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CHAPITRE XI

La Douleur équilibre pour le Ciel le cœur et la volonté.

Ne pensez pas cpie la douleur ne vienne sur la terre que pour donner son résolvant au mai.

Elle y est aussi particulièrement appelée pour apporter son multijdicateur au bien. Vous la verrez

oublier par moment la pénible réduction dn mécbaiit pour s5)ccu” per de la sainte progression des bons.

Que le juste ne s'étonne point des nombreuses visites de la douleur. Souvent elle est obligée d'entrer chez lui pour rétablir l'équilibre entre les deux pôles précieux de son être , la personnalité et l’amour!

On voit la douleur s’adresser effectivement à ces personnes dont le cœur expire de douceur et de sensibilité : là elle accourt pour leur faire obtenir par l’effort une personnalité proportionnée à leur amour. Les êtres les plus sensibles seront particulièrement atteints; il faut bien qu’elle en fasse des

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saints ! C’est ce qui explique pourquoi beaucoup de femmes ont tant souffert.

Egalement vous verrez la douleur s’adresser à ces hommes dont le caractère est si plein de grandeur et de fermeté : là elle vient pour dire aux larmes d’arroser les racines d’un amour qui doit grandir autant que leur personnalité, (fest ce qui explique pourquoi on vit souvent les grands hommes rappelés un jour, comme le fut Napoléon, par les obligations de la douleur.

La douleur sait, en tombant sur un cœur attendri, y fortifier une volonté que la bonté empêchait (le croître ; et, en tombant sur une personnalité altière, y adoucir

un cœur que la fermeté eût empêché de s’ouvrir. Etes-vousdoux, elle vous rend forts; êtes-vous forts, il faut bien qu’elle vous rende doux !

Quelle lame à deux tranchants! dites qu’elle ne fut pas faite en vue de la nature humaine!... Placée dans l’intérieur de notre être , la douleur proportionne sur la donnée infinie le cœur et la volonté.

(^ui vit comment son âme est faite! Qui sait où son égoïsme est fixé, qui sait où se tient son amour?

Souvent l’endroit le plus parfait et le plus délicat du cœur, est celui où l’humilité seuleentrait. Souvent, dans la vieille habitude d'un vice

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toujours présent, on perd de vue la plus grosse méchanceté de son âme. C’est la douleur seule qui nous trouve. Tout homme est fait comme sa douleur...

Ah! qui remplacerait en lui cet ouvrier invisible ! On est toujours étonné plus tard que la douleur ait visé si juste... Puis, aussitôt ([ue le cœur s’arrête, la douleur le remet en marche. Dans les âmes que Dieu veut rendre parfaites, il faut qu’elle ait partout passé. A chaque pas, sur sa trace, elle laisse une abnégation. O vous qui cherchez Pamour, laissez Dieu mener votre âme par où il faut!

Lorsqu’on a longtemps souffert, on est un jour tout surpris de ne plus retrouver son égoïsme. La

douleur use le moi; plus rapidement peut-être que la vie. Après de longues douleurs , rhomme , empresse de visiter son âme, retrouve ses plus gros vices abattus.

Telle que le burin du tour , vous verrez constamment la douleur se placer sur les côtes les plus saillants du moi. D’une forte passion, d’une excroissance de l’orgueil, elle fait naître une grande Heur! O vous qui cherchez la beauté, laissez Dieu former à votre âme la couronne qu’il lui faut !

Fout en croissant sur sa tige de liberté, la belle plante spirituelle

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ne se déformera donc point ; la douleur est là pour la découper suivant ses proportions immortelles !

Prenez-vous trop de fermeté, Dieu vous en retirera pour que vous restiez dans les limites de votre amour. Vous remplissez-vous trop d'amour, Dieu vous en reprendra po!]r qu’il reste contenu dans les limites de votre pouvoir. IjCs fous seuls ont été manqués par la douleur.

L’homme entièrement formé avec la volonté , a besoin d’être attendri par le Ciel. La volonté ne fait que l’homme , et l’homme s’élèverait dans son orgueil! Il faut que notre cœur s’ouvre proportionnellement à la source impersonnelle. Souvent celui-là va en

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arrière qui travaille le plus pour avancer. C’est ce qui arrive en dehors de toute grâce. La volonté privée du cœur s’érige en haine.

Il n’y a pas toujours assez d’ampleur dans l’âme pour que l’action laisse la place à la bonté.

L’intelligence ne fait pas le grand homme ; et la volonté d’un grand homme ne fait qu’une entêté de celui dont l’intelligence est étroite.

Pour posséder un esprit vaste, il feut avoir vu toutes choses. Mais pour avoir pensé à tout , il faut avoir successivement tout aimé. Un grand amour a pu seul retenir l’âme suffisamment sur chaque objet.

Jamais le bon sens ne sortit d’un cœur étroit. Livrez-vous aux esprits mesquins , vous ne tarderez

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pas à souffrir d’un pareil défaut de leur cœur.

On ne sait pas l’importance de l’équilibre du cœur et de la volonté ! La méchanceté n’est qu’une persistance de la volonté sur un point où c’était au cœur de reprendre : la faiblesse , qu’une inaction du cœur lorsque c’était à la volonté de marcher. La lâcheté habite le fond de ces cœurs mous où le vouloir est submergé. Ne vous plaignez donc jamais si la douleur retire à votre personnalité pour le donner à votre cœur; ou si elle dérobe adroitement à votre cœur pour l’ajouter à votre personnalité... vous voyez bien que tout se fait pour vous !

L’âme sera parfaitement belle pour les Cieux. Au sein de l’infini 5 à cpioi servirait beaucoup d’amour s’il ne pouvait être contenu dans notre personnalité; à quoi servirait une grande personnalité si elle ne pouvait être remplie de notre amour? Il faut que les formes célestes de la jjersonne soient prises par l’amour : il faut que la vie de l’amour brille sous les formes de la personne , comme la joie dans la prunelle vivante.

Ainsi le veut T Artiste divin.

Cette beauté de proportion de l’âme renferme ses conditions d’immortalité. Un système d’or-

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gaiies ne pourrait se développer aux dépens de l’autre sans les mettre tous les deux en péril. La nature humaine ne doit pas renverser en entrant dans l’infini ! Il importe de donner toute sa solidité à l’amour : l’âme ne peut s’agrandir pour mourir.

L’âme , comme le beau, comme la poésie , comme Dieu , n’est que l’infini constitué. Or, l’amour solide, c'est la vertu. C’est pourquoi la Religion nous demande constamment la pratique. Dans la pratique est à la fois l’amour , qui a voulu, et la force, qui a pu. La pratique, c’est la perfection. Il ne faut être ni. mou , ni béat , mais plaire au Dieu vivant!

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Je dirai aux âmes des hommes , ce sont là les nécessités de l’absolu.

Il ne faut pas que votre amour soit comme une flamme qu’emportera le vent du Ciel , ni votre personnalité comme un tronc éteint ; mais que l’amour et la volonté , fondus l’un avec l’autre, entrent dans l’incandescence des astres immortels !

Sur la terre, on doit donc prendre un soin égal de la personnalité et de l’amour. Au fond , c’est bien l’amour qui est le plus divin.

Mais comme l’homme n’est pas encore assez bon , il fait beaucoup plus de cas de la puissance que

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de l’amour. C’est toujours une puissance qui réussit dans le monde , et l’égoïsme , comme tous les mauvais sentiments , n’a de respect que pour la force. Au lieu que l’amour, fait pour le Ciel, est exposé ici-bas à toutes les blessures. Beaucoup d’âmes l’ont senti , et elles se sont retirées à l’écart pour le cacher sous les fleurs... de la sainteté.

Il y a des hommes qui ne connaissent qu’un élan; puissent-ils ne pas connaître l’autre! En nous il est comme deux âmes ; heureux ceux qui ne portent que l’âme qui veut connaître... Sauvez-vous, sauvez-vous dans la puissance si vous reçûtes, sur la terre, cette autre âme qui veut aimer. Ou si

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déjà le bon sens est entré dans votre coeur , retirez-vous de suite en Dieu .

Cœurs si tendres , prenez donc garde à la douleur , elle sera si pénétrante avec vous ; elle vous traitera presque comme les saints.

Mais voyez jusqu’où va votre amour ! et cet attendrissement qui ne vous quitte plus, et cet émoi qui vous fait mourir... Il faut que tout cela rentre dans votre moi.

Imposez-vous bien vite mille sortes de tâches et de peines , comme les personnes parfaites , et vous pourrez continuer d’aimer.

Déjà j’ai fait remarquer que la vertu qu’on a le plus cultivée reste sans sa récompense. J’ai

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bien une autre pensée ! la vertu qui fit le plus haut mérite de Fâme est souvent celle qui a paru succomber. Vous êtes bon , et c'est bien parce que vous l’êtes, qu’autour de vous tous les motifs d’impatience à profusion seront semés. Votre bonté naturelle deviendra une bonté acquise et toute surnaturelle ! Vous êtes chastes , et c’est bien parce que vous l’êtes , que dans l’existence qui vous est faite, cette vertu montera à une abnégation que vous ne prévoyez pas. Vous êtes humble, et c’est bien parce que vous l’êtes, que dans le cours de votre vie , cette vertu sera arrosée d’épreuves que l’orgueilleux ignorera, car il ne les pourrait porter. Enfin, pour

redescendre par le même côté de l’âme , vous saurez que si votre cœur déjà renferme l’ardente douceur d’un époux, vous vivrez probablement sans campagne ; si votre jeune sein porte déjà l’intime tendresse d’un père , vous n’aurez

probablement jamais d’enfants

la douleur ira aussi loin que vous!

Vous sentez bien, ou la vie embrigade toutes les âmes pour la sainteté. ou elle n^est rien.

Il est inutile à l’homme de saisir un bien de tout son cœur :

tout son cœur d’un autre côté sera saisi par l’amertume ! Le plus souvent , celui qui est en paix dans l’amour, s’apauvrira ; celui qui est content dans la gloire , souffrira ; celui qui est joyeux dans la fortu-

jie, la perdra. L’homme ne saurait goûter la paix plusieurs jours ! Dès que la vie ne lui coûte plus rien , elle lui devient inutile.

Souvent l’âme qui a le plus connu d’amertumes dans la vie est celle que Dieu n'a pu quitter un instant. Tantôt il se passait quelque chose de merveilleux pour le Ciel... tantôt il fallait recevoir le métal pendant qu’il était en fusion... une vertu de plus a germé dans la dernière douleur... De tout ce qui se fait en vous , n’emportez qu’un attendrissement !

Ah ! si vous saviez comme Dieu aime ses âmes !

Douleur, oui tu es profonde...

tu es la racine par laquelle je me

prolonge jusque dans l’élément vivant. Ta flamme invisible me trace le sentier impénétrable à travers les esprits! Traversons les ardents labyrinthes , emporte moi jusqu’aux sources de l’être...

Va! puisque je suis né!!!

Sainte douleur , ah! si peu... et d’ici m’avancer dans l’infini ! Je veux être avec toi , je te suis , je t’admire, je t’aime, ô douleur!

nous ne nous séparâmes jamais !

Tu es ma conscience et mon cœur, mon émotion et ma force, ma confusion et mon transport , mais toute ma grandeur et ma foi... O c’est toi qui m’as donné mes larmes!

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