LXXX IV
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dépravait l'homme né bon, elle mettait le^ fers à l'étre partout né libre. Sur celte idée on détruira la Société à fur et à mesure, pour laisser reparaître l’homme : on le trouvera pire ! C’est alors qu’on interrogera de nouveau le mystère de la liberté ; on verra quel est son germe» et comment il doit être planté pour croître. Il faut que les événements offrent table rase à l’erreur.
Puis en reprenant la Société, les hommes vont reconstruire pierre à pierre le christianisme sans le savoir. A la place de chaque erreur la nécessité nous obligera d’apporter un fait. Quand tous ces faits seront placés, il va se trouver qu’on aura institué le christianisme même ! Cette Révolution produira radicalement ce que tous les philosophes, tous les législateurs et les doctrinaires des deux espèces n’auraient jamais amené ; le christianisme dans la vie publique. Nous touchons à une révolution dans les âmes comme il n’y en a pas eu depuis le christianisme. Nous allons enterrer tout ce qui a pris jour avec l’hérésie (1).
Les hommes ont pènsé que le christianisme était faux ; ils vont d’eux-mêmes le reconstruire. Ils y croiront, il naîtra de l’expérience ! Ce que nous avons refusé à nos âmes
(i) Déjà, pour son peu de durée, cette révolution a produit de grands fruits. Ainsi que me l’écrivait un ami, il devient déjà moins difficile aux personnes qui ont la foi de vivre d’une manière chrétienne. La vie se montre moins sous l’apparence trompeuse du bonheur. Si, d’un côté, beaucoup de fortunes sont compromises, d’un autre , beaucoup de personnes font provision de bonnes œuvres. Mais comme le vieux siècle incrédule est impuissant, même à mourir. On se donnerait à un despote pour obtenir ce qu’on nomme la paix ! Si elle revenait perpétuer ce triste règne d’incrédulité , les hommes oublieraient bientôt ces maux, et la leçon ne profiterait pas à la France. Elle a besoin de savoir que la foi en Dieu et la pratique des vertus soutiennent seules le monde.
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nous l’accorderons à nos yeux. Tout approche ; les Dogmes entrent dans l’action. Avant qu’il ne meure, un Roi exilé dira ces paroles : « Je n’ai commis qu’une faute dans mon « règne, c’est de n’avoir pas cru le christianisme aussi vrai « que je l’ai jugé sortable ! »
Nous touchons à la dernière bataille que le christianisme donnera. Vainqueur dans l’ordre religieux, vainqueur dans l’ordre moral et civil, et bientôt dans l’ordre politique, il va remporter sa dernière victoire dans l’ordre économique. L’antiquité nous étouffait ; sur ce point comme ailleurs le paganisme rongeait le peuple.
Je déclare un évènement que l’on pourra vérifier :
La pratique ne reparaîtra qu’avec l’idée de la chute. Nos idées redeviendront applicables, on sera sur le terrain. Alors la démocratie s’ouvrira son véritable cours. Jusque-là, on ne tiendra que l’un des pôles, l’autre échappera toujours.
Il ne s’agit plus d’hommes d’Etat aujourd’hui. Le plus habile n’y pourrait rien. La foi des masses est la seule politique.
Servez Dieu, la République sera faite.
Vous qui demandez quand cette Révolution doit finir, ne portez pas les yeux au dehors. Ne regardez pas si la paix semble rentrer, le pouvoir se consolider ; voyez si les esprits s’approchent de la Religion. Si classes riches et peuple en sont à la même distance, dites qu’il n’y a rien défait! Si leur scepticisme est le même, leur égoïsme seul en armes, dites que vous n’avez pas vu vos plus grands maux !... Cette révolution finira quand la Religion reviendra.
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Pensez-vous qu’on ne voie pas ce qui se passe en ce moment chez les hommes? Ils voudraient se sauver sans Dieu : ils ont mis là leur point d’honneur! Dieu les laissera prendre toute la leçon que les événements contiennent....
Mais savent-ils ce qu’ils font?
Si la religion voyait encore diminuer son empire, la Société tomberait sous une tyrannie effroyable. Il faudrait que la loi entrât dans la conscience, pour diriger la volonté ; dans la famille, pour y maintenir les mœurs ; dans la propriété, pour commander l’économie. La loi irait étouffer l’homme jusque dans le sein de sa mère.
C’est la religion qui a sauvé la plus grande, la première liberté de la terre, la liberté de l’àme. Pourquoi courezvous si vite au devant de tout ce qui peut vous l’ôter ! Vous connaissez si peu la liberté que vous la cherchez encore sur le sol d’où elle fut constamment bannie. La politique ne doit être qu’une administration. En faire une direction, c’est rebâtir la tyrannie.
Il faut que la religion étende son empire sur l’homme, il faut que la politique diminue le sien : il faut que l’âme devienne de plus en plus libre. Toute autre marche des choses ne sera qu’une réaction, au lieu d’une action vers le but. Ce sera encore une époque à reprendre, une révolution de plus sur l’humanité. Vous n’avez qu’un bien sur la terre, et vous le laissez ravir !
Il est un fait contre lequel toutes les révolutions, tous les
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hommes, toutes les institutions élevées sur le sophisme viendront s’user, la religion. Si la force qui nous a créés et conservés se retirait des âmes, la société disparaîtrait. Si vous n’avez pas la foi, il faut le dire, et porter toute la question là. Mais voici ce que vous faites : Vous ne croyez pas, et vous essayez, sans le dire, de tirer vos institutions d’un terrain en dehors de la religion. En cela vous trompez le peuple. Je vous crois républicains, mais par l’esprit et d’une manière littéraire. Vous ne l’étes point par le cœur, puisque vous quittez l’Evangile.
Quand la morale d’un peuple n’est point assurée, c’est une trahison de porter la question ailleurs. On ne fait qu’augmenter sa clîûte. Il faudra toujours que nous retombions sur le niveau de nos mœurs. Les lois ne peuvent les précéder sans que leur exécution ne soit tyrannique et détestée. Voulez-vous remplacer la conscience par des arrêts ! Si la liberté pouvait être à tout instant prévenue, l’humanité perdrait son droit divin d’imputabilité. Si nous rentrions dans le mode des sociétés antiques^ il n’y aurait rien de fait, nos dix-huit siècles seraient perdus.
Affaiblir un dogme c’est faire glisser la morale, descendre la nature humaine, ainsi que la Société. Méfiez-vous des hommes qui ne se mettent point eu peine de votre intérêt éternel ; ils vous désoleront. IN’onl aimé vraiment les hommes que ceux qui ont aimé Dieu. Les autres ont toujours fini par se les sacrifier.
Il n’y a que deux lois au monde. La loi de la nature, dans laquelle les espèces supérieures mangent les espèces inférieures; la loi divine, dans laquelle les êtres supérieurs secourent les êtres plus faibles. Vous prendrez toujours l’une ou l’autre. Si la loi de charité voit sa source tarie au cœur, la loi de l’animalité vous reprendra de vive force. En de-
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hors du Christianisme, Thomme est toujours anthïôpophage.
Vous ne direz pas non, le siècle s’est constamment porté avec empressement du côté des doctrines qui semblaient expliquer tout sans religion. Ce ne sera point sa faute s’il en arrive autrement !
Comme on eût trouvé commode de se passer de la vertu ; de vivre au sein d’une pplice parfaite, où tous les vices bourgeois auraient été en paix chez eux ! Ne saurait-on se mettre en société sans Dieu ? Qu’on décrète la plus grande estime à son nom ; mais quel voisin incommode s’il faut qu’il se mêle de tout !
Le jeune siècle, sur ce point, a fait un pas sur le libéralisme de ses pères. Devant la Foi, il donnera signe d’une déférence historique. Mais dites qu’elle est la vérité sociale, il en sourit ; il sait trop bien qu’il n’y a là aucune puissance. Il est clair que quand on ne croit point, on ignore ce que c’est que la Foi ! Je ne connais aucun sacrifice trop coûteux pour arracher les âmes à cette position désastreuse.
Depuis vous, Dieu n’est plus le but du monde ! El pourquoi l’a-t-il créé? Un temps approche où votre pensée vous tuera. L’avenir tient la leçon prête. On a vu le mal dans la pensée, on a vu le mal dans l’action, or vous saurez ce qui suit... Souvent vous répétiez d’une façon littéraire et d’après l’antiquité, qu’il n’y eut jamais de société sans religion. Vous vous en convaincrez par le fait...
Je ne m’étonne plus de la voix répandue en ces temps ! Vous avez perdu la crainte de Dieu, vous aurez celle du pillage. Il faut bien vous traiter comme des enfants !
La noblesse ne fut jamais plus croyante que depuis 93, La bourgeoisie apparemment le deviendra après son 93 économique. Elle apprendra que le pain nous vient de la Foi.
Vous dites qu’on emploiera la force ! Je le sais bien; le mal
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