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Quand Tâme connaît son essence, elle connaît son étal primitif et son état futur. Cette haute science, qui est celle de la perfection, est ce qu’on nomme la sagesse. La pratique u’est que l’application de la sagesse. Entrez-vous dans la politique, sa voie y est toute indiquée ; celui qui sait l’homme dans son essence et non pas dans ses conditions extérieures, sait qu’il doit le perfectionner, non dans ces choses extérieures, mais dans ce principe essentiel et sacré qui remonte à son idéal.
Que faites-vous donc sur la terre ! Serait-ce pour quitter son âme que l’homme entre dans la société? Gouverner peutil être autre chose que l’art de rendre les hommes vertueux. Comment le premier litre d’un homme d’Etat serait-il de mépriser toutes les sciences qui traitent de l’âme, pour montrer ses chiffres plus forts dans celles qui traitent des choses !
Car enfin, il faut qu’on sache le but de ces choses, et en quoi consiste ce mieux que cherche la société, soit dans ces choses, soit dans ses lois, soit dans la paix, soit dans la guerre de tant de révolutions. Ce mieux, n’est-ce pas la réalisation de plus en plus parfaite de sa loi ; cette loi, n'eslce pas ce qui est le plus conforme au principe de perfection de notre âme ; et ce principe, ce qui est le plus conforme à la nature divine, d’où elle vient?.... et, où elle ira.
Vous avez cru conduire les hommes; vous campiez dans votre pensée, ils en sont déjà partis....
C'est toujours par une vertu qu’on mène les peuples. Votre éducation du 18® siècle vous laisse inapte pour ces temps. Vous admirez Napoléon, et ne voyez en quoi il fut grand. Vous vous dites des hommes d’expérience , et le possible vous échappe; c’est précisément la pratique qui vous manque. Elle découle de plus haut que vous ne la
A VANT-P ROPOS.
prenez. Que direz-vous quand successivement vous verrez tous les faits vous éclater entre les mains !
Ce qui fit le plus votre orgueil tombera ; ce que vous avez le plus méprisé régnera....
On compte toujours sur la nature humaine à priori. Voilà ce qui résulte de ne l’étudier que sur des livres fondés par l’homme. Il faut voir qu’à côté du bien, qui est à faire, il y a le mal, qui est tout fait. C’est trahir l’humanité que de la laisser telle livrer le duel sur un terrain social libre. Voilà six mille ans qu’elle ne s’élève qu’à force d’étais et par tous les préservatifs sociaux. Vouloir les lui ôter à la fois, c’est vouloir la faire écrouler.
Je me trompe étrangement, ou voici ce qui arrivera d’une semblable révolution. Les uns lui voient de prodigieuses conséquences politiques, d’autres de vastes applications sociales ; je lui vois une conséquence théologique très-simple : les faits vont se charger de prouver la Chute de l’homme.
Le reste pourra venir après.
Partout essai, partout le mal. Ici la loi pure, là son anéantissement. L’homme dressé perpendiculairement à sa pensée sur le droit , renversement de sa nature sur les faits. On ne va pas longtemps ainsi. A côté du bien, il faudra reconnaître le mal dans la nature humaine. On sentira qu’il faut aider l’un et le protéger ; contenir l’autre et le détruire. Alors on comprendra tout ce que c’est que la Société!... Alors seulement des esprits dans le vrai, alors des conséquences politiques de haute portée, alors des applica-
AVANT-PROPOS
lions économiques admirables , alors le progrès vers les suprêmes destinées.
J’attends effectivement celte époque.
A ce point de la civilisation il faut la vérité intégrale. C’est surtout le complément qui est nécessaire, le principe est toujours posé.
Celui qui nie la vérité fait moins de mal aujourd’hui que celui qui la proclame à moitié. Il y a assez de bon sens en France pour voir la première erreur, pas assez de philosophie pour apercevoir la seconde. Or, les partis et les écoles en sont là. Mais les faits agiront pour nous.
Cette Révolution ne vient pas de tel ou tel événement, de telle ou telle publication, ni de l’état momentané des choses. Issue de trois siècles à la fois, elle naît du choc de l’extrémité du 18® siècle contre la tête du nôtre. Voilà pourquoi on verra monter à sa surface tant de dogmes profonds et de conséquences absurdes. Les premiers sont l’arbre chrétien dont dix-huit siècles font épanouir la fleur; les secondes sont les lèvres payennes qui s’avancent pour la brouter.
Il reste un grand fait de toute révolution. Elle dévore d’un coup l’erreur qui l’a produite, et laisse aussitôt passer l’idée retenue derrière elle. C’est l’histoire des Conciles; c’est celle de la Révolution française. Elle nous dota de nos
améliorations dans l’ordre civil, politique, judiciaire et administratif; enfin elle trouva à doubler le nombre des propriétaires en France.
Or cette dernière révolution, comme je le dis, sera particuliérement une démonstration de la chute. On verra que le mal est dans la nature humaine. Il faudra bien se demander d’où il vient.
Depuis cent ans on pensait qu’il venait de la Société. Elle