HIÉRARCHIE MYSTIQUE
Rage d’Adam, vous croyez travailler la terre,, et vous cultivez le Ciel! Le temps est établi de manière à assurer tous les pas de la liberté. Pour elle , la vie est déjà graduée comme le Purgatoire et
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les Cieux le sont pour l’épreuve et pour la gloire.
Comptez vos instants ici-bas :
un jour vous en verrez le prix dans l’infini! Votre situation dans le temps indique celle de votre âme au méridien éternel. Vos souffrances sont les degrés que vous franchissez sur l’échelle invisible des esprits.
J'écris , et ne vous parle pas , de sorte que je ne puis vous dire combien vos peines sont précieuses...
Nous ne restons sur la terre que pour faire un pas de plus. Or , chaque pas est amené par la douleur. Sa liamme s'attise sous nous pour nous obliger départir. L’âme va s’élèver de motif en motif jusqu'à la pureté de l’être!
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Or, le motif qui se rapproche le plus du pur motif du Ciel est celui de la gloire. Aussi, Dieu tâche d’élever à la sainteté ceux qui, dès leur naissance, ont connu le sentiment de la gloire.
Le motif qui se rapproche le plus du beau motif de la gloire est celui de Thonneur. Aussi , Dieu tâche d élever à l’idée de la gloire ceux qui, dès leur naissance, ont connu le sentiment de l’honneur.
Le motif qui se rapproche le plus du noble motif de l’honneur est celui du juste. Aussi, Dieu tâche d’élever à l’idée de l’honneur ceux qui, dès leur jeunesse, ont trouvé leur âme dans le sentiment du juste.
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Le motif qui se rapproche le plus du strict motif du juste est celui de Tintérêt. Aussi , Dieu tâche d’élever à l’idée dominante du juste toutes les âmes qui sont nées près des motifs de l’intérêt.
Enfin, le motif qui reste après le mince motif de l’intérêt est celui du plaisir , qui ferme l’homme dans son corps. Et Dieu tâche d’attirer ces faibles âmes au goût de la possession par le désir du bien-être et de la propriété.
Ainsi s’échelonnent les hommes.
Le travail de Dieu sur ce monde est de placer un levier sous chacun d’eux , afin de soulever l’âme du degré où elle s’est posée au degré qui lui est supérieur.
Or, entre chaque degré il a
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toute une \ie... et ce levier qui la soulève est la douleur.
C’est pourquoi il ne faut point troubler les âmes en ce qu’elles sont; elles ne comprennent point les choses placées au-dessus d’elles. La lumière, seule, est assez délicate pour descendre en initiatrice.
L’homme n’avance que par un effort de plus dans ramour ; un plus grand amour ne s’embrase qu’au feu ardent de la douleur.
Telle s’offre la Société humaine , immense gradin où les âmes sont assises ! Au faîte étincelle la triple flamme de la vertu , du
génie et de la douleur. Au bas sont les peines moins grandes , comme aussi les sentiments moins profonds. A mesure que le regard descend on voit le rire augmenter ; à mesure qu’il se relève on voit régner le sérieux , inséparable sentiment des grandes choses !
Qui n’a jeté des yeux surpris dans ce mystérieux amphithéâtre des âmes! Sur la terre, les cercles de l’édifice se construisent pour elles comme le Poète les entrevit dans les lieux qui les attendent. Puis, les révolutions les transportent toutes à la fois. Mais c’est le char élevé des saints , des poètes et des hommes de l’honneur qui entraîne le mouvement du monde. Les autres forment l obs-
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tacle , que la pratique oppose à toute chose humaine.
Plus une nature est élevée, plus est en elle le sentiment de Pinfini, et plus elle souffre delà vie.
Moins une âme contient de ce sentiment divin , moins elle se trouve en disparate avec ce monde. Mais plus , alors, elle a besoin d’être vivement travaillée par le temps. Sur les différentes zones des peines les âmes sont graduées dans la vie.
Dieu prévoit ceux qui n’éprouveraient pas les peines morales , et il les expose aux peines de la faim.
Il est si peu de sensibilité dans ces milliers d’êtres au sortir du néant, qu’ils les faut à tout instant réveiller par ce vif senti-
ment de leur existence en question ! L'homme a eu besoin d’être un corps , afin que le traitement de la vie descendit aussi bas que cela serait nécessaire...
A ceux qui ne ressentiraient pas les peines de la conscience , Dieu envoie donc les dures peines du corps. A ceux qui ne ressentiraient par les nobles peines de l’honneur 5 Dieu envoie les peines vulgaires de la fortune. Enfin , à ceux qui n’éprouveraient pas encore les saintes souffrances du cœur, Dieu prépare les inquiétudes de l’esprit.
Les âmes sont déjà échelonnées ici-bas comme dans le Purgatoire.
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Toutes les vertus et tous les cœurs sont à leur place. L'aisance se construit aisément autour des esprits fermes et des habitudes économes ; et la richesse dissout promptement les familles qui ne conservent pas leur grandeur. La grandeur , c’est la prédominance de l’âme. Dieu a eu beau choisir les races royales, leur naturelle noblesse n’a pu constamment tenir contre des siècles de prospérité. Revenues plus tard sur les niveaux de la vie, on a vu maintes fois, par l’exil, ce qu’il y avait encore dans une âme royale.
J’invite vivement les hommes bien nés à suivre l’inspiration cpii est en eux. Nos bons mouvements nous sont toujours donnés en proportion de notre nature. Beaucoup ignorent combien il sera dur à leur cœur d’être restés au-dessous d’eux-mêmes. Toutes les satisfactions qui ne passent pas par la conscience sont nulles. L’homme d’une nature avancée tôt ou tard le ressent, et, faute de joie interne, il tombe dans la détresse morale.
Souvent une jeunesse perd de la sorte des natures développées, qu’avaient mis tant de soins à préparer les générations précédentes, r.e jour oh le plaisir finit, l’homme ne sent plus en lui qu’une cons-
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cience attiédie, incapable d’éprouver le doux sentiment intérieur.
Le moi dépouillé se trouve seul en face de son terrible vis-à-vis ; dès ce moment T homme est battu.
Car une fois Torgueil entré dans le désert de ce cœur, il rejette tout, il prend le mépris de tout :
l’orgueil a une spirale pour descendre dans sa ruine... Dès-lors l’ame est à refaire; dans l’échelle de la vie, elle va revenir au bas, et recommencer le grand cercle.
Car les sentiments devenus communs chez les pères reparaissent dans les enfants. Chez ces derniers, la liberté a de plus à combattre la loi de la progression génératrice. Une race lentement élevée sur la force de la vertu est
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vite sapée par le vice. Quant l’âme perd de sa noblesse, les motifs élevés n’ont plus de prise sur elle :
elle est remise sur les leviers grossiers. La douleur sait toujours à qui elle a affaire... Il faut franchir les classes du travail pour se tenir dans les classes oii il entre de l’amour.
Le grand point est que l’homme sorte de lui-même pour prendre le mouvement éternel de l’être vers l’être. Le travail est donné dans ce but. C’est le travail qui commence l’amour; par l’effort il habitue l’homme à sortir peu à peu de lui, jusqu’à ce que l’amour opère ce mouvement complet en le portant dans autrui. L’homme en serait presque toujours inca-
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pable dans les débuts de la vie.
Seulement le travail n'a point pour l’homme ces égards qu’il trouve plus haut dans l’amour.
Voici pourquoi l’amour est plus que le travail : l’amour se donne nécessairement à un autre que soi , au lieu que le travail revient ordinairement à lui-même. Le travail fait les premiers pas de l’amour; c’est pourquoi il avait besoin des encouragements de ce monde. Mais c’est encore par le travail que la masse du genre humain peut se sauver, et qu’à l’heure de la mort^ l’âme se trouve secrètement préparée à l’acte définitif de l’amour! Ceux qui, dès l’abord, sont entrés dans une des voies de la
justice OU de l’amour, ont eu le temps de conduire plus haut leur âme. En présence de Marthe , Notre - Seigneur disait à Marie qu’elle avait choisi la meilleure part.
Il faut bien en prévenir ici , c’est une remarque que j’ai faite :
toutes les âmes orgueilleuses naissent dans les classes inférieures.
Les âmes nobles et tranquilles naissent toujours sur un niveau d’où leur humilité peut se répandre.
Parmi les premières, beaucoup ensuite ont profité des leçons que
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leur donna, hélas! avec profusion la vie ; comme parmi les secondes quelques-unes ont mésusé des avantages dont le Ciel les avait couronnées. Mais voyez comme toutes, quoiqu'elles en disent, sont nées où il le fallait! Ceux qui suivront la remarque que j’ai faite en resteront de jour en jour plus frappés.
Dieu ne laisse à peu près la grandeur qu’aux âmes qui la peuvent porter. Vous verrez toujours les envieux, quoiqu’ils emploient tous les moyens , ne pouvoir jamais réussir. Même dans des conditions meilleures, il est des âmes que Dieu préserve du luxe ; celles surtout que vous voyez à grands soupirs regretter la fortune.
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Dieu nous donne tous les biens que nous pouvons porter. Ici-bas, chaque point est merveilleusement calculé pour l’infini. Chaque âme V est reçue sur son échelon ; et il n’est pas un mot du drame qui va s’ouvrir devant elle qui n’ait été mis à sa place. La vie est faite pour nous ! La position de tout homme, qu’il l’avoue ou qu’il le nie, est au juste le traitement qui lui convient.
Seulement, il en est parmi nous qui dès l’enfance ont aimé les arts, et ils ont demandé leur pain le reste de leur vie. Leurs joies aspiraient au Ciel , et elles y sont restées ! Pauvres âmes , pauvres âmes... mais que l’infini est beau!
Paix, paix sur la terre aux hom-
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mes qui ont rêvé la beauté! qu’aucune honte n’atteigne l’homme ébloui par les deux 1
Le rapport établi entre la nature de la douleur et les divers états des âmes produit toutes les positions touchantes de la vie. Que d'ingénieuses douleurs préparées à l’homme de génie trop ardent, au poète toujours ravi, au cœur vertueux qui s’exalte ; et puis, à la mère trop tendre, à la fille trop crédule, au jeune homme trop attendri !
Et quelle douleur aux doigts divins pour toucher au cœur extasié des saints! Mais que de douces souffrances s’éveillent aux chants du rossignol, au murmure lointain des vents, au seul aspect mélan-
colique de la nature ! Ah ! quelle flamme traverse le sein dans un doux sentiment partagé, ou dans les transports de ramour divin !
Or, dans ces classes libérales où une partie du travail se métamorphose en amour, la peine en s’éloignant des membres entre si avant danslesâmes, que je ne saurais plus.
la dire sans tenir le langage des saints! Et moi je ne puis tenir que le langage des hommes...
Je n'entrerai pas dans le royau me delà douleur invisible; je ne monterai point sur ces lieux où la douleur se répand par soustraction d'espérance.
Car l'espérance ne vient pas de l’homme. Ce qu’il a nommé ainsi
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n’est que ce rayon de l’absolu qui arrive jusqu’à lui à travers le brouillard de la vie.
Lorsque Dieu ferme son Ciel pour voir combien ses âmes l’aiment, elles se sentent tout-à-coup prises dans une telle mélancolie , que leurs angoisses deviennent toutes semblables au remords...
C’est pourquoi il ne faut révéler à personne le mal qu’il ne porte pas. Je dirai seulement les choses du chapitre qui suit.
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