance, le toit, le vêlement ; c’est la machine, c’est l’usine, le cours d’eau, le char, le canal, le wagon, le navire; c’est le vent, la vapeur, la gravitation, c’est toute force que l’homme a saisie, c’est l’homme luimême, précieux capital ! Par l’apprentissage il renferme en ses bras le savoir et toute l’adresse du passé ; par son ordre, sa vertu, son art de perfectionner, son éducation remise à l’enfant , il transmet le capital vivant qui court s’accroître dans l’avenir.
dans l’obscurité des forêts... Plus tard, la plante est consumée par la la lumière, et l’arbre se réjouit d’elle. PoTES CAPEEE.
(i) Ce mot fut appliqué par le juif et le marchand à l’argent mis de côté. Dans ce sens , il représente en effet le capital de l’un et de l'autre. Le commerce a conservé cette signification. Le Capital, c’est tout ce que l’homme a produit et n’a pas consommé, en fait de richesse pour satisfaire ses besoins.
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Cubez la terre végétale des continents; toisez les champs des nations, les demeures de l’homme , ses villes, ses canaux , ses routes, ses ponts, ses aqueducs et ses ports; les Hottes, les vastes réserves, les milliers d’instruments, les immenses richesses meublantes, vêtissantes et pourvoyantes entassées par le genre humain ; estimez les innombrables populations qu’il possède, leurs codes, leurs sciences et leurs arts ; tout ce qui a été fait sur la terre, au sein des airs et dans la mer depuis le jour où Adam est venu ; enfin pesez ce Globe pour savoir ce qu’il vaut, vous saurez la valeur du Capital, de ce fruit que l'homme a produit et qu’il n’a pas consommé.
Qu’est-ce donc que le Capital ?
Premièrement, un produit.
Secondement, un produit épargné.
Troisièmement, un produit épargné et employé.
D’où résulte que le Capital est toujours en raison premièrement du travail ; secondement de la vertu; troisiéniemenl de l’intelligence de l’homme. Les deux agents de la production, la nature et le travail, ont des limites; le sol est borné dans son étendue, la population dans ses forces. Le Capital, au contraire, ne rencontre aucune limite nécessaire. Or, la fécondité de la nature et du travail étant proportionnée au Capital, le Capital reste l’agent définitif de la production ou de la prospérité. D’ici vous apercevez le reste. On peut ramasser l’économie politique en quelques lignes.
Ai nsi, les choses nécessaires aux besoins, conséquemment à l’existence de l’homme, n’existent nulle part qu’autant qu’elles sont produites par lui. Produire, c’est employer trois choses: les forces de la nature, le travail de l’homme, et la puissance du Capital. Mais comme la nature produit
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en proportion du travail , et le travail en proportion du Capital , pour produire beaucoup , il faut beaucoup de Capital. Enfin, comme le Capital est le fruit de l’épargne, ou de la modération dans les jouissances , toute l’économie politique repose donc sur les deux préceptes chrétiens ; 1° qu’il faut travailler; 2® qu’il faut user avec modération.
La nature étant toujours donnée par Dieu, le travail et le Capital n’étant fourni que par l’homme, la richesse en définitive repose sur la Vertu.
Prenez la valeur d’un royaume, vous aurez la quantité de sa vertu. Le vieux proverbe , tant vaut l’homme tant vaut la lerre^ s’applique au genre humain comme aux nations. Un peuple est tout dans son territoire. Le prix de son sol est le propre poids de son âme. Là se tient le témoignage de sa gloire.
Jugez de ce qu’un peuple défend quand il défend ses frontières !
Le Capital réside en trois lieux ■. dans le sol, par la couche végétale que le travail et l’engrais y ont établie ; dans l’homme, par la vertuque le sang et l’éducation y ont mise; dans les machines et tous approvisionnements, par l’intermédiaire desquels s’établit la jonction féconde de la nature et du travail. Mais si le Capital est reçu dans ces trois réservoirs, il n’a qu’une source unique, au cœur de l’homme.
Fruit de son activité dans la production et de sa retenue dans la consommation, cel agent sacré n’est plus le produit
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de la nalure, mais bien celui de son âme. L’homme n’entre en civilisation que par son âme ! La différence entre l’antiquité et les temps modernes est marquée par celle du Capital. Le commencement, l’accroissement et le développement d’un peuple, n’est que le commencement, l’accroissement et le développement de son Capital.
Savez-vous pourquoi une partie du globe est encore dans l’état sauvage? c’est qu’il n’y a point de Capital. Au commencement, l’homme privé de toute avance, ne possède même pas ses bras, puisqu’il se donne en esclavage pour les entretenir; il ne possède même pas sa vie, puisque tout être pour son besoin peut la ravir. La pénurie du sauvage n'est que celle de la nature,jointe à celle de son âme.
Savez-vous pourquoi le monde antique était dans l’esclavage? c’est qu’il ne possédait pas assez de Capital. L’esclave n’était que ce qu’il pouvait être dans la pénurie de l’antiquité. Il ne possédait pas ses bras, parce que la société ne possédait pas le Capital qui pouvait les dresser et les entretenir. Depuis , la société l’a accumulé par l’épargne. La détresse de l’esclave n’était que celle de l’antiquité.
Voici le fait; avec le Capital la même quantité de travail produit plus de richesses; la part revenant à l’individu s’accroît d’autant. Le capital est le levier qui s’alonge ou se racourcit dans la main du travail. Or, à mesure que le Capital donne Infécondité à l’homme, le loisir, c’est-à-dire la substitution du travail Intellectuel au travail physique, augmente de plus en plus pour lui. Toute science suppose un capital caché derrière elle. Enfin, au sein de la société, il en est successivement de même des classes qui ont pour fonction la sûreté, la justice, la moralité, l’instruction et les arts. Toute la société est construite sur le Capital.
L’homme commence avec le Capital, se développe ou
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disparaît avec lui. C’est par le capital qu’il a successivement pris possession de lui-méme. Si son travail amène de quoi entretenir ses bras, il les reprendra sur la nature. S’il lui fournit de quoi dévelop[ier son âme, il la reprendra sur ses semblables. S’il lui fournit enfin de quoi devenir maître absolu d*e son travail et de sa personne, l’un et l’autre deviennent inviolables de fait ! Le salaire fui le signal de cet exhaussement de la nature humaine.
C’est le Capital qui rend possible le salaire, c’est-à-dire la propriété du travail. C’est le capital qui rend possibles l’éducation, que commence à reçevoir l’iioinme ; la diffusion des lumières , dont profite son esprit ; l’ordre civil et politique , dans lesquels entre son droit. Que dis-je, c’est le capital qui rendl’HoMME possible ! et qui rendra possibles un jour la liberté cl la fraternité qu’il attend de la société future.
Traversez d’un trait l'histoire. Qui fit du sauvage un esclave, possédant sa vie; de l’esclave un serf, possédant sa personne ; du serf un ouvrier, possédant son travail ; de l’ouvrier un propriétaire, possédant tous ses droits? j)ar qui en un mot les populations humaines furent-elles conduites de la triste antiquité sur les collines sacrées de la civilisation ? Paria vertu de l’homme, sans doute. Mais, par quel agent? le Caj)ilal.
Si l’homme veut augmenter son salaire, il faut que le capital augmente. S’il veut augmenter sa moralité, ses lumières, son bien-être, il faut que le capital augmente. Il ne saurait élever son droit par une civilisation plus haute sans que le capital n’augmente; homme, il ne peut s’augmenter lui-méme que selon le capital... Ce lent dépôt de la vertu est son unique marchepied.
Travailler à l’élévation de son capital, c’est, pour une uatioin