‹ De la douleur ... Précédé: Des temps presentsChapitre 25 sur 48 · X CI · texte numérisé non relu

X CI

leur propre foule qui tombait dessous. Jamais la noblesse dans ses usages, ni le peuple parmi les siens, n’offrit pareille conduite.

Une marque certaine que cette race était sur sa décadence, c’est que déjà elle gâtait ses enfants. La main de l’éducation se retirait déjà d'elle.

Les fortes coutumes des anciennes familles n’étaient point là. On ne sut copier que leurs travers. Je ne sais si 89 a été trop précoce pour la bourgeoisie, mais le fait est que son avènement l’a perdue.

Au reste, elle prit la noblesse juste au moment où elle se décomposait. Elle ne fit que s'y substituer. Jjouis XIV et Louis XV se sont continués et achevés en elle.

La Bourgeoisie perdit dès le premier jour le génie de sa mission. L’association sans atteinte à l’individualisation devait être chez des chrétiens le but de l’organisalion économique. La personnalité humaine ne se forme d’abord, que pour entrer dans la loi de l’amour. La bourgeoisie qui fit la révolution de 1790 pour réduire les trois Ordres en deux, devait tendre dès-lors à réduire les deux Ordres restant en un seul.

Elle s’y est constamment opposée. Economiquement, l’association est déjà d’une difficulté énorme; sans parler des embarras administratifs , il faudrait avoir sur tous points, dans tous temps, le rapport réel entre le capital et le travail. Mais avant tout, il faut que l’association soit dans les consciences, par la charité entre les hommes. Pour être associés, il faut que les cœurs soient unis.

Si l’on avait traité la question en temps de paix, nous ne serions pas obligés aujourd’hui de la traiter en temps de guerre. L’impuissance sur ce point sera notre dernière plaie. Par suite de l’état moral et du capital battu en brèche, une

AVANT-PROPOS

suffisante pratique de l’association est !a plus vaste impossibilité qu’il y ait à cette heure en France.

Hors du sentiment chrétien, on fit de la richesse le but. De là le mépris en industrie pour les classes ouvrières; on exploitait. Il y avait cependant une chose bien simple à comprendre : Puisque le travail est aussi bien que le capital l’agent de la production , comme lui n’a-t-il f)as droit de se concerter sur ses prix. Pourquoi ne laissa-t-on pas libre sur ce point la balance entre l'offre et la demande ? C’est une grande ignominie.

Ce serait le moment pour la bourgeoisie de reprendre base dans la religion et de s’enter sur une morale plus noble, si, après sa ruine économique, elle ne veut pas disparaître entièrement des destinées de la France.

Si celte classe pouvait revenir à la Foi, nos maux dès ce jour commenceraient à se guérir, au lieu de se continuer. Mais le malheur seul peut remplacer le manque d’éducation dans les âmes. C’est ce qui me fait redouter toutes les suites de notre catastrophe économique.

Déjà celte secréte haine d’amour-propre que le bourgeois portait au noble , le peuple la porte au bourgeois. Sa fatuité dépourvue du sentiment de la gloire le fil plus promptement tomber de son estime. Vertus, magnanimité , désintéressement, gloire, pensée, arts, parcourant tout ce qui est grand , je ne vois plus ce qui reste à cette classe pour dominer une nation.

Ce qu’on appelle aujourd’hui le peuple, est-il appelé à remplacer immédiatement la bourgeoisie? Je ne le sais pas encore. Toutefois, il faut auparavant qu’il ait été initié à la grandeur, et qu’il ait reçu l’exemple d’une tout autre Aristocratie : car ce mot vient de A,OfSTOf , les meilleurs, c’esta-dire par la vertu.

AVANT-PROPOS

Pour la noblesse, elle n’est plus. La Révolution française a décimé ce qui était resté sain en elle. Quelques débris du sentiment de l’honneur , privés de celui de la pensée et de l’art, ne suffisent plus pour soutenir la tête d’une nation.

Tout est tombé de ce qui était. Et au sein des nations la place est faite à la Sainteté...

Le jour vient où cette fleur gernvera du sein d’un peuple arrosé par la Foi. Et la Sainteté sera la seule noblesse.

Il n’y aura plus d’autre aristocratie...

Résultats !

Les nations modernes ont été détournées de leur voie, et les âmes de la grande espérance. Ramenez les peuples des fausses lueurs économiques qui placent le Ciel ici-bas.

Sur les voies de l’esprit on peut aller très loin ; qu’on évite une loi de Dieu, on peut sortir de la création ! Mais en se tenant dans les faits, on voit où il faut s’arrêter.

Sur les 72 centimes bruts que donnaient les 9 milliards et demi de la France, prélevez l’impôt, qui garantit la sûreté et la j-ustice ; prélevez la rente nette, qui garantit la science et l’art; prélevez ce faible excédant qui, continuant le capital, garantit son mouvement à la population, et vous verrez si la nature fournit tant de matériaux pour réparer le sang qui chaque jour se décompose dans nos veines, qu’on en puisse offrir le tiers au luxe et à la dépravation ! Plus de la moitié de l’Europe a moins encore à donner à chacun de ses enfants; redescendez le reste de l’échelle, par

Page 1