CHAPITRE II
De la douleur au poinl de vue de Phommc.
Toute faute chez l’homme étant composée de deux éléments, l’égoisme et la volupté, il faudra que le remède se compose aussi de deux éléments, pour atteindre le vice qui se rapporte à l’esprit et le vice qui se rapporte à la chair.
L’esprit a péché en se laissant trop remplir de lui-même : il faudra que l’esprit se répande hors de loi-même. C’est ce qui s’opérera au moyen de l’aveu. La confession rétablira peu à peu dans l’âme l’équilibre entre l’orgueil et l’humilité.
Le corps a péché en se procurant toutes ses sensations : il faudra que le corps se refuse tout entier à lui -même. C’est ce qui aura lieu au moyen de la privation.
La pénitence rétablira peu à peu dans le corps l’équilibre entre les sens et la volonté.
11 se produit alors un effet complet. Le corps J rappelé à la privation, se sent délivré des mouvements désordonnés qui résul-
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taieiit de sa prédominance , et rentre avec satisfaction sous Thygiénique empire de la volonté, f/âme, se trouvant initiée à riiiimilité, rentre dans sa propre pos~ session spirituelle, et reprend avec joie toutes les bonnes résolutions de rinnocence.
Cette révolution opérée tout-àeoup dans le corps et dans Tâme est l’œuvre de la douleur. L’homme a-t-il perdu toute force morale , est-il tombé au milieu de l’impuissance de la corruption , en un mot est-il incapable de s’élever au bien par les actes de sa liberté, confiez -le à la douleur, elle opérera en lui à l’égal de la vertu !
Quel est donc ce mystérieux
agent? Quoi, la Douleur! N’estelle pas l’opposé de l’état éternel ; n’est-elle pas ce qu’il y a de plus contradictoire à l’être! La fin absolue étant le bonheur, se pourrait-il que l’être s’y élevât par le moyen de la douleur !
Nous dirons ce que c’est que la douleur. Mais d’abord, la douleur n"est pas de l’être; elle a été placée à côté du mal pour l’extirper de l’être. Sans le mal, la douleur ne serait jamais entrée dans le temps. La douleur trempe l’être dans ses flammes pour le purifier, c’est ainsi qu’on voit le métal en fusion rejeter tout de sa substance embrâsée.
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it)
L’homme est fait pour l’Infini.
Si donc il avait montré, premièrement assez de volonté pour s^mposer de loi-même les efforts nécessaires à la formation de sa personnalité, et secondement assez de cœur pour s’imposer de lui-même les sacrifices nécessaires à la formation de son amour, la douleur n’eut jamais existé. La douleur est un remplaçant du travail, et un suppléant de l’amour.
Ayant été créé dans l’état de justice et d'innocence, l’homme se trouvait placé, en tant qu’être, immédiatement au-dessus de la douleur. Il était formé, il lui res-
tait à se développer; et la création en avait remis le soin à ses œuvres. En cet état, l’action suffisait à l’éducation de sa volonté, et la résignation à l’éducation de son cœur; la peine n’était pas devenue un supplément nécessaire à la première, et le sacrifice un supplément nécessaire au second.
Mais, étant tombé au-dessous de cet état, l’homme s’est tout-à-coup trouvé en proie au douloureux travail de l’être aux prises avec le non-être.
En un mot, la création, en faisant franchir à l’homme tous les abîmes du néant, l’avait en quelque sorte amené à la surface de l’être. De là il ne restait à l’homme qu’à s’élever selon sa propre loi ;
dans f.E TEMPS.
il n’avait pas à remonter tous ces degrés inférieurs où il est descendu et où il a rencontré la douleur, désormais indispensable au régime de son être.
La volonté et le cœur, ces deux pôles de l’homme, s’étant amollis, la douleur n’est donc qu’un travail plus profond imposé à Texercice de la volonté et à l’exercice du cœur. Elle vient souffler comme un feu âpre sur une liberté qui s'éteint et sur un amour expirant.
L’homme désespéré par le mal , abandonne son propre moi, perd de vue sa destinée, il voudrait retomber dans l’oubli éternel. La douleur est comme l’instrument qui va de nouveau l’arracher du néant.
Rien n’est plus habile que la douleur. Elle rétablira la vie dans la nature humaine précisément par ses deux grands organes.
La volonté s’est -elle couchée dans la paresse, la douleur pèsera sur elle de tout son poids, et l’obligera de la sorte à soutenir un fardeau que cette fois elle ne peut rejeter. Le cœur s’est-il refermé sur lui-même par l’orgueil, la douleur viendra le rouvrir jusqu’au fond, et en saura faire couler des sources abondantes de pleurs.
La douleur martellera la volonté jusqu’à ce que celle-ci revienne avec quelque courage reprendre d’elle-mêmc l’exercice de sa loi : et elle brisera le cœur jusqu’à ce que celui-ci tombe de lui-
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même dans l’attendrissement que demande ramour. La douleur courbe Têtre, mais en réveillant toute son énergie de réaction. Il semble que la vie ait besoin de se voir comprimée, comme le ressort, pour reprendre son élan !
Enfin , la douleur amènera la patience; or, la patience est le triomphe de la volonté ! La douleur amènera le renoncement ; or, le renoncement est le triomphe de l’amour! Par le moyen de la douleur, la liberté et l’amour rentreront donc en l’homme dans toutes leurs racines et avec toutes leurs branches ; le cœur et la personnalité remonteront vers la vie absolue.
C’est ainsi que l’être qui laissait
tomber dans le mal le pouvoir de se former de lui -même, est reforgé de nouveau tout en vie sur l’enclume divine !
L’âme démoralisée voudrait abdiquer sa loi, sa liberté, le mérite et le démérite ; elle voudrait , se perdant dans la nuit, se démettre de l’existence même; et la douleur va la chercher jusque sur les bords du néant pour la ramener au combat. Quelle admirable chose que la douleur! Quel instrument [)récieux est entré dans le temps !
Auxiliaire de la création après le malheur de la chute, la douleur est le levier de l’amour, le second bras de Dieu.